Un rapport de l’Heritage Research Indian Ocean, firme de consultants en matière d’héritage culturel, n’a pas été soumis caché aux autorités et au public. Ce rapport, qui mettait en garde contre la déstabilisation des dunes millénaires de la plage du Chaland, a été mis de côté au profit de celui des professeurs Françoise et Geoffrey D. Summers qui a été soumis au National Heritage Fund.
L’Environment Protection Act stipule clairement que tout EIA Report « shall contain a true and fair statement and description » de tout projet sous examen, et ce afin de permettre aux autorités d’avoir « an assessment of the inevitable adverse environmental effects that the undertaking is likely to have on the environment, people and society ».
Le ministère de l’Environnement avait ainsi exigé aux promoteurs du projet d’hôtel à Le Chaland un « Cultural Heritage Impact Assessment » (CHIA) à être approuvé par le National Heritage Fund. Les promoteurs ont alors commandité un rapport en ce sens à la firme de consultants Heritage Research Indian Ocean (HRIO). C’est ainsi que le 6 décembre 2010, les consultants du HRIO ont présenté sous PowerPoint une évaluation préliminaire de leur CHIA pour l’intégralité du projet, c’est-à-dire La Cambuse Resort Village, et ce en présence de toute la direction du Currimjee Jeewanjee Group et des autres consultants engagés dans ce projet.
Lors de cette présentation, les consultants du HRIO ont informé que Mare-aux-Songes et la forêt Christian Vallet (tous deux situés au nord du site) devraient être protégées par une zone tampon. Et pour cause : Mare-aux-Songes n’est pas que le « sanctuaire du dodo », mais revêt également une importance scientifique mondiale. En outre, ont poursuivi les consultants, les quatre dunes qu’ils ont découvertes sur le site ont des caractéristiques paléontologiques. Par conséquent, ils informent que toute construction lourde sur ces dunes les déstabiliserait « définitivement ». Le géologue Sébastien Martial explique ainsi qu’une dune est une réserve dynamique de sable permettant à une plage de se « reconstruire », empêchant ainsi une érosion côtière certaine.Suivant cette présentation du 6 décembre, les promoteurs du projet d’hôtel aurait demandé, selon   l’HRIO, de ne se concentrer que sur la partie du projet Le Chaland Resort Hotel, et non pas sur le projet intégral de La Cambuse Resort Village. Le 19 septembre 2011, les consultants du HRIO présentent une CHIA consacrée uniquement à Le Chaland Resort Hotel.
Modification du rapport
Dans cette deuxième CHIA, le HRIO revient avec ses mêmes recommandations pour protéger les dunes : « Aucune construction sur les dunes 1, 2 et 3 (voir photo) ; éviter l’utilisation de machines lourdes près des dunes pour ne pas perturber leur stabilité et, enfin, d’éviter de les piétiner durant la phase de construction et opérationnel du projet. » Plus important, les consultants recommandent que le projet soit construit au-delà d’un « set-back » de 145 mètres, à l’arrière, dans les champs de cannes, pour préserver les dunes et ainsi permettre à cette plage de garder une stabilité écologique.
Selon un membre de l’équipe du HRIO, Jayshree Mungur-Medhi, les commanditaires du rapport leur auraient alors demandé de modifier leur rapport. Préserver ainsi les dunes comme recommandé dans la CHIA aurait diminué la superficie de leur projet. « Notre éthique ne nous permet pas de cacher quoi que ce soit, même pas pour plaire à notre client », a-t-elle expliqué hier au Mauricien lors d’une visite sur les lieux. Conséquence : alors que l’HRIO a soumis aux commanditaires son travail, il n’a été payé qu’à moitié. « Cela fait presque cinq ans que nous attendons l’autre moitié de nos honoraires », confie-t-elle. Elle ajoute que le HRIO prend l’héritage culturel dans son sens large, suivant la définition de l’Unesco. Depuis, les consultants du HRIO n’ont rien entendu de leur rapport.
Toutefois, c’est un autre rapport, plus conciliant, du « Cultural Heritage Impact Assessment », soit celui des professeurs Françoise et Geoffrey D. Summers, qui a été soumis au National Heritage Fund (NHF). « Ce rapport aura permis de dater ces ruines pour la première fois et de les identifier comme n’ayant pas de valeur historique significative », précise un communiqué de Currimjee Jeewanjee Company Ltd, sans toutefois évoquer le danger de construire sur ces dunes.
Construction sur les dunes
Dans un autre communiqué, les promoteurs du projet d’hôtel ajoutent : « Tout d’abord, une zone tampon de 100 mètres à partir du niveau de la mer à marée haute a été identifiée par les autorités. C’est en fait la première fois à Maurice qu’un hôtel respecte ce type de zone tampon. Aucune construction ne sera entreprise dans cette zone afin de préserver la face active de la dune de la plage à la crête. Cette partie de la dune est la zone sensible de l’écosystème qui ne doit pas être perturbé. »
Toutefois, une superposition de la carte du Master Plan du projet et celle des dunes démontrent clairement que l’hôtel sera situé exactement sur les dunes, d’autant que celles-ci font environ 200 mètres de “high water mark” jusqu’à l’arrière dans les cannes. Et comme l’admettent les promoteurs, l’hôtel sera construit juste au-delà des 100 mètres.
De toute évidence, ni le ministère de l’Environnement, ni le National Heritage Fund, ni le ministère du Logement et des Terres (MoH & L), ni encore le commissaire de police n’a été informé de l’existence du rapport du HRIO mettant en garde contre toute construction sur les dunes. Cependant, la Letter of Intent du MoH & L, la Ramsar Clearance, l’EIA Licence du MoE, préviennent tous contre la dangeurosité environnementale de toute construction sur les dunes.
Rappelons que la coalition Aret Kokin Nu Laplaz avait récemment écrit au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth. Elle réclame une enquête sur les circonstances de l’octroi des permis accordés jusqu’ici à ce projet d’hôtel à Le Chaland.