En lançant le compte à rebours avec un ultimatum à la fi n de juin à la Grande-Bretagne, exigeant une date pour le retour des Chagos sous le contrôle effectif de Maurice, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, a enclenché des manoeuvres politiques et diplomatiques d’envergure. En réponse à la Private Notice Question (PNQ) du leader de l’opposition, Paul Bérenger, il a confi rmé la nouvelle position de Maurice à deux niveaux : faire inscrire la revendication de Maurice sur l’archipel des Chagos à l’agenda de la prochaine assemblée générale des Nations unies de septembre de cette année et saisir la Cour internationale de justice de La Haye de ce démembrement illégal du territoire de Maurice avant l’accession à l’indépendance, soit en 1966, avec le bail cédé aux Américains pour une période initiale de 50 ans. Commentant cette déclaration du Premier ministre, Lindsey Collen pour Lalit, parti qui ne s’est jamais soustrait de la lutte en faveur du retour des Chagos, et Stephan Gua pour Resistans ek Alternativ se retrouvent sur la même longueur d’onde.  
Lalit et Rezistans & Alternativ soulignent que c’est « une bonne démarche mais pas suffi sante » car, à leur avis, Maurice doit réclamer impérativement la fermeture de la base américaine de Diego Garcia. Cette demande est en nette contradiction avec l’intention déclarée du chef du gouvernement. Ce dernier est en faveur d’un nouveau bail de 60 ans aux Américains pour la base militaire contre le paiement d’un loyer à Maurice. La position exprimée par Maurice au sujet du resettlement des Chagossiens dans l’archipel n’est, semble-t-il, pas au goût des concernés, le leader du Groupement des Réfugiés des Chagos, Olivier Bancoult, voulant reprendre la question avec le Premier ministre.
L’éventuel recours à la Cour internationale de justice de La Haye pour condamner « la colonisation d’une partie du territoire mauricien par la Grande-Bretagne » est accueilli unanimement par Lalit et Rezistans & Alternativ. Les deux représentants, qui rappellent que leurs partis avaient déjà demandé au gouvernement d’exercer cette option, regrettent le délai irresponsable accumulé. « Lalit fi nn ekrir pa mwins ki trwa let a Premye Minis depi so eleksyon an desam 2014 pou explik irzans ki gouvernman azir, al International Court of Justice. Nou fi nn expoz irzans ki gouvernman azir vit, akoz pli li tarde, pli li dan enn pozisyon febles. Nou finn met divan argiman ki gouvernman bizin realize ki li enn prosesis, pa zis enn aksyon ponktyel», déclare Lindsey Collen à Week-End.
Démantèlement
Pour sa part, intervenant lors d’un point de presse, hier, Stephan Gua ajoute que « an mem tan ki nou salie sa nouvo pozision Leta Morisien-la, nou deplor lefet ki governman lalians lepep inn tarde lor sa kestion sezir bann instans internasional depi zizman tribinal arbitral le 18 mars 2015 lor kestion Marine Protected Area. Sa zizman-la fi nn rekonet san ekivok souverennte Leta Morisien lor Chagos. Leta ti bizin fi ni met enn case la kour internasional La Haye ek depoz enn mosion Nasion Ini pou denons violasion rezolision 1514 de sa linstans la. »
Un autre point de concordance entre Lalit et Rezistans & Alternativ concerne le démantèlement de la base militaire et nucléaire de Diego Garcia. Lindsey Collen est d’avis que le départ des Américains devrait constituer un argument fondamental pour rallier le soutien sur le plan international. « Maurice doit faire preuve de fermeté contre les Américains à Diego Garcia, base qui est au coeur de toute la souffrance, que ce soit le démembrement du territoire mauricien ou l’exil des Chagossiens. Cette affaire ne devrait pas se résumer à une questions d’argent de location à bail », s’insurge la militante historique de Lalit.
Lalit prône l’élaboration d’une feuille de route pour la fermeture de la base des Américains dans l’océan Indien, avec différentes composantes dont une opération d’Ecological Clean-Up, un plan de resettlement des Chagossiens en tant que « Mauriciens libres et indépendants et pa an tan ki lepep kolonize pa Grand-Bretagn ».
Actions
S’appuyant sur la campagne menée par le front commun Rann Nu Diego des années 90, Lindsey Collen propose une action plus que symbolique pour forcer la main aux Anglais sur le plan international. « Ankor enn fwa Lalit apel pou gouverman, ansam ar lezot parti politik, reprezantan Chagosyen, lapres Moris ek internasyonal, al delavan, afret enn navir, mont lor la, al Chagos, kouma enn aksyon pou soutenir sa kanpayn internasyonal ki pou donn valer sa ka International Court of Justice la », dit-elle.
Pour Rezistans ek Alternativ, la proposition de location à bail des Américains pour 60 ans contre paiement est inacceptable. « Si Maurice ne remet pas en cause la base de Diego Garcia, qui constitue la genèse de l’attaque contre l’intégrité territoriale de Maurice, cette démarche équivaut à une non-remise en question de ce détachement territorial », affi rme Stephan Gua.
Rezistans ek Alternativ met en garde le gouvernement contre tout faux pas car à chaque fois que l’occasion s’est présentée, Londres n’a pas manqué d’humilier Port-Louis. « Quand en 1990 Maurice avait fait des concessions sur la résolution des Nations unies pour décréter l’océan Indien Zone de Paix, l’empire britannique avait décrété les 200 milles nautiques autour des Chagos comme une zone maritime exclusive. Quand Maurice avait accepté le principe d’une British/ Mauritius Fisheries Commission en 1993-94 avec un accord de pêche, Londres a imposé unilatéralement une Marine Protected Area autour des Chagos sauf à Diego Garcia », ajoute-t-il.
Pour conclure ces démarches, Rezistans ek Alternativ propose que Maurice se prépare à faire inscrire une motion contre la Grande-Bretagne au prochain sommet du Commonwealth pour réclamer la fermeture de la base de Diego et le retour des Chagos, faute de quoi Maurice devrait se retirer du Commonwealth.
Intervenant à l’Assemblée nationale et se prévalant du paragraphe 298 du Ruling du 18 mars 2015 du Tribunal d’Arbitrage des Nations unies sur les Droits de la Mer, le Premier ministre a lancé à l’égard de Londres : « I request that the Chagos Archipelago be returned by the United Kingdom to the effective control of Mauritius by a precise date to be agreed upon and proposed that consideration could be given to the joint management of the Chagos Archipelago pending its return to Mauritius. I asked for a reply to be given to my request by the end of June 2016, otherwise Mauritius would take appropriate actions at the international level, including at the United Nations. »