La résolution présentée par le Sénégal au nom du Groupe des États africains pour se pencher sur l’avis consultatif donné par la Cour internationale de justice, qui a demandé au Royaume-Uni de mettre fin à son administration coloniale sur l’archipel des Chagos, a obtenu un soutien dépassant largement nos espérances. L’utilisation du superlatif pour qualifier le résultat du vote est pour une fois tout à fait appropriée. Le vote obtenu à l’Assemblée générale des Nations Unies a été formidable, positif, euphorique… L’humiliation, ou la raclée, sans précédent reçue par le Royaume-Uni a été soulignée tant à Maurice qu’à l’étranger. Bien entendu, le mérite de cette victoire revient à tous ceux qui n’ont pas lésiné sur leurs efforts pour obtenir ce résultat, que ce soit au niveau de l’Union africaine et du Groupe des États africains, de personnalités comme sir Anerood Jugnauth et Pravind Jugnauth, qui lui a succédé, les équipes ayant travaillé sur ce dossier au niveau du PMO, le personnel diplomatique du ministère des Affaires étrangères et, surtout, les membres du Groupe Réfugiés Chagos et leur leader, Olivier Bancoult. Désormais, on a pleinement le droit de rêver quant à ce que ce nous réserve l’avenir. Après tout, le rêve est à la base de toutes nos actions, qu’elles soient politiques, économiques ou diplomatiques.
Avec le recul, on se rend compte comment, en plaçant le dossier des Chagos dans une perspective de décolonisation, la République de Maurice a été projetée dans la plus haute sphère de la diplomatie mondiale. Maurice est devenue le symbole de la lutte pour la décolonisation dans le monde. Il nous sera désormais plus possible de rester insensible à toutes les revendications ayant un rapport avec la décolonisation dans le monde. Il est vrai que la question décolonisation n’a pas la même résonance pour tous les pays. Elle ne veut pas dire la même chose pour l’Iran ou les États Arabes Unis, pour l’Argentine ou le Royaume-Uni, pour la Syrie et Israël, pour les Maldives ou pour Maurice.
Autre point à retenir : la décolonisation de Maurice et de l’Afrique est aujourd’hui portée par la communauté internationale. Il est aujourd’hui hors de question d’avoir des discussions bilatérales avec la Grande-Bretagne. Nous sommes dans l’obligation de travailler conjointement avec l’Union africaine et les Nations Unies pour amener ce pays à respecter les chartes et la résolution de l’Onu. D’autant plus que la prochaine étape devrait logiquement être le Conseil de Sécurité, où siège actuellement l’Afrique du Sud, et où deux membres permanents, à savoir la Russie et la Chine, nous ont soutenus, alors que la France s’est abstenue de voter en faveur du Royaume-Uni, à l’instar de la majorité des pays européens. Ce que nous devons retenir, c’est que c’est l’Assemblée générale des Nations Unies qui exige du Royaume-Uni « qu’il procède au retrait de son administration coloniale de l’archipel des Chagos, de manière inconditionnelle, dans un délai maximum de six mois à compter de l’adoption de la résolution, permettant ainsi à Maurice de mener à bien la décolonisation de son territoire dans les plus brefs délais » et qui affirme que « le gouvernement britannique est prié de coopérer avec Maurice en facilitant la réinstallation des nationaux mauriciens, y compris ceux d’origine chagossienne, dans l’archipel des Chagos, et de n’opposer aucune entrave ni obstacle à cette réinstallation ».
Finalement, ce qui est intéressant, c’est que plusieurs pays qui s’étaient abstenus lors du vote sur l’avis consultatif ont soutenu la résolution du groupe de pays africains, dont la Chine. Etait-ce un clin d’œil adressé à Maurice par rapport à la “Belt and Road Initiative” ? Voilà un problème géopolitique sur lequel la diplomatie mauricienne devra se pencher, surtout après l’écrasante victoire du BJP en Inde. L’autre problème épineux sera le maintien des bonnes relations économiques avec la Grande-Bretagne malgré notre désaccord sur les Chagos. La lutte continue…

Jean Marc Poché