C’est une grande dame, symbole de la lutte pour le retour des Chagos aux Chagossiens, qui s’en est allée… Charlésia Alexis, 83 ans, était hospitalisée « depuis presque un mois, à Londres. Elle refusait la nourriture de l’hôpital et demandait à ses enfants de lui apporter du “ceraze de poulet”, un plat typiquement chagossien… », explique Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC). Elle avait eu des ennuis cardiaques et diabétiques. Après la disparition de Lisette Talatte, autre grande dame de la lutte pour les Chagossiens, en janvier de cette année, ce deuxième décès vient relancer le débat sur la question restée en suspens…
Jusqu’au bout, Charlésia Alexis, celle que l’on surnommait « la griotte » de Diego Garcia, est restée fidèle à ses racines ! « Je l’ai rencontrée le 23 novembre dernier, confie, ému, Olivier Bancoult, au Mauricien, ce matin. J’avais eu la nouvelle qu’elle était internée à l’hôpital. Elle avait eu des complications cardiaques et des problèmes dûs à son diabète… » Celui qui considère Charlésia Alexis et Lisette Talatte comme ses deux « mentors », se dit « très touché par notre ultime rencontre… Charlésia refusait la nourriture de l’hôpital. Elle avait demandé à ses enfants de lui apporter uniquement du “ceraze de poulet”, un plat typiquement chagossien, qui se prépare à base de poulet et de noix de coco… » Olivier Bancoult ne se doutait pas que cette rencontre allait être la dernière. « Charlésia m’a vraiment touché quand elle m’a dit “tonn vinn depi Moris pou vinn get mwa…” » Le leader du GRC continue : « Elle m’a demandé de ne jamais abandonner notre lutte et qu’elle serait toujours avec moi… »
Olivier Bancoult ne peut s’empêcher de faire ressortir que « 2012 est une très mauvaise année. Dès janvier, nous avons perdu Lisette Talatte. Et maintenant, c’est Charlésia qui part… C’est comme si le gouvernement britannique n’attend qu’une chose : que tous les Chagossiens qui ont participé à cette lutte, meurent. Ensuite, il ne sera plus question de retourner les Chagos aux Chagossiens… » Mais le militant reprend du poil de la bête : « La relève est là. Et pour Charlésia, pour Lisette et tous les autres, nous irons jusqu’au bout ! »
Charlésia Alexis était celle qui, dans les années 70, découvrant que son île avait été vendue aux Américains, lança les premières frondes pour que Diego Garcia soit rendue à ses habitants. Elle a été de toutes les grèves et de toutes les manifestations. Que ce soit à Port-Louis, au Jardin de la Compagnie, notamment, où elle a goûté aux coups de matraque de la police anti-émeutes… « Elle est la fondatrice du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), rappelle encore Olivier Bancoult. Je lui dois mon engagement. Quand j’étais encore adolescent, c’est elle qui est venue parler à ma mère pour la convaincre de me laisser m’engager… C’est comme cela qu’en 1983 nous avons lancé le GRC. »
Charlésia Alexis s’était installée dans la ville de Crawley, en Angleterre, quand le gouvernement britannique a proposé aux originaires des Chagos un passeport britannique. Mais de Pointe-aux-Sables à Crawley en passant par les différents quartiers où elle a vécu, déracinée, Charlésia Alexis n’avait qu’une quête : rentrer à Diego Garcia. Elle ne s’était jamais remise de son exil forcé…
Charlésia Alexis avait trois enfants ; deux fils, Modeste et Serge (décédé) et une fille, Maude.
Le GRC compte célébrer une messe en son nom « le jour où aura lieu ses funérailles, à Londres, explique Olivier Bancoult. Nous sommes en contact permanent avec la famille et la messe sera dite, ici, à l’église Saint Sacrement de Cassis ». Entretemps, un livre de condoléances est à la disposition du public, de 10 h à 16 h, tous les jours, au siège du GRC à Pointe-aux-Sables.