Les contestataires au projet Le Chaland Resort, du groupe Currimjee Jeewanjee Ltd, ont été conviés ce vendredi à 10 h au siège du District Council (DC) de Grand-Port, à Rose-Belle, pour faire entendre leurs objections. Selon nos informations, 1 375 personnes ont écrit formellement au DC pour signifier leur objection à ce projet hôtelier du groupe Currimjee Jeewanjee Ltd à La Cambuse, dans le parc marin de Blue-Bay. Cela après que la coalition Aret Kokin Nu Laplaz les a invités à le faire.
« On a hâte de saisir cette occasion que nous donne le District Council pour faire entendre nos craintes concernant ce projet du groupe du groupe Currimjee Jeewanjee dans le parc marin de Blue-Bay », nous a confié Sébastien Sauvage de l’ONG EcoSud, un des membres d’Aret Kokin Nu Laplaz (voir encadré).
« Que 1 375 citoyens s’impliquent formellement pour écrire à un conseil de district pour signifier leur opposition à un projet est, j’en suis certain, un fait en soi très rare dans les annales de nos administrations locales et démontre la volonté citoyenne des Mauriciens pour préserver notre patrimoine environnemental, car pour chaque citoyen qui a écrit, il y a des milliers d’autres qui s’opposent eux aussi à ce projet mais qui, pour une raison ou une autre, ou simplement par peur de représailles, n’y ont pas objecté ouvertement », poursuit Sébastien Sauvage.
En effet, suite à la demande du groupe Currimjee auprès du District Council de Grand-Port pour un Building and Land Use Permit afin de commencer le projet hôtelier du Chaland Resort, les écologistes regroupés au sein de la coalition Aret Kokin Nu Laplaz avaient invité le public à déposer une lettre d’objection contre ce projet auprès de ce conseil de district. Ils avaient jusqu’au jeudi 23 juillet dernier pour le faire.
Ceux qui sont contre ce projet hôtelier dans le parc marin de Blue-Bay pouvaient soit déposer personnellement soit faire parvenir leur lettre d’objection au DC avant la date butoir ou télécharger une copie de cette lettre d’objection préparée par Aret Kokin Nou Laplaz et partagée sur sa page Facebook.
Selon les dispositions de la loi, à la réception de ces lettres d’objection, le DC est tenu de tenir une public hearing (audience publique) avec toutes les personnes ayant logé une objection et d’y convier le promoteur.
« Les Mauriciens doivent réaliser que le fait d’envoyer des centaines de lettres d’objection au District Council, cela a un impact majeur certain. Plus il y a d’objections, plus il y a possibilité de bloquer ce projet si néfaste contre l’écosystème du parc marin de Blue-Bay et contre l’accaparement de l’espace public », ajoute Sébastien Sauvage.
L’écologiste rappelle que la coalition Aret Kokin Nou Laplaz s’oppose au projet Le Chaland Resort pour plusieurs raisons : d’abord, ce projet vient diminuer l’espace public, en l’occurrence la plage publique de La Cambuse, de deux arpents. « C’est un affront de dire aux Mauriciens que la plage sera étendue et rénovée, car en fait le public perdra approximativement 60 m de plage publique », avance-t-il. De plus, la coalition s’interroge sur les circonstances entourant l’octroi par le gouvernement de Navin Ramgoolam de 19 arpents sur les 31 arpents de Defence Lands à un promoteur privé. « Le gouvernement de l’Alliance Lepep a le devoir de faire une enquête pour éclairer l’opinion publique sur les circonstances ayant mené le gouvernement d’alors à céder à des intérêts privés des terres dédiées à notre défense nationale », insiste-t-il.
En outre, ajoute Sébastien Sauvage, le projet hôtelier Le Chaland Resort viendra dégrader davantage l’écosystème du parc marin de Blue-Bay, un site protégé par la Convention de Ramsar. « L’hôtel Shandrani y opère déjà, et maintenant si l’on y ajoute un autre hôtel, le parc marin de Blue-Bay sera mort d’ici dix ans », soutient-il.
Notre interlocuteur rappelle également que le Blue-Bay Marine Park Management — une étude commanditée par le ministère de la Pêche soumise au gouvernement en septembre 2012, mais jamais rendue publique jusqu’ici — prévient qu’un projet hôtelier dans la zone de La Cambuse aurait des effets néfastes sur le parc marin. Le projet de Currimjee Jeewanjee était encore en attente de l’aval du gouvernement au moment de cette étude en 2012.
Enfin, insistent ces écologistes, le projet Le Chaland Resort ne respecterait pas les zones officielles où il est permis de construire de nouveaux hôtels. « Selon la National Development Strategy, aucun projet hôtelier ne doit être autorisé en dehors des Tourism Development Zones ». Or dans le Sud-Est, il y a uniquement la Mahébourg Tourism Development Zone, dont ne fait pas partie La Cambuse.
Et Sébastien Sauvage de faire ressortir que même si le groupe Currimjee Jeewanjee obtient son BLP, il leur est toujours possible de faire appel. « Et nous le ferons », prévient-il.