A la veille de l’expiration du bail initial de 50 ans de l’archipel des Chagos entre Londres et Washington, niant à Maurice le droit et le privilège d’exercer sa souveraineté sur cette partie de son territoire et de sa reconduction pour une nouvelle période de 20 ans, le Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, ratisse large. Intervenant, vendredi, en début de soirée, à la tribune des Nations unies, il a lancé un appel non seulement à cette instance, mais également à la communauté internationale pour que la résolution 2066 (XX°) du 19 décembre 1965 ne continue pas à rester lettre morte 50 ans après. Il émet le souhait que le mécanisme approprié soit institué en vue d’ouvrir la voie Maurice à l’exercice de ses droits de souveraineté sur cette partie de son territoire et au retour des Chagossiens dans leur archipel natal. Tout en dénonçant l’obstination de Londres dans la transgression des Droits de l’homme les plus fondamentaux, le chef du gouvernement a réitéré la position officielle en lançant un appel à Washington à l’effet que Port-Louis soit invitée à la table de discussions sur l’avenir à long terme des Chagos sans citer nommément les échanges anglo-américains actuellement en cours pour la reconduction du bail de l’archipel.
Sur le dossier des Chagos, qui a dominé le discours de sir Anerood de vendredi, Maurice cherche la confirmation de l’adhésion quasi-unanime de la communauté internationale non seulement à la réclamation de la souveraineté, mais également aux moyens politiques et diplomatiques pour traduire dans la réalité ce droit des plus légitimes. “In Resolution 2066 (XX) of 16 December 1965, a resolution dealing specifically with Mauritius, the Assembly drew attention to the duty of the administering power not to dismember the territory and not to violate the territorial integrity of the then colony”, déclare-t-il en réclamant une intervention des instances des Nations unies pour le respect de ces dispositions.
“Therefore, this Assembly has the responsibility in helping to complete the historic process of decolonisation which it was so successful in instigating and overseeing in the second half of the last century. This is why, Mr. President, we are convinced that this Assembly should now establish a mechanism to allow and monitor the full implementation of the UNGA resolutions”, s’est appesant le Premier ministre, qui a ajouté plus tôt que “this Assembly has a direct institutional interest in the resolution of this matter”.
Toutefois, sir Anerood a saisi cette occasion pour faire appel aux Etats-Unis, qui profitent de la base militaire et nucléaire de Diego Garcia, pour engager des discussions avec Maurice quant aux intérêts à long terme de l’archipel. Pour étayer cette proposition, l’intervenant n’a trouvé mieux que de s’appuyer sur des extraits du discours du président des Etats-Unis devant cette même assemblée en début de semaine, soit que “the more so, after the affirmation by the President of the United States of America when he so convincing-ly stated in his speech to this Assembly on Monday: I quote – “We cannot stand by when the sovereignty and territorial integrity of a nation is flagrantly violated”.
Par ailleurs, la partie mauricienne ne compte pas rester les bras croisés à attendre les réactions de Washington ou de Londres et signifie son intention de maintenir la pression sur le plan international pour exercer sa souveraineté sur les Chagos. Après le ruling favorable du tribunal d’arbitrage sous la Convention des Nations unies sur les Droits de la Mer en début d’année, le recours à d’autres instances judiciaires ou arbitrales internationales n’est pas à écarter.
 
L’attitude et l’approche des Anglais stigmatisées
“The Government of Mauritius is resolutely committed to pursue all efforts in accordance with international law for the effective exercise by Mauritius of its sovereignty over the Chagos Archipelago, including the possibility of further recourse to judicial or arbitral bodies”, a déclaré le Premier ministre sans révéler des details précis.
Auparavant, sir Anerood a stigmatisé l’attitude et l’approche des Anglais, qui semblent faire fi de la déclaration solennelle de l’arbitrage de cette instance des Nations unies. “The Tribunal underscores United Kingdom’s legally binding obligations to Mauritius. These establish beyond doubt that in international law Mauritius has real, firm and binding rights over the Chagos Archipelago and that the United Kingdom must respect those rights”, fait-il comprendre en dénonçant le subterfuge de l’exercice de consultations en vue d’une éventuelle réinsertion des Chagossiens dans leur archipel : “Despite this clear ruling of the Tribunal, we regret that the United Kingdom appears to be adopting a different approach to the rights of Mauritius. It has recently launched a so-called consultation exercise on purported resettlement of Mauritians of Chagossian origin in the Chagos Archipelago under conditions amounting, again, to a gross violation of their most basic human rights. Mauritius rejects unreservedly this purported consultation exercise”, s’insurge-t-il.
Le Premier ministre a pris l’engagement qu’une fois que Maurice sera en mesure d’exercer de manière solennelle sa souveraineté sur les Chagos, des dispositions seront prises pour un retour des Chagossiens. “Nos frères et soeurs d’origine chagossienne, qui choisiront d’aller s’installer dans l’archipel, seront en mesure d’y vivre dans la dignité, dans le respect de leurs droits fondamentaux comme c’est le cas actuellement à Maurice”, a-t-il renchéri.
Le chef du gouvernement a également évoqué le problème de Tromelin avec la France. Dans un langage des plus diplomatiques, il a trouvé que “nous savons pouvoir compter sur la noblesse de la France et ses idéaux de justice et de fraternité pour que la République de Maurice puisse exercer sa souveraineté effective sur Tromelin”.
Au tout début de son intervenion, sir Anerood, qui a fait état de son come-back dans l’arène politique après son départ à la retraite il y a douze ans et cela dans la pure tradition démocratique, a commenté les dangers que représentent la prolifération nucléaire, la propagation des armements, le terrorisme et la piraterie. La veille de ce discours, Maurice a déposé les instruments d’accession à la convention sur les Cluster Munitions sous l’Arms Trade Treaty.
 
Un sujet de satisfaction pour Maurice
Un sujet de satisfaction pour Maurice se situe au chapitre du Sustainabale Development Goal No 5 par rapport à l’autonomisation féminine. “I am proud to announce that for the first time in history, my country has three women in high positions, as President of the Republic, Vice President and Speaker of the National Assembly of Mauritius”, a-t-il dit.
Il s’est félicité des initiatives du secrétaire général des Nations unies pour la révision de l’UN Peace Building Architecture, que ce soit dans l’océan Indien avec Madagascar, en Afrique ou ailleurs dans le monde, de la reconnaissance de l’Autorité Palestinienne en tant qu’observateur aux Nations unies. Il a fait part de ses préoccupations par rapport aux effets du changement climatique sur le développement des petits Etats insulaires, à l’aspiration légitime de l’Afrique de disposition permanente au sein du Conseil de Sécurité des Nations unies, de même que pour les Small Island Developing States tout en réitérant son soutien à l’Inde pour un siège permanent sur un Conseil de Sécurité réformé.
Au cours de son séjour d’au moins deux semaines à New York, sir Anerood a également eu des entretiens avec le président sud-africain, Jacob Zuma, et le secrétaire général du Commonwealth, Sharma, et animé une campagne de promotion en vue d’attirer des investisseurs du continent nord-américain dans différents secteurs à Maurice.