Des révélations faites à la Chambre des Communes, mercredi, par le sous-secrétaire d’État britannique au Foreign and Commonwealth Office, Mark Simmonds, au sujet des documents secrets détruits par l’eau à Diego Garcia pour la période de janvier 2002 à janvier 2009, relancent la polémique sur la culture d’opacité pratiquée par Londres à ce sujet.
Devant ce nouveau développement, des pressions s’accentuent sur les autorités britanniques en vue de venir de l’avant « with clean hands » sur ce qui se passe sur la base nucléaire des Américains dans l’archipel des Chagos à la veille du reconduction du bail à l’expiration de la première période de 50 ans en 2016. Du côté de l’hôtel du gouvernement, ce nouvel épisode avec des documents détruits « due to water damage » vient renforcer la thèse de Perfide Albion avec les autorités britanniques disposées « à tout faire pour protéger leurs intérêts égoïstes ».
Une simple interpellation parlementaire lors du Question Time de mercredi à la Chambre des Communes a remis en perspective toute la problématique de l’occupation des Chagos par les Britanniques et les Américains. Le député britannique d’obédience conservateur et président du Select Committee sur les finances, voulait savoir si Londres dispose d’une liste de tous les vols transitant par la base militaire de Diego Garcia pour la période allant de janvier 2002 à janvier 2009.
La réponse du Secretary of State du Foreign and Commonwealth Affairs, telle que publiée dans l’édition Online du Hansard de la Chambre des Communes, reste des plus choquante. D’abord, Mark Simmonds fait comprendre que « records on flight departures and arrivals on Diego Garcia are held by the British Indian Ocean Territory immigration authorities ». Ces Daily Occurrence Logs ne sont disponibles qu’à partir de 2003 car ceux pour la période de 2002 « are incomplete due to water damage ». L’année 2002 est considérée comme étant celle où des activités des plus intenses dans la lutte contre des terroristes d’Al Qaeda avaient été enregistrées.
Ces informations des plus invraisemblables communiquées formellement par le Foreign and Commonwealth Office ont été reprises par la presse britannique en cette fin de semaine. Commentant cette affaire, après la déclaration du ministre d’Etat Mark Simmonds, le Foreign and Commonwealth Office a tenté un exercice de Damage Control en ajoutant qu’une enquête a été diligentée sur la destruction de ces dossiers. « We are investigating how and when the water damage occurred, and what information may have been lost, and whether copies exist elsewhere. We have already identified that copies of flight arrival and departure logs for that period are held in London to replace any records of that type that were lost on Diego Garcia », a déclaré un porte-parole du FCO hier suite à des questions de la presse britannique.
Les autorités britanniques se sont évertuées à se montrer rassurantes au sujet de l’utilisation de la base de Diego-Garcia comme une Black Prison, une prison illégale en reprenant le même refrain entonné ces dernières années. « Regardless of what files are retained, the US assure us annually that aside from the two instances of rendition through Diego Garcia (British Indian Ocean Territory) in 2002, there have been no other instances in which US intelligence flights landed in the UK, our overseas Territories, or the Crown Dependencies, with a detainee on board since 11 September 2001 », réaffirme le Foreign and Commonwealth Office.
Dans la conjoncture, la principale préoccupation des Britanniques concerne la confirmation d’un “possible double langage” de leur part sur Diego-Garcia avec la publication d’un rapport des Américains à ce sujet et causant un véritable embarras pour Londres. Le quotidien britannique, The Guardian, note que « media reports suggest a US Senate investigation due for publication will state that Diego Garcia also hosted a “black prison” for the interrogation of terror suspects with the “full co-operation” of the British government ».
Néanmoins, le député conservateur britannique, qui mène une campagne sans relâche pour situer la responsabilité du gouvernement britannique dans des actes illégaux de torture au nom de la lutte contre le terrorisme ne compte pas lâcher prise. « This week’s disclosure that the logs exist after all but are incomplete is yet a further example of the difficulties in establishing the truth about events on Diego Garcia », s’appesantit Andrew Tyrie, qui rappelle que « it seems that poor record keeping is once again making it difficult to get to the truth about the United Kingdom’s involvement in the rendition programme ».
Dans une déclaration remise à la presse dans le sillage de la réponse du Foreign and Commonwealth Office, le député Tyrie maintient que « one way or another, the truth will eventually come out. The security services don’t want to be involved in these practices. The services want the public to have confidence in them. Accountability is to their benefit. That is why an investigation into extraordinary rendition is not only morally right but expedient on grounds of national security. »
D’autre part, dans l’expectative du jugement de la Permanent Court of Arbitration sous la Convention des Droits de la Mer des Nations unies, devant intervenir à partir du mois prochain, l’hôtel du gouvernement à Port-Louis prend note des prétextes avancés par Londres dans une tentative de dissimuler « son vrai visage dans le démantèlement du territoire mauricien ». « Cette affaire de document détruits par l’eau est une nouvelle preuve de la démarche de se distancer de tout ce qui pourrait remettre en cause sa mauvaise foi dans le dossier des Chagos. Mais tôt ou tard, la vérité sortira. C’est un fait incontournable que des documents confidentiels doivent être rendus publics après un lapse de temps. Le public tirera les conclusions qui lui semblent les plus appropriées. Toutefois, il est de bon ton de souligner que pour protéger leurs intérêts, les Anglais sont disposés à faire fi de tout ce qu’ils prêchent en termes de probité. C’est ce qu’on appelle Perfide Albion », déclare une source autorisée à l’hôtel du gouvernement, interrogé, ce matin, par Le Mauricien.