La possibilité de trouver un terrain d’entente entre Port-Louis et Londres au sujet de la souveraineté territoriale de Maurice sur l’archipel des Chagos a été bel et bien enterrée. En effet, les ponts entre Maurice et la Grande-Bretagne sont définitivement coupés à ce sujet et les autorités britanniques en ont été informées il y a une dizaine de jours de vive voix lors d’une conversation téléphonique entre le Premier ministre, Pravind Jugnauth, et le Secretary of State for Foreign and Commonwealth Affairs, Boris Johnson. D’autre part, le président de l’assemblée générale des Nations unies, le représentant permanent de Fiji à New York, Peter Thomson, a déjà été mis en présence officiellement de la décision de Maurice d’enclencher les procédures à partir du mois de juin. Toutefois, le calendrier de travail des Nations unies, établi pour la période allant jusqu’au 28 juin prochain, ne prévoit pas à l’agenda l’item 87, soit « The request for an advisory opinion of the International Court of Justice on the legal consequences of the separation of the Chagos Archipelago from Mauritius in 1965 ». D’autre part, toujours en ce qui concerne les Chagos, mais d’un autre point de vue, une étude scientifique entreprise par des scientifiques de Bangor University’s School Ocean Sciences du Pays de Galles avertit du danger du blanchiment des coraux dans l’archipel des Chagos comme c’est le cas depuis ces dernières années à la Great Barrier Reef en Australie. Les conclusions de cette étude ont été rendues publiques en fin de semaine dernière.
Depuis le début de ce mois, le gouvernement est passé à la vitesse supérieure en vue de faire adopter par les Nations unies la résolution 87 à l’agenda pour une Advisory Opinion contre la Grande-Bretagne, condamnant cette dernière pour le démembrement du territoire mauricien avant l’accession à l’indépendance le 12 mars 1968. Cette décision de la Grande-Bretagne est en nette contradiction et en infraction avec les United Nations General Assembly Resolutions 1514 (XV) du 14 décembre 1960, 2066 (XX) du 16 décembre 1965, 2232 (XXI) du 20 décembre 1966 et2357 (XXII) du19 décembre 1967. Aucun contact n’est prévu ou même envisagé avec les autorités britanniques, qui sont en campagne pour les élections du 8 juin et même après.
« Nous avons déjà informé la présidence de l’assemblée générale des Nations unies de notre décision pour un vote sur la résolution 87 déposée au secrétariat depuis juillet de l’année dernière. Cette demande avait été acceptée par le General Committee de l’Assemblée générale des Nations unies en date du 14 septembre de l’année dernière. Jusqu’ici, nous avons fait preuve de notre bonne foi en acceptant une proposition visant à reporter toute initiative jusqu’à juin de cette année à la demande de la présidence des Nations unies, qui avait plaidé son assistance en vue d’une Meaningful and Constructuve Solution au différend sur la souveraineté », affirment des sources autorisées, avec un arrière-goût amer de l’attitude adoptée par les Britanniques sur la question.
Jusqu’à tout récemment, les Britanniques et Américains n’ont pas cessé de tenter de dissuader Maurice de ne pas s’engager dans la voie de l’Advisory Opinion avec des menaces à peine voilées. A ce chapitre, à l’Hôtel du gouvernement l’on se garde de révéler la teneur des dernières menaces proférées pour éviter des dérapages politiques et diplomatiques en cette période cruciale. « Dans la conjoncture, pour Maurice, l’objectif reste New York et nous avons déjà commencé à mobiliser le maximum de soutien pour ce prochain rendez-vous historique. Nous sommes pleinement conscients de l’enjeu », fait-on comprendre à Week-End en répétant ce que l’ancien Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, avait déclaré à l’Assemblée nationale le 29 novembre de l’année dernière lors d’une des dernières Private Notice Questions de Paul Bérenger en tant que leader de l’opposition, soit « that thereafter the item may be considered upon notification by a Member State. It was also agreed that this item would be considered by the plenary of the General Assembly, as requested by Mauritius, and not by any Committee or Sub-Committee of the General Assembly. »
Environnement : des préoccupations majeures
Néanmoins le Schedule des General Assembly Plenary and Related Meetings de cette 71e session des Nations unies publié à l’officiel, hier, pour la période allant jusqu’au 28 juin ne comprend pas l’item 87 au nom de Maurice. D’ailleurs, ce programme de travail, qui comprend l’élection le 1er juin d’un nouveau président pour la 72e session, dresse la liste de 14 items à l’agenda « that have not been scheduled for debate yet », dont la requête de Maurice pour une Advisory Opinion sur les Chagos en septième position. La Mission permanente de Maurice à New York est appelée à assurer le suivi avec le secrétariat des Nations unies pour que le nécessaire soit fait dans les délais impartis.
En marge de ces tractations politiques et diplomatiques, le volet de la préservation de l’environnement marin de l’archipel suscite des préoccupations majeures. Une étude menée par de 14 scientifiques de l’université de Bangor en Grande-Bretagne, menée par le Pr John Turner fait ressortir que « we have all heard of the devastating effects climate change induced sea temperature rise has had on Australia’s Great Barrier Reef but unfortunately this is a global problem and the reefs of the Chagos Archipelago have not been spared. Just like corals elsewhere, the warm temperatures cause the corals to expel the microalgae that live within them, making the structures look white in colour. Without the microalgae, the corals are unable to photosynthesise and may starve and die ».
Ce constat a été réalisé pendant un séjour de trois semaines dans les eaux de l’archipel des Chagos, notamment « around three remote coral atolls ». « Many of the large table corals that provide complexity to the reef structure, not unlike a forest’s canopy, have collapsed, although these will eventually become cemented together, and form a surface for new corals to grow. In more exposed locations, the coral tables have fallen down the reef sleep, often being overturned, and in very exposed sites, they have been swept off the reef entirely, taking the newly settled young corals with them », note cette étude, susceptible de conforter Londres dans son projet unilateral de Marine Protected Area.
Toutefois, commentant les relevés lors des plongées, le Pr Turner concède que la situation n’est pas aussi irréversible. « We are obviously saddened to see the coral reefs of Chagos in this state, which is no different to that of other climate affected locations such as the Great Barrier Reef, but remain optimistic that these reefs, protected and remote from human impacts, can still bounce back as they did after the 1997-1998 warming event », dit-il en révélant qu’une espèce de requins, le Thresher Shark, faisant partie du Red List Threatened Oceanic Shark, dont l’une de leurs missions est de nettoyer les barriers de coraux des parasites, est de retour dans les eaux des Chagos après une longue période d’absence.