Une toute petite foule, comprenant essentiellement des proches de Charlésia Alexis, décédée le 17 décembre dernier, et des « amis » de la cause chagossienne, était réunie, hier, en début d’après-midi, à l’église Saint-Sacrement de Cassis. L’abbé Gérard Mongelard, soutenu par le révérend Mario Li Hing, officiait à cette messe ; ultime adieu à cette grande dame dont la lutte aura marqué plus d’un… À commencer par l’actuel leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC), Olivier Bancoult, comme il devait en témoigner.
La messe à l’église Saint-Sacrement de Cassis devait se dérouler en simultané avec les funérailles de Charlésia Alexis à Crawley, à Londres. Hélas !, comme l’église de la banlieue port-louisienne était retenue par une autre fonction aux alentours de 16 h, c’est à 14 h qu’a été dite la messe d’adieu à la grande dame de la lutte pour le retour des Chagos aux Chagossiens.
Le témoignage, bouleversant, de Kishore Mundil, enseignant de profession, et « très proche autant d’Aurélie (Lisette) Talate que de Charlésia Alexis ; de dimoun ki mo finn kone personelman ek mo finn lit a zot kote », donnait le ton. C’est avec la voix empreinte de larmes que ce chargé de cours à l’Université de Maurice (UoM), qui s’est joint à la cause des Chagossiens dès son retour de l’étranger en 1974, a entamé son témoignage : « La coïncidence veut que nous soyons réunis aujourd’hui pour dire au revoir à Charlésia et, en même temps, rendre hommage à Aurélie Talate, disparue il y a un an. »
Le timbre brisé par l’émotion à peine contenue, K. Mundil devait souligner que « ces deux femmes avaient des talents naturel de leader ». Il devait continuer : « Je me souviens d’une conversation, entre moi et Charlésia, sur un banc au jardin La Compagnie… C’est là que j’ai compris l’importance de cette lutte. Et c’est là que j’ai réalisé la valeur de leader que Charlésia portait en elle… » Et de préciser : « Charlésia était une natural born leader ! Elle était du calibre des grands et pouvait se mesurer aux leaders contemporains ! »
Olivier Bancoult, qui rappela que Charlésia Alexis avait été, comme Lisette Talate, ses mentors, devait abonder dans le même sens. Rappelant comment Charlésia Alexis était intervenue auprès de sa mère, Rita Bancoult, pour qu’il se joigne à leur lutte. L’actuel leader du Groupe Réfugiés Chagos (GRC) devait faire ressortir que « notre lutte a commencé avec ces femmes. Ce sont elles qui ont pris les devants… » Et parlant de Charlésia Alexis, il devait souligner : « Li pa finn kile a okenn moman ! »
Tous ceux intervenant lors de l’ultime adieu à Charlesia Alexis devaient rappeler « l’injustice du dernier verdict rendu par la Cour européenne des droits de l’homme qui a jugé “irrecevable” la requête de 2004 du peuple des Chagos pour retourner dans leurs îles »; Notant, dans la foulée, que « même la pétition à la Maison Blanche s’est soldée par une réponse négative », le révérend Mario Li Hing devait relever : « Dans ces moments, où il nous semble que toutes les portes se ferment, l’unique recours demeure celui de Dieu… »
L’aumônier des Chagossiens devait aller plus loin, établissant le parallèle entre Jésus et ses disciples et Charlésia Alexis et Lisette Talate et « ceux qui continueront la lutte, comme Olivier Bancoult, Fernand Mandarin… Bien que nous ayons certains différends, cette cause est commune. Quand nous avions pris le bateau pour nous rendre sur les îles, en 2006, la douleur, la souffrance étaient celles de tous. Le cri du coeur que l’on poussa en arrivant sur les îles était celui de tout un chacun ! »
Kishore Mundil devait exhorter « tous ceux sensibles à la cause chagossienne à se joindre à ce combat. Car la communauté des Chagos et Cassam Uteem, actuel président du Chagos Solidarity Trust Fund, seront d’accord avec moi et leur lutte est celle de la nation mauricienne ! J’espère de tout coeur que le moment viendra quand, parmi nos jeunes, certains considéreront le parcours de Charlésia et prendront exemple sur elle. Et feront avancer Maurice… »
La messe d’adieu à Charlésia Alexis a eu comme point d’orgue un extrait d’un morceau chanté par celle qui a été surnommée la « griotte » de Diego Garcia…