Réagissant à la demande de la Grande-Bretagne pour un sursis avant de fixer une date pour le retour du contrôle des Chagos à Maurice, Lindsey Collen de Lalit, connue pour sa lutte de longue date en faveur des Chagossiens, estime qu’il serait plus « civilisé de régler le problème de souveraineté en Cour » que par l’option B, qui est un éventuel référendum du gouvernement britannique.
Lindsey Collen fait remarquer que lorsque le Premier ministre mauricien, Sir Anerood Jugnauth a posé un ultimatum pour qu’une date soit fixée pour le retour des Chagos à Maurice, « un mois s’est écoulé sans que l’Angleterre et les États-Unis ne réagissent. Ce silence a duré jusqu’au jour où le Premier ministre britannique, David Cameron, a annoncé sa démission. C’est là que les États-Unis et la Grande-Bretagne ont émis un communiqué conjoint. Or, les États-Unis se gardent d’habitude de se prononcer sur ce dossier. La seule raison pour laquelle ils ne demeurent pas silencieux cette fois, est qu’ils voient un risque d’être en position de faiblesse. Le fait que Maurice porte l’affaire devant la Cour internationale de Justice représente pour eux un danger ».
Lindsey Collen rappelle que quand Paul Bérenger était Premier ministre en 2003 et qu’il avait exprimé son intention de porter l’affaire devant la Cour internationale de Justice, le Premier ministre britannique d’alors, Tony Blair, avait dit que l’Angleterre ne prendrait pas des « binding judgements » pour les membres du Commonwealth. Cependant, quand Bérenger avait dit qu’il quitterait le Commonwealth, Blair a envoyé un représentant à New York pour changer les conditions sous lesquelles la Grande-Bretagne n’acceptait pas des binding judgements et avait fait inclure non seulement les membres du Commonwealth, mais aussi des ex-membres.
Pour la porte-parole de Lalit, la crainte des États-Unis et de la Grande-Bretagne dans cette affaire « est nourrie par le fait qu’ils ont comploté ensemble sans que leurs peuples respectifs soient au courant. Si on fait un sondage, il n’y aurait peut-être que 3 % d’Anglais qui seraient au courant de cette affaire; aux États-Unis, encore moins. Or, si Maurice recourt à l’Assemblée générale des Nations unies pour porter le contentieux devant la Cour internationale de Justice, tout le monde sera mis au courant ».
S’agissant du sursis demandé par la Grande-Bretagne, Lindsey Collen est mitigée. « Cela peut être un prétexte tout comme cela peut-être vrai qu’au lendemain du Brexit, le gouvernement britannique n’a pu prendre une décision ».
De l’autre côté, rappelle-t-elle, il y a eu cette semaine, le jugement de l’appel d’Olivier Bancoult, leader du Groupe Réfugiés Chagos qui contestait le verdict de 2008 de la House of Lords qui avait trouvé, qu’interdire le retour des Chagossiens dans leur archipel était légal. « Le plus important, c’est que les deux juges qui ont été favorables à l’annulation du jugement de 2008, ont fait valoir que Maurice inclut les Chagos ainsi que Diego Garcia et que ceux qui y résidaient, étaient bien des Mauriciens. »
Pour Lindsey Collen, les États-Unis et la Grande-Bretagne « pourraient venir avec un plan B. S’ils pensent qu’ils vont perdre, ils demanderont peut-être aux Chagossiens de voter pour retourner aux Chagos en tant que Britanniques. Cette possibilité est inquiétante, car cela voudrait dire que les Chagossiens devront voter pour retourner dans leur pays. »
S’agissant des relations amicales invoquées par les deux pays pour dissuader Maurice de ne pas avoir recours à la Cour de Justice internationale, Lindsey Collen déclare : « quand un ami prend à un autre ami ses îles avant que ce dernier ne soit majeur, c’est de l’abus, car l’ami n’est pas habilité à donner son accord étant donné qu’il était encore mineur.»