L’appel interjeté par le Groupement des réfugiés des Chagos mené par Olivier Bancoult au sujet du droit de retour inaliénable dans l’archipel devant la Cour européenne des droits de l’Homme a subi un contretemps. Londres a sollicité et obtenu un report de l’échéance pour les « final submissions » devant cette instance internationale. D’autre part, après les récentes vacances de la Chambre des communes, des parlementaires britanniques multiplient les initiatives sur le dossier des Chagos pour une rencontre formelle avec le Foreign Secretary William Hague et l’ambassadeur américain en poste à Londres. Les révélations de WikiLeaks ont permis de confirmer, si besoin est, la partie de ping-pong entre Londres et Washington sur la souveraineté de Maurice sur les Chagos.
Alors que les différentes parties intéressées par l’appel du Groupement des réfugiés des Chagos (GRC) s’attendaient à un éventuel dénouement devant la Cour européenne des droits de l’Homme, le renvoi à la fin de septembre de la date limite pour la soumission des documents par Londres suscite des appréhensions. Cette question a d’ailleurs fait l’objet de discussions à la dernière réunion mercredi du Chagos Islands All-Party Parliamentary Group, rassemblant des parlementaires britanniques de tout bord.
Lors des échanges au sein de cette instance parlementaire, présidée par le député travailliste Jeremy Corbyn, le nouveau renvoi dans l’appel contre l’interdiction d’un retour des Chagossiens dans leur archipel natal a été souligné. « The Group learnt that the case before the European Court of Human Rights had been delayed once again at the request of the Foreign and Commonwealth Office (FCO). The date for the final submissions on the implications of the Al-Skeini case was now 30th September. In view of the continuing delays to the case, first lodged seven years ago, the Chagossian lawyers had re-activated the application for a judicial review of the Marine Protected Area », note une communication émise après la réunion de mercredi.
Les members du Chagos Islands all-Party Parliamentary Group sont très remontés contre l’approche sélective adoptée par le Foreign and Commonwealth Office dans des consultations avec des représentants des Chagossiens. L’agenda défini par le FCO était restreint à l’organisation de visites ou encore des travaux d’ordre environnemental. « The right of return, resettlement and the proposal for a scientific station supported by the Chagossians living in a nearby village were excluded by the FCO on grounds that these were political issues », regrettent les parlementaires britanniques, qui rappellent que « these initiatives form part of an on-going strategy for the British Indian Ocean Territory (BIOT) ».
Le Chagos Islands All-Party Parliamentary Group met en garde contre cette attitude de Londres. « It was particularly important, in the run-up of the consideration of the Chagos islanders case by the European Court of Human Rights, that this strategy did not distract attention from fundamental issues before the Court », ajoute le communiqué émis après la réunion. Les parlementaires britanniques sont également critiques contre le fait que la réunion réclamée avec le Foreign Secretary depuis février ne s’est pas encore matérialisée. Entre-temps, depuis juin, une autre rencontre a été sollicitée avec l’ambassadeur américain en poste à Londres pour discuter des Chagos et de Diego Garcia.
Les documents confidentiels révélés par WikiLeaks confirment par ailleurs la stratégie de Londres et de Washington de se renvoyer la responsabilité politique sur la souveraineté de Maurice sur les Chagos. Dans un câble diplomatique en date du 25 septembre 2008, l’ambassadeur américain Cesar Cabrera donne un compte rendu d’une séance de travail avec le Premier ministre Navin Ramgoolam. La réunion s’était déroulée une semaine auparavant, soit le 18 septembre. « Ramgoolam preempted the Ambassador by saying that he understands the official lines of both parties and respects the “geopolitics of the game” but that all Mauritius asks for is sovereignty of the Chagos Archipelago. He further noted that he wants the US to keep the military base of Diego Garcia and is willing to sign an agreement with either the US or the UK, although he said he felt that Brown preferred the agreement be signed directly with the US », écrit-il à l’intention des responsables du Département d’État à Washington.
Le Premier ministre avait ajouté que l’une des premières décisions du gouvernement Ptr-MMM qu’il a dirigé après les élections du 21 décembre 1995 a été de lever l’interdiction selon laquelle « no US ships would be allowed in port unless nuclear weapons were declared ». Cette interdiction avait été imposée depuis les élections du 11 juin 1982.
L’ambassadeur américain poursuit le récit de sa rencontre de septembre 2008 en déclarant que « Ramgoolam drew parallels between him and his father by citing the political context coloring his father Sir Seewoosagur Ramgoolam’s, Mauritius’ first president, decision to cede the Chagos territory to gain their independence. Ramgoolam suggested that his father saw the geopolitical importance of not only independence, but of having like-minded allies in a time and a region where Russia funded coups that destroyed democratic governments. Ramgoolam concluded this anecdote by saying that “… like my father understood, I understand”. The Ambassador made no comment or commitment regarding the PM’s assertions regarding Diego Garcia. Instead, he merely reminded the PM that indeed any sovereignty issues should be taken to the HMG, not the USG ».
Au tout début de la partie consacrée au dossier des Chagos, l’ambassadeur Cabrera a fait comprendre que « using the “friendship” between the US and Mauritius as a springboard, Ramgoolam segued into the issue of Diego Garcia. He began this portion of the conversation by referring to his conversations with UK Prime Minister Gordon Brown, whom he says expresses that HMG wants to assist on the sovereignty issue but cannot because of the “Americans” ».