En dépit d’une réunion des conseillers la semaine dernière, le Conseil de District de Grand-Port n’a pu statuer sur la demande de Land & Building Permit du groupe Currimjee dans le cadre de son projet de construction Le Chaland Ressort Hotel à La-Cambuse. Cette requête fera à nouveau l’objet de débats la semaine prochaine. En attendant, le Senior Regional Advisor for Africa du secrétariat international de la Convention Ramsar, Paul Ouédraogo, mis au courant par les ONG, du danger qu’encourrait le parc marin de Blue-Bay – zone figurant sur la liste des sites protégées de la Convention Ramsar – a signifié son intention de placer le parc marin sous la section 3.2 de cette Convention. Ce qui aboutirait d’un avertissement selon lequel ce site sera prochainement connu comme un site menacé. Il réclame ainsi des explications du comité Ramsar de Maurice au plus vite.
Alors que le verdict du Conseil de District de Grand-Port devait tomber la semaine dernière concernant l’octroi ou non du Land & Building Permit au groupe Currimjee pour la construction de son hôtel 5 étoiles à La-Cambuse, la situation est restée statu quo, les conseillers n’ayant pu délibérer. Pour cause, les nombreuses représentations faites par des opposants à ce projet, dont les ONG regroupant les plates-formes Aret Kokin nou la Plaz, Eco Sud, mais aussi du Forum Citoyens Libres (FCL) et La Platform pou Sov nu la plaz (PPSNL). Certes, lors du hearing qui a eu lieu le 14 août dernier, les 1350 contestataires qui avaient manifesté leurs griefs n’ont pas été tous entendus – ce qui est d’ailleurs déploré par les membres du FCL et la PPSNL – mais en sus, depuis une semaine, de nouveaux éléments sont venus s’ajouter au dossier.
En outre, un courrier émanant du Regional Advisor for Africa du secrétariat international de la Convention Ramsar, Paul Ouédraogo, à l’adresse du Head of Ramsar administrative Authority, Maurice, faisant état des appréhensions du secrétariat de la Convention Ramsar pour le parc marin de Bleu-Bay, à la suite de représentations reçues par les écologistes de Maurice, dont les membres de Ecosud, fait clairement comprendre que suivant cette démarche, « we are now working towards including Blue Bay Marine Ramsar Site, within the list of Article 3.2 ». La section 3.2, précise-t-il, stipule que « each Contracting Party shall arrange to be informed at the earliest possible time if the ecological character of any wetland in its territory and included in the list has changed, is changing or is likely to change as the result of technological developments, pollution or other human interference. Information on such changes shall be passed without delay to the organisation or government responsable for the continuing bureau specficied in Article 8. » Le Regional Advisor for Africa de la Convention Ramsar indique également en avoir notifié le comité Ramsar à Maurice et est dans l’attente des explications. « We are waiting for his reply before moving to the next level : inserting the Site within Article 3.2 », dit-il.
S’appuyant sur ce courrier, les écologistes se demandent qu’elles ont été les procédures suivies par le comité Ramsar pour octroyer une Ramsar Clearance au groupe Currimjee. Ils se demandent si le Secrétariat international de la Convention, comme l’indique Paul Ouédraogo, a été averti ou non de ce projet par le comité Ramsar Maurice, et s’il a été mis au courant des menaces qu’encourt le Parc marin de Blue-Bay.
Le ministre de l’Agro-Industrie est catégorique : le rapport du comité Ramsar fait état que suivant la demande faite – après l’obtention de leur EIA Licence – par les promoteurs en novembre 2012 pour une Ramsar Clearance, les officiers du comité Ramsar, en compagnie d’officiers d’autres ministères concernés, dont celui de l’Environnement, ont procédé à plusieurs visites in situ, avant de donner leur aval concernant ce site, sujet, cependant, à une série de conditions, dont la principale est le respect d’un « setback » de 100 mètres à partir des High Water Marks. La Ramsar Clearance a été octroyée après les recommandations du comité Ramsar Maurice, par le ministère de l’Agro-Industrie le 23 juin 2014, situant toutefois que observations ont été faite que, « the site adjoins the Blue Bay Marine Park, a Ramsar Site of International Importance classified as an Environmentally Sensitive area of Category 1 (High Conservation Value) » et que « part of the site along the beach frontage lies within a sand dune classified as an Environmentally Sensitive Area of Category 2 (Medium Conservation Value).
Si des conditions sont rattachées à cette Ramsar Clearance, l’inquiétude des écologistes n’en demeure pas moindre, car anticipant les menaces réelles qu’encourt le parc marin, dont l’état est déjà déplorable. Le ministre Seeruttun se veut rassurant, et soutient que jusqu’ici, selon ses informations, les conditions établies dans le Ramsar Clearance sont en train d’être respectées par les promoteurs. Toutefois, dit-il, il compte au plus vite avoir une réunion avec les membres du comité Ramsar pour s’enquérir de la situation. « Si je sens qu’il y a des risques réelles de mettre en danger ce site, je demanderai une contre-expertise auprès du secrétariat de la Convention Ramsar International et nous agirons en conséquences », dit-il.
Entre-temps, pour bloquer le processus du Conseil de district de Grand-Port d’octroyer son Land & Building Permit au groupe Currimjee, le FCL a déposé une mise en demeure à l’effet que tous les contestataires du projet n’ont pas tous eu l’occasion d’exprimer et expliquer leurs griefs lors du hearing organisé le 14 août dernier par le Conseil. Le porte-parole, Georges Ah Yan insiste, « il faut un autre hearing, et cette fois, en individuel pour que chaque contestataire puisse déposer ses doléances et s’expliquer ». Si toutefois le feu vert devait être donné aux promoteurs, Georges Ah Yan envisage de faire une demande d’injonction pour empêcher les travaux de construction de Le Chaland Ressort Hotel.