Au début de qui devait être une semaine cruciale pour le dossier des Chagos, avec l’expiration de l’ultimatum de Maurice à la Grande-Bretagne jeudi, l’ancien président de la République des Seychelles, France Albert René, a choisi de jeter un pavé dans la mare. L’ancien chef d’État seychellois, à la retraite depuis avril 2004, est intervenu dans le débat au sujet de la revendication de Maurice sur l’archipel de Chagos en engageant la responsabilité des anciens dirigeants politiques mauriciens participant aux discussions et conférences constitutionnelles avec les Britanniques en vue de l’indépendance. D’autre part, mercredi dernier, la Cour suprême de Grande-Bretagne a rejeté l’appel interjeté par Olivier Bancoult du jugement de la House of Lords tout en confirmant la validité des Orders in Council interdisant le retour des Chagossiens dans leur archipel natal.
L’ancien président des Seychelles, intervenant dans le cadre des manifestations marquant le 40e anniversaire de l’accession de l’archipel à l’indépendance, n’a pas ménagé les anciens dirigeants du Parti travailliste ayant participé aux discussions sur l’indépendance de Maurice. Il a dressé un parallèle entre la position adoptée par les Seychelles par rapport aux trois îles Aldabra, Fraquhar et Desroches, détachées en 1965 par les Britanniques pour constituer la British Indian Ocean Territory (BIOT), et celle de Maurice au sujet de l’archipel des Chagos.
 Répondant à une question de la presse seychelloise au sujet des Chagos, qui ont été détachées unilatéralement du territoire mauricien par les Britanniques, France Albert René dira tout simplement que « the Mauritians were not forceful enough in their demands at the time of independence », en ajoutant que « the main Chagos island, Diego Garcia, is presently the site of a major naval and air base and both the British and US are ignoring Mauritius claim of sovereignty ».
 Il va sans dire que cette remarque cinglante de l’ancien chef d’Etat seychellois suscitera des réactions et des commentaires de la part de ceux concernés. En contrepartie, France Albert René dresse un parallèle avec la situation à laquelle devaient faire face les Seychelles par rapport à trois îles de l’archipel. « The struggle launched in 1964 to free Seychelles from British colonialism. also allowed Seychelles to recover three islands ; Aldabra, Farquhar and Desroches which had been detached in 1965 from Seychelles to form the British Indian Ocean Territory (BIOT) », a-t-il poursuivi, en rappelant avec fierté que l’une de ces trois îles, Aldabra, a été déclarée en 1982 en tant que World Heritage Site par l’Unesco en raison de la présence de quelque 100 000 tortues géantes et d’espèces d’oiseaux rares dans le lagon.
«The British were clearly not interested in our development»
 Dans cet entretien, l’ancien président des Seychelles, qui avait pris le pouvoir le 5 juin 1977 suite à un coup d’État, a réglé ses comptes avec les Anglais. « The British were clearly not interested in our development, though they wanted to make use of our islands », dira-t-il.
 Par ailleurs, alors que Londres a plaidé pour un sursis par rapport à l’ultimatum de sir Anerood Jugnauth au sujet des Chagos en raison du chamboulement politique avec le Brexit, la Cour suprême de Grande-Bretagne n’a pas entretenu l’appel du leader du Groupement des Réfugiés des Chagos contestant l’interdiction aux Chagossiens de retourner dans les îles de l’archipel. Par une majorité de trois contre deux, les juges britanniques n’ont trouvé aucune nécessité de renverser le jugement de la House of Lords du 22 octobre 2008 au sujet des Orders in Council à ce sujet.
 Toutefois, ce jugement de la Cour suprême de Grande-Bretagne maintient « alive the issue of resettlement », qui pourrait se transformer en une bone of contention supplémentaire entre Londres de Port-Louis. Le jugement fait état de possibilité de judicial reviews de la part des Chagossiens contre les autorités britanniques au sujet de ce retour dans l’archipel. Cette option est en collision directe avec la politique du gouvernement mauricien à l’effet que « Mauritius should have control over the other islands of the Chagos Archipelago and that Mauritian citizens of Chagossian origin and other Mauritian citizens should be able to return to those islands if they so wish. »
 En dépit de ce nouveau revers entre les mains de la justice britannique, Olivier Bancoult et les membres du Groupement des Réfugiés des Chagos ne baissent pas pour autant les bras. Ils sollicitent une rencontre avec le Premier ministre en partance, David Cameron, pour savoir de quoi il en retourne avec l’étude de faisabilité de KPMG sur le resettlement.
 Par contre, Maurice se prépare à saisir la Cour internationale de Justice de La Haye en vue d’une Advisory Opinion contre les Britanniques sur les Chagos et également la prochaine assemblée générale des Nations unies pour une condamnation politique et diplomatique de Londres à ce même sujet….