Docteur en géopolitique, Shaffick Osman estime que la démarche du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, de porter l’affaire des Chagos devant les Nations unies et éventuellement devant la Cour internationale de Justice à La Haye, « est très intéressante et louable ». « Les États-Unis, qui occupent ce territoire, n’ont jamais donné suite aux appels de Maurice, les référant sans cesse à la Grande Bretagne alors que ce dernier a toujours joué aux abonnés absents », dit-il.
Shaffick Osman souligne qu’il n’y a jamais eu de discussions franches, nettes et directes avec la Grande Bretagne sur la question des Chagos. « À un moment donné, il fallait prendre une décision », insiste-t-il. « Plus intéressant encore est que toutes les forces politiques à Maurice soutiennent la démarche de sir Anerood Jugnauth, qui consiste à aller vers les Nations unies pour avoir une résolution en faveur de Maurice. Et, si besoin est, se tourner éventuellement vers la Cour internationale de Justice à La Haye ».
Puisque le bail entre la Grande Bretagne et les États-Unis « a déjà été étendu de 20 ans ou est en passe d’être étendu », après les 50 premières années, Shaffick Osman estime que c’était le moment pour Maurice de faire part de manière forte non seulement de ses intentions, mais également de ses actions. « Maurice a toujours voulu être partie prenante du renouvellement de l’accord entre les États-Unis et la Grande Bretagne sur les Chagos. Cela aurait dû être fait depuis des années, chose que les gouvernements précédents n’ont pas accomplie. Aujourd’hui, le Premier ministre, qui a lui-même 86 ans et qui est à la fin de sa carrière politique, a décidé de jouer gros sur la scène internationale, en confrontant la Grande Bretagne sur cette question aux Nations unies », observe-t-il.
Cependant, fait-il ressortir, même si Maurice arrive à faire adopter une nouvelle résolution aux Nations unies après celle concernant l’intégrité territoriale de Maurice et celle sur le fait qu’une puissance coloniale ne peut démembrer une colonie avant son indépendance, et même si Maurice gagne son cas à La Haye, « il n’y a rien qui obligera les Britanniques au niveau légal à respecter cette décision ». « Mais, il est évident qu’une décision qui condamnerait la Grande Bretagne à La Haye va forcer moralement ce pays et les États-Unis à se plier à cette décision. Légalement, ils peuvent tourner le dos et ne pas prendre en compte la décision. Toutefois sur la scène internationale, ce seraient l’image et la crédibilité de la Grande Bretagne qui en sortiraient grandement affectées, de même que celles des États-Unis, qui sont les locataires de Diego Garcia ».