L’ancien président de la République Cassam Uteem estime que la lutte des Chagossiens devrait prendre une nouvelle tournure : celle de la politique car, dit-il, « la politique est all about making noise et si vous ne le faites pas, personne ne vous écoutera. » Il intervenait, jeudi après-midi, à la clôture de la conférence internationale organisée par le Groupe Réfugiés Chagos, cette semaine, à Pointe-aux-Sables. « Ce sera de la folie que de poursuivre cette lutte dans la même voie légale. Ce n’est pas là que nous aurons satisfaction mais ailleurs », a-t-il martelé, devant des Chagossiens, des Mauriciens et étrangers, dont l’avocat britannique Richard Gifford et l’ancien haut-commissaire britannique à Maurice David Snoxell.
« Il faut en parler au Premier ministre qui a fait savoir qu’il participera à la prochaine conférence du Commonwealth Heads of Governments pour que cette question soit soulevée lors de cette réunion internationale. Les Chagossiens doivent faire entendre leur voix lors de cette réunion et nous devons connaître la position du Commonwealth à ce sujet. Il faut soulever la question là-bas », estime l’ancien président de la République.
Rappelant les résultats obtenus jusqu’ici par la voie légale contre la Grande Bretagne, Cassam Uteem estime qu’il est clair que cette dernière n’autorisera jamais les Chagossiens à rentrer dans leurs îles. « La House of Lords britannique, qui est la plus haute instance juridique de la Grande Bretagne, a dit que c’est une question de politique étrangère et que le judiciaire ne peut y intervenir. Si elle donné une telle réponse, c’est qu’on est en train de heurter notre tête contre un mur », déclare-t-il. « Soyons réalistes, il nous faut poursuivre la lutte juridique mais pas devant cette instance. Nous ne pouvons, non plus, faire appel à la justice américaine, alors quelle option nous reste-il ? »
Citant les propos du président de la République Kailash Purryag à l’ouverture de cette conférence internationale mardi dernier, M. Uteem a affirmé que pour Maurice, les Chagossiens sont des Mauriciens d’origine chagossienne et que Maurice devrait avoir sa souveraineté sur ces îles. « Je maintiens que si lutte politique il y a, le gouvernement mauricien ne peut pas seulement dire que vous êtes des Mauriciens d’origine chagossienne et elle doit dire ce qui compte faire pour vous. Allez-vous être exclus de toutes les décisions prises à votre encontre ? » se demande-t-il. Il ajoute que dorénavant, toute décision qui sera prise doit être prise en consultation avec la communauté chagossienne. « Pa les ou an pandan », lance-t-il. Pour lui, il faut un plan de relogement pour les Chagossiens, « pas seulement de la part du gouvernement britannique mais gouvernman morisyin osi bizin ena so plan parski relozman li posib. » Il martèle : « Fode pas Sagosyen res trankil. » L’ancien président de la République a également parlé d’autonomie pour les Chagossiens, ensemble avec le relogement. « Lor la ki Sagosyen bizin insiste », fait-il ressortir. Pour lui, « bizin ki sa rant klerman dan latet ban lider morisyin. Pa de resettlement san otonomi. »
Finalement, Cassam Uteem a insisté pour qu’on n’oublie pas l’histoire des Chagos et qu’on la raconte à l’école primaire. « Que connaît l’enfant mauricien sur les Chagos ? » s’est-il interrogé, avant de dire que rien n’a été fait jusqu’ici pour raconter cette histoire aux enfants mauriciens. « Ki zot zistwar ete, bann natif pe ale e zistwar la fini. C’est ça que vous voulez. This must be written and taught to our children in primary schools », souligne l’ancien président de la République. « Nous devons raconter comment les Chagossiens ont passé des années en enfer sans que l’on s’en aperçoive. Il faut aussi raconter comment Maurice a obtenu son indépendance de la Grande Bretagne », conclut-il.