Le Premier ministre, Navin Ramgoolam, qui avait présidé mercredi la première partie de l’ouverture de la 66e session de l’assemblée générale des Nations Unies, est monté à la tribune à New York hier soir. Il a tenu à dénoncer la double faute diplomatique et politique de Londres, qui refuse de manière systématique de s’engager dans toute discussion pour un retour des Chagos à Maurice. Dans son intervention, il a mis l’accent sur l’importance de la sécurité dans le monde, que ce soit en matière économique, sur le plan environnemental, humain et légal. Maurice, qui appuie la démarche de l’État palestinien dans sa reconnaissance aux Nations Unies, s’est félicitée de la politique de main tendue du président Abbas vis-à-vis d’Israël, en vue de construire des relations bilatérales caractérisées par la paix.
Au chapitre de la nécessité d’assurer la « legal security » dans le monde d’aujourd’hui, Navin Ramgoolam regrette que« the international community has yet to set up an adequate machinery for the peaceful settlement of disputes that is available to all States ». Il considère l’initiative des Nations Unies de consacrer la prochaine session au thème du Rule of Law comme un pas dans la bonne direction.
Néanmoins, le Premier ministre se fait l’avocat pour que l’autorité de la loi soit appliquée de manière non-discriminatoire.« We want to stress that the debate on the rule of law must apply at both national and international levels. We would therefore look forward to the United Nations discussing the rule of law, as it applies to inter-State relations, as part of the forthcoming debates. »
A titre d’exemple, Navin Ramgoolam a cité les difficultés rencontrées par Maurice dans la reconnaissance de sa souveraineté sur l’archipel des Chagos, partie du territoire démembrée par les Britanniques juste avant l’indépendance. La première salve contre les anciens colons britanniques porte sur le refus systématique de ces derniers de s’engager dans des discussions en vue de résoudre ce litige.
« When the government of Mauritius consequently announced, in 2004, that it would refer the dispute to the International Court of Justice, the United Kingdom immediately amended its declaration, under Article 36 of the ICJ Statute, to oust the jurisdiction of the Court with respect to certain disputes with a member or former member of the Commonwealth. The States involved in the dispute may refuse to negotiate in good faith and seek to ensure that no international tribunal can determine the law applicable to the dispute », a-t-il poursuivi.
L’autre épisode où Maurice a critiqué la Grande-Bretagne de manière à peine voilée concerne toujours les Chagos, en particulier la Marine Protected Area. « The continued unlawful occupation of the Chagos Archipelago by the United Kingdom is a matter of concern for the region (…). The purported declaration of a Marine Protected Area around the Chagos Archipelago by the United Kingdom in breach of the United Nations Convention on the Law of the Sea is another cause of concern », a-t-il dit, en faisant état du recours de Maurice depuis décembre de l’année dernière à un arbitrage sous les dispositions de la 1982 Convention on the Law of the Sea.
Le chef du gouvernement a aussi fait état des progrès accomplis par Maurice et la France avec un accord de cogestion pour Tromelin. « However, we need to continue our dialogue for, at the end of the day, the territorial integrity of Mauritius will not be complete without the return of Tromelin », a-t-il fait comprendre.
Toujours en ce qui concerne la région océan Indien, Maurice a fait part de ses appréhensions par rapport au fléau de la piraterie, véritable menace pour le commerce international. Le Premier ministre a confirmé l’engagement de Maurice visant à participer au projet pour traduire en justice et à détenir des pirates.
Navin Ramgoolam a évoqué la signature en juillet dernier d’un accord avec l’Union Européenne à cet effet. Néanmoins, il a tenu à mettre en garde du fait que ces efforts de lutte contre la piraterie dans cette partie de l’océan Indien pourraient être vains si des réponses et des solutions ne sont pas apportées à la famine en Somalie.
Les derniers développements, avec la formulation d’une feuille de route pour un retour de la démocratie, à Madagascar ont été salués par Maurice à l’ONU. « The implementation of the roadmap requires holding of national and local elections for which important resources need to be mobilized. We call on the United Nations and the international community to extend all their support for the successful implementation of the roadmap », a-t-il plaidé.
Le Premier ministre a réitéré formellement le soutien de Maurice à la demande d’admission de l’État palestinien aux Nations Unies. « Les Nations Unies et la communauté internationale ont un devoir sacré en vue de restituer au peuple palestinien sa dignité et son droit à un État aussi bien que sa sécurité. Maurice soutient la demande soumise par le président de l’État palestinien pour que les aspirations légitimes du peuple palestinien soient traduites dans la réalité. We welcome the statement by President Abbas that Palestine extends its hands to the Israeli government and the Israeli people for peacemaking and for building cooperative relations between the States of Palestine and Israel », a-t-il déclaré.
Au tout début de son intervention, le Premier ministre a parlé des « four constitutive elements of the present day security that the international community and the United Nations should address, economic security, environmental security, human security and legal security ».
Il n’a pas caché ses appréhensions quant aux effets de la crise économique internationale et la flambée des prix des denrées de base. Il a parlé des risques de voir le nombre de victimes de la famine augmenter et du grave problème d’insécurité alimentaire.
Les répercussions des changements climatiques sur les petits États insulaires ont fait partie de la plaidoirie de Navin Ramgoolam, qui est revenu à la charge avec la demande pour un traitement préférentiel en faveur de ces États vulnérables. Il a énuméré les mesures envisagées par le gouvernement dans la réalisation du projet Maurice Ile Durable adopté depuis 2008.
Les autres thèmes abordés ont été les réformes du système des Nations Unies avec une meilleure reconnaissance de l’Afrique, de l’Amérique latine et la demande pour l’allocation d’un siège permanent à l’Inde au sein du Conseil de Sécurité, la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue ou encore le sida.