Presque un demi-siècle de lutte contre une expulsion abjecte dans l’histoire du monde. Cinquante années de mensonge, de ruse, de tricheries, menée par le « Foreign Commonwealth Office » avec la bénédiction des gouvernements successifs britanniques, le décret de Sa Majesté, pour arriver en 2014 – année fatidique qui met fin à l’échange de la lettre qui avait ouvert la voie aux Américains pour prendre possession de Diego Garcia et ensuite évidemment 2016 où la question de la souveraineté de Maurice sur les Chagos se posera avec acuité. Mais la saga continue. On ne sait pas encore ce que les deux pays, membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies vont coucher sur papier pour le renouvellement. Mais une chose est sûre, la base de Diego Garcia poursuivra sans coup férir sa mission tandis que le gouvernement britannique persistera dans sa stratégie éhontée de jouer avec le temps pour voir disparaître les 747 survivants des expulsés de Chagos. Ce qui font dire les détracteurs de la cause chagossienne, que dépassée par les événements, leur expulsion est un détail de l’histoire. Ce qui intéresse les occupants aujourd’hui, c’est de gérer et d’exploiter le parc marin sur une superficie aussi vaste que la Grande Bretagne. Wikileaks a été limpide sur le dessein réel du « BIOT ».
Alors que nous allons vers 2015 avec des élections générales prévues à la fois à Maurice et au Royaume Uni, les commis du FCO continuent de privilégier cette politique qui consiste à renvoyer toute décision aux calendes grecques et à utiliser le temps du parlement pour faire semblant qu’une solution est en voie pour satisfaire la cause chagossienne. En fait, la stratégie est de discuter avec chaque composante politique chagossienne, entreprendre des études de faisabilité, examiner les conditions d’un retour et gagner ainsi du temps sans vraiment entamer une sérieuse volonté de dialogue avec le gouvernement mauricien.
Les révélations de Wikileaks sur les intentions réelles du gouvernement n’ont pas fait rougir les occupants. C’est un message clair que le « British Indian Ocean Territory » est passé dans sa deuxième phase de colonisation en accaparant les milliers de kilomètres de mer qui tombent sous la juridiction de Maurice violant ainsi la résolution des Nations unies sur la décolonisation. Du coup, on est en train de tout entreprendre pour séparer la question du retour des chagossiens avec celle de la souveraineté de Maurice. Tandis que sous la houlette de David Snoxell le « Chagos All-Parliamentary Group » continue de servir de groupe de pression au sein du parlement britannique, on constate bien que toute décision va être renvoyée au prochain gouvernement pour reprendre le même refrain.
Au niveau diplomatique, Maurice tente de faire au mieux mais reste floue sur une question qui devrait prendre une dimension internationale notamment au sein de l’Union africaine et des instances des Nations unies (Commission des Droits de l’Homme, protection des minorités, respect des droits culturels, Assemblée générale, Conseil de Sécurité, Commission économique et sociale). Cette avancée diplomatique pourrait se traduire à travers un groupe de pression à Addis Abeba, Genève, Londres et New York.
D’un bout à l’autre, le gouvernement britannique, soutenu par les Américains, est en train de s’empêtrer dans un imbroglio politico-diplomatique et sur cette plateforme, la capacité de notre gouvernement de mener une politique agressive pourrait fort embarrasser les défenseurs du « Rule of Law ».