Dans un mémo intitulé « Working Together for a Better Future », envoyé au ministre des Finances, Pravind Jugnauth, dans le cadre des consultations prébudgétaires, le président de la Confederation of Free Trade Unions (CFTU), Radhakrishna Sadien, stigmatise l’appauvrissement grandissant de la classe moyenne et fait un vibrant plaidoyer pour un soutien appuyé du gouvernement à cette catégorie de citoyens.
« La Banque mondiale a récemment souligné, avec raison, la paupérisation (NdlR : abaissement du niveau de vie) de la classe moyenne dans la pauvreté et cette tendance continuera si elle n’est pas renversée », s’alarme le président général de la Confederation of Free Trade Unions (CFTU), Radhakrishna Sadien, dans son mémo, intitulé « Working Together for a Better Future », envoyé au ministre des Finances, Pravind Jugnauth, dans le cadre des consultations prébudgétaires.
Radhakrishna Sadien prévient que dans les années à venir on verra l’apparition d’une nouvelle catégorie de pauvres : des employés de grade inférieur et des retraités des secteurs publics et formels ainsi que leurs successeurs. Il explique que la raison principale pour laquelle ces gens ne sont pas éligibles aux prestations sociales telles que les lunettes, les appareils auditifs, le remboursement des frais d’examen, les allocations pour les enfants, les maisons de la National Empowerment Foundation (NEF), la prise en charge dans les maisons de retraite et les infirmeries, entre autres, c’est que ces avantages sociaux sont en fait « means tested » (Ndlr : sujets à une évaluation de leur capacité financière), et qu’ils ne sont payables qu’aux familles ayant des revenus de moins de Rs 6 200 sous le Social Registry of Mauritius. « La plupart des fonctionnaires se trouvant dans les grades inférieurs ne sont pas éligibles à ces prestations sociales parce qu’ils ne sont qu’à une roupie au-dessus du seuil d’éligibilité », s’indigne le syndicaliste. Par conséquent, s’offusque-t-il, les employés se trouvant dans les grades inférieurs du secteur formel sont privés de ces aides sociales malgré le fait qu’ils aient contribué une vie durant pour des milliers ou des millions de roupies dans ces fonds. En outre, ajoute le président de la CFTU, ces fonctionnaires ne peuvent bénéficier des plans de la Corporate Social Responsibility (CSR). « En revanche, ceux qui travaillent dans le secteur informel ou roulent des business profitables, avec des revenus difficiles à retracer, seraient eux éligibles à toutes ces aides sociales, tandis que ceux dans le secteur public n’y seront jamais éligibles à cause de quelques rouies au-dessus de la ligne d’éligibilité », s’indigne-t-il.
Radhakrishna Sadien soutient qu’il y a nécessité, par conséquent, de protéger les employés des secteurs publics et formels ainsi que leur famille avec un salaire ou une pension décents. « C’est très difficile d’évaluer les revenus des employeurs, professionnels et employés du secteur informel », explique-t-il.
Le président de la CFTU se félicite par ailleurs de l’introduction d’un mécanisme pour un salaire minimum. « Nous pensons qu’un tel mécanisme est un tournant dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion ».
En matière d’Income Tax, le syndicaliste plaide pour une augmentation de la Personal Deduction à Rs 500 000 par an, pour une déduction pour les enfants sans emploi, pour que chacun des deux parents puisse réclamer une déduction pour leurs « dependent children » (pas pour le même toutefois), pour une déduction de Rs 500 000 pour un enfant qui étudie à l’université, pour la déduction des intérêts payés sur l’achat d’un terrain, une construction ou rénovation d’une résidence primaire ainsi que la déduction des intérêts sur des emprunts pour une maison ou l’éducation des enfants.
Radhakrishna Sadien plaide également pour une consolidation de l’État providence, la décentralisation des services gouvernementaux, une allocation aux jeunes chômeurs, et une révision du Youth Employment Programme (affirmant que certains « employeurs sans scrupule » abusent de ce système, créant des emplois précaires et non-permanents) et celle de la politique CSR. Il s’élève en revanche contre l’externalisation (Outsourcing) des services du gouvernement, contre le financement des partis politiques par l’État et contre la privatisation de la Central Water Authority (CWA).
Alors que la CFTU se dit pour la syndicalisation des policiers, elle réclame une Parastatal Service Commission et un Public Service Bill et des amendements à l’Employment Rights Act et l’Employment Relations Act, deux lois du travail qu’elle considère contre les intérêts des travailleurs.
Radhakrishna Sadien exige également l’abrogation de la Public Gathering Act, « une violation des Conventions 87 et 98 du Bureau international du travail (BIT) ».