Électrique. C’est le moins que l’on peut dire du « hearing » que le Conseil de district de Grand-Port a tenu hier au Rose-Belle Multipurpose Complex suite à la demande du groupe Currimjee Jeewanjee pour un Building and Land Use Permit pour démarrer son projet hôtelier Le Chaland Resort à La Cambuse. Si le Forum des citoyens libres et la Platform Pu Sov Nu Laplaz de Georges Ah-Yan ont effectué un walk-out, c’est « under protest » que les membres de la coalition Aret Kokin Nu Laplaz ont déposé.
À peine le Chief Executive du conseil de district de Grand-Port, Shyam Teeluck, a-t-il commencé l’audience que le porte-parole du Forum des citoyens libres et de la Platform Pu Sov Nu Laplaz de Georges Ah-Yan (voir encadré) a protesté contre la façon dont ce hearing a été convoqué et a réclamé son renvoi. Les citoyens engagés Yan Hookoomsing et Sébastien Sauvage de l’ONG EcoSud ont appuyé la demande du porte-parole du Forum des citoyens libres et de la Platform Pu Sov Nu Laplaz arguant d’une part qu’ils n’ont pas eu l’autorisation pour disposer d’une copie de la demande des promoteurs et d’autre part qu’ils n’ont pas eu le temps nécessaire pour l’étudier.
Devant le refus du président de la séance d’accéder à leur demande, Georges Ah-Yan et son groupe ont bruyamment effectué un walk-out, suivi dans un brouhaha général des membres de la coalition Aret Kokin Nu Laplaz, avec à leur tête Yan Hookoomsing et Sébastien Sauvage. « Nous sortons pour nous concerter et décider de la marche à suivre mais nous allons revenir », a laissé entendre Yan Hookoomsing à Shyam Teeluck.
Entre-temps, le Chief Executive du DC a démarré l’audience, invitant les représentants des promoteurs à présenter leur projet. Dinesh Burrenchobay, le principal porte-parole de Currimjee Jeewanjee, avait déjà fait une introduction générale de son projet et Jimmy Lan, le General Manager de Currimjee Hospitality Management, était en train d’en donner des détails, quand le groupe de la coalition Aret Kokin Nu Laplaz est retourné dans la salle d’audience. « Après discussions avec les hommes de loi d’EcoSud des Gavin Glover Chambers, nous assistons à ce hearing « under protest » », a annoncé Sébastien Sauvage au président de la séance.
Rejetant une requête des protestataires pour recommencer sa présentation, Jimmy Lan l’a poursuivie, expliquant que le projet hôtelier de Currimjee Jeewanjee détient jusqu’ici en bonne et due forme tous les permis nécessaires qu’imposent les diverses autorités du pays. « Outre une Environment Impact Assessment Licence (depuis janvier 2013), nous détenons une Cultural Heritage Impact Assessment Licence (depuis août 2012) et une Ramsar Clearance (depuis juin 2014), une première à Maurice pour un projet de développement », dit-il.
Succédant à Jimmy Lan, le Dr Alan Sam-Soon, consultant en environnement et spécialiste de la gestion des eaux usées, a longuement élaboré sur le Rapport EIA du projet Le Chaland Resort. « Respectant toutes les conditions imposées par les autorités, nous avons eu une approche éco-systémique du développement de cette plage », soutient-il. Le consultant a annoncé que Currimjee Jeewanjee s’est engagé à mettre sur pied un Sustainability Committee pour veiller à la préservation de l’océan, de la faune et de la flore ainsi qu’à la gestion des eaux usées dans le lagon de Blue-Bay. Ce à quoi, le CE Shyam Teeluck a demandé à avoir un représentant du DC sur ce comité. Dinesh Burrenchobay a donné son accord.
Dans une présentation très documentée, Yan Hookoomsing a présenté les objections au projet hôtelier : le danger qu’il représente pour le parc marin, la diminution de la plage publique de La Cambuse, la violation de la National Development Strategy de 2003, le non-respect de l’Outline Planning Scheme of Grand Port, la dégradation d’une Environmentally Sensitive Area, la destruction d’un paysage scénique et la diminution de l’attrait touristique du parc marin de Blue-Bay. « Il est maintenant établi qu’un EIA Report n’est plus adéquat pour préserver l’environnement », a-t-il argué. « Promoter so lintere se bizness, se pa sov lanvironma », a-t-il insisté. « Et même s’ils sont sincère dans leur volonté de sauver La Cambuse, ils peuvent le faire à travers une ONG et pas en y construisant un hôtel, car le parc marin est déjà dans un état critique », s’est-il indigné.
Dans une intervention à connotation spirituelle, Dr Arthur Mitchell, consultant américain ayant travaillé sur le Blue-Bay Marine Park Management Plan, a exhorté les promoteurs à ne pas « irrémédiablement détruire la nature ». Il a affirmé que toutes les études faites sur le parc marin de Blue-Bay indiquent qu’un projet hôtelier lui « sera désastreux ». Il a en contrepartie plaidé pour un compromis : « Faites votre projet un peu plus loin dans les champs de cannes », a-t-il supplié. « Cela vous coûterait moins cher, parce qu’il y aurait moins de mesures d’atténuation pour épargner le parc marin », a-t-il expliqué.
Le Dr Mitchell a sauté dans le premier avion pour Maurice dès qu’il a entendu parler du danger qui menace le parc marin de Blue-Bay, affirme au Mauricien Sébastien Sauvage d’EcoSud.
D’autres personnes ont déposé contre le projet. Parmi, le syndicaliste Rashid Imrith, Alain de Falbaire et Sébastien Sauvage d’EcoSud, Veena Bolah de la GWF et Raheem Gopaul de RAFAL.
À la fin de l’audience, le Dr Arthur Mitchell a affirmé qu’il serait heureux si les promoteurs pouvaient lui faire savoir s’ils pouvaient reculer leur projet dans les champs de canne à l’arrière, dans un geste de compromis.