Le processus de consultations lancé par le Foreign and Commonwealth Office (FCO) dans le cadre du British Indian Ocean Territory Policy Review of Resettlement, avec le 27 octobre pour date-butoir, suscite des appréhensions et des inquiétudes. Le Groupement des Réfugiés des Chagos (GRC) réunit ce matin les membres de la communauté chagossienne au centre de Pointe-aux-Sables en vue de prendre connaissance du projet des Anglais avec notamment un survey sur le nombre de Chagossiens intéressés par ce projet de réinsertion dans l’archipel. En prélude à son intervention du jour, Olivier Bancoult, leader du GRC, dénonce des conditions inacceptables attachées à ce retour. De son leur côté, Lalit et MLF, dont le combat pour le retour des Chagos à Maurice ne date pas d’hier, ont pris l’initiative d’adresser une lettre ouverte à Olivier Bancoult mettant en garde ce dernier contre le leurre sordide des Anglais avec ce resettlement, qui ne devra toucher qu’un maximum de 150 Chagossiens avec un projet pilote échelonné sur une période de 12 à 24 mois. Lindsey Collen et Ragini Kistnasamy soulignent que “ce questionnaire ne représente nul autre qu’une bombe à retardement emballée en bouée de sauvetage pour un semblant de retour aux Chagos”. A  l’Hôtel du gouvernement, l’on fait comprendre que ce move du gouvernement britannique est suivi avec attention d’autant plus que l’échéance de 2016, avec le renouvellement du bail de la base de Diego Garcia des Américains une quasi-certitude, se fait de plus en plus précise.
En dépit des déclarations de la part des Britanniques au sujet de l’étude de faisabilité confiée à KPMG, la cruelle vérité est que l’incertitude est toujours de mise par rapport au resettlement des Chagossiens dans leur archipel natal, plus de 50 ans après l’exil forcé de leurs parents. Dans une communication écrite accompagnant le formulaire de recensement des Chagossiens, intéressés à retourner dans l’archipel, le Foreign and Commonwealth Office déclare en au moins trois occasions qu’aucune décision officielle n’a encore été entérinée à ce sujet, ou encore que ces consultations constituent “any form of commitlment by the UK Government to resettlement taking place”.
“This consultation document is not a statement of UK Government Policy. No decisions in respect of resettlement have yet been made, but for the purposes of better gauging demand, the UK Government has sought to present the most realistic way in which such a resettlement would hypothetically take place”, fait ressortir le FCO dès le troisième paragraphe du document servant de base pour le recensement. Quelques lignes plus loin, les autorités britanniques réitèrent le fait que, “whilst no policy decisions have been taken on any aspects of resettlement, we wish to make it clear from the outset that a resettlement which is open to all may not be viable, depending on the cost of providing adequate social support, including health and education, for those living on such remote islands.”
Sur le plan diplomatique, Londres retourne le couteau dans la plaie en avançant que “the United Kingdom has no doubt about its sovereignty over BIOT”, tentant de prendre à contre-pied les revendications légitimes de Maurice sur l’intégrité territoriale de la république, qui ne reconnaît pas le concept de BIOT. Le document britannique va plus loin en semant le doute dans l’esprit des Chagossiens quant aux intentions de Maurice.
“However, the UK Government has a long standing commitment to cede the Territory to Mauritius when no longer required for defence purposes. This commitment means that the UK Government could not guarantee continued support or permission to reside to Chagossians on the Islands once the Territory is ceded to Mauritius”, poursuit le FCO. Des sources diplomatiques aguerries soutiennent que ce procès d’intention de Londres mérite une protestation en bonne et due forme sous forme de Note Verbale de la part de l’Hôtel du gouvernement. Week-End n’a pas été en mesure de prendre connaissance de la réaction officielle du gouvernement d’autant plus que le FCO avance que, “the views of the Government of Mauritius are also being sought on the potential resettlement of Chagossians and will be taken into account”.
Les options
Quatre options de resettlement ont été retenues par les Anglais sur la base des recommandations de l’étude de KPMG, soit un projet pilote sur la côte-est de Diego Garcia avec une population variant entre 50 et 150 Chagossiens, une Medium Option avec l’installation de 500 toujours sur la base de Diego Garcia, une autre possibilité avec 500 Chagossiens sur l’île-du-Coin et sur l’île Boddam et une formule élargie avec une population de 1500 réinsérée à Diego Garcia et dans les Outer Islands.
Sur le plan de la mise à exécution de ce Resettlemant Plan, Londres est catégorique que le projet pilote avec un maximum de 150 durera sur une période d’un à deux ans avec une évaluation de l’expérience. Puis vient la douche écossaise à l’effet que “it is possible that a decision could be taken to end resettlement at this point if the pilot proved to be unsuccessful or economically unsustainable”.
Pour l’accès aux Chagos, le FCO ne prévoit aucun vol commercial autorisé sur la base militaire de Diego Garcia sauf des Charter Flights avec les Chagossiens assurant le coût subventionné de billets et la connexion en bateau avec les autres îles de l’archipel. Les Chagossiens réinstallés n’auront pas le droit de recevoir des visiteurs à Diego, rendant ainsi toute visite dans les autres îles impossibles.
Toujours au chapitre des restrictions, une des conditions est que tout Chagossien doit être assuré au préalable d’un emploi aux Chagos et que des familles avec des enfants en bas âge pourront être éliminées de ce projet. Des facilités d’éducation ne sont pas prévues dans le projet le FCO soutenant que, “it is possible that children might be required to be schooled elsewhere. The UK Government would not pay for schooling or higher education outside of BIOT to those currently ineligible”.
Sur le plan des activités économiques, Londres rejette toute possibilité de relancer la production de noix de coco à grande échelle pour favoriser “a limited tourist industry in the outer islands”. Les emplois, dont la moyenne des salaires serait de l’ordre de Rs 12 000 par mois, sont dans le domaine manuel, soit l’entretien et la maintenance aussi bien que dans le secteur du transport à Diego Garcia.
Alors que le gouvernement britannique annonce que des facilités de logement seront mises à la disposition des Chagossiens, mention spécifique est faite que “there would be no private ownership of land, as all land would continue to be owned by the Crown”. Une façon de rappeler aux Chagossiens qu’ils sont toujours des étrangers sur leur archipel natal et qu’ils n’ont pas droit à leur terre…