Avec l’échéance du 30 janvier 2018, fixée par la Cour internationale de Justice de La Haye pour la soumission formelle des Statements relatifs à l’Advisory Opinion réclamée par Maurice sur l’excision des Chagos, se précisant, les indications sont que la partie ne s’annonce nullement facile pour Maurice. C’est du moins ce qui découle des déclarations officielles des membres du gouvernement britannique, dirigé par Theresa May, notamment en réponse aux interpellations des députés de l’opposition à la Chambre des Communes. Ainsi, le Secretary of State au Foreign and Commonwealth Office, sir Alan Duncan, est revenu à la thèse défendue par Londres à l’effet que cette question de souveraineté des Chagos n’aurait jamais dû être soumise à la Cour internationale de Justice de La Haye. Dans cette perspective, la Grande-Bretagne compte mobiliser ses partenaires au sein de l’Union européenne et de la communauté internationale pour faire échec à la démarche de Maurice pour une Advisory Opinion sur deux volets ayant trait au processus de décolonisation. En parallèle, en dépit des objections formelles de Port-Louis et des protestations des membres de la communauté des Chagos, le Foreign and Commonwealth Office persiste et signe avec l’organisation de voyages pour des Chagossiens à Peros Banos et les autres îles, dont la base militaire de Diego Garcia. Les Anglais prévoient deux autres tournées aux Chagos avant avril 2018 après celle annoncée du 30 octobre au 8 novembre de cette année.
Malgré le vote massif en faveur de la résolution devant les Nations unies le 22 juin dernier avec Maurice sollicitant l’intervention de la Cour internationale de Justice de La Haye pour une Advisory Opinion sur le démembrement du territoire mauricien à la veille de l’accession à l’indépendance il y a 50 ans déjà, la Grande-Bretagne ne s’avoue pas vaincue. Le gouvernement de Theresa May continue à soutenir le fait que ce différend sur le plan de la souveraineté territoriale ne relève pas du mandat de cette instance des Nations unies. Répondant à une récente interpellation à la Chambre des Communes à l’effet que « what assessment his Department has made on the ability of the Government to gain support at the UN from EU member states for its position on the Chagos Islands of the UK leaving the EU », le secrétaire d’État au Foreign and Commonwealth Office a été des plus catégoriques et a levé un bout de voile sur la stratégie que comptent adopter les Anglais.
« The vote on the UN General Assembly Resolution 71/292 was a disappointing outcome. Sovereignty of the British Indian Ocean Territory is clearly a matter for the UK and Mauritius to resolve ourselves. Taking this bilateral issue to the International Court of Justice (ICJ) through the General Assembly is an inappropriate use of the ICJ mechanism », a fait ressortir sir Alan Duncan, qui a occulté le vote massif en faveur de Maurice pour privilégier le fait que la moitié des États membres des Nations unies s’est abstenue au moment du vote en séance plénière du 22 juin dernier.
La Grande-Bretagne soutient que le taux élevé d’abstention s’explique par le fait que le sentiment qui prévaut est que ce litige anglo-mauricien sur les Chagos devrait être résolu sur le plan bilatéral. Londres compte exploiter cette brèche car de nombreux États membres, dont la France ou même la République populaire de Chine, avaient expliqué leur abstention au moment du vote en prenant cette position lors des débats du 22 juin dernier. Poursuivant ses explications devant la Chambre des Communes, le secrétaire d’État au Foreign and Commonwealth Office souligne que « this is reflected in the fact that over half of General Assembly members did not vote in favour of the resolution. We will continue to work with European Union and other partners in order to present the United Kingdom’s position effectively at the International Court of Justice. »
Toutefois, à ce stade, il est extrêmement difficile de savoir sous quelle forme ce soutien des membres de l’Union européenne s’exprimera en faveur de la Grande-Bretagne. Il faudra attendre l’échéance du 30 janvier de l’année prochaine pour probablement prendre connaissance de la teneur des Statements soumis à la Cour internationale de Justice de La Haye soit en faveur de la position de Maurice soit au profit de la Grande-Bretagne. Après la date du 30 janvier 2018, les parties concernées, principalement Port-Louis et Londres, disposeront d’un nouveau délai arrivant à terme le 16 avril de l’année prochaine « as the time-limit within which States and organizations having presented written statements may submit written comments may submit written comments on the other statements, in accordance with Article 66, paragraph 4, of the Statute ».
Par ailleurs, la Grande-Bretagne ne compte pas rester les bras croisés pour l’exercice de son contrôle sur l’archipel des Chagos. Le même sir Alan Duncan a confirmé l’organisation de deux autres voyages de Chagossiens vers l’archipel même si les concernés ont carrément rejeté cette initiative, en boudant la visite du 30 octobre au 8 novembre. « The next visit of Chagossians to Diego Garcia and the Outer Islands will take place from 30 October to 8 November. A programme of events on the island is being arranged. Those visitors who were born in either Peros Banhos or Salomon will spend two days visiting those groups of islands before rejoining the other group members on Diego Garcia », devait-il indiquer dans une réponse écrite déposée à la Bibliothèque de la Chambre des Communes en révélant que « we expect a further two visits to take place before April 2018. Each visit will accommodate twenty Chagossians, who will arrive into Diego Garcia by air and will return by the same route at the end of the visit. »