Après les 1370 lettres de protestation envoyées au District Council (DC) de Grand-Port contre la construction du Le Chaland Ressort à proximité de la plage publique de Blue-Bay, les contestataires du projet ont été conviés pour faire entendre leurs objections face aux promoteurs. Leur principale inquiétude : l’impact de cette construction sur le parc marin de Blue-Bay, un site classé sur la liste mondiale de la Convention Ramsar. Or le groupe Currimjee Jeewanjee Ltd soutient avoir obtenu, depuis juin 2014, la clearance (approbation) du National Ramsar Committee (NRC). Clearance que les protestataires, choqués d’une telle décision, remettent en cause, rappelant que cette zone est protégée. D’où leur intention — outre la demande pour qu’un deuxième hearing soit organisé de manière « fair » et « propre »— de s’enquérir auprès du NRC sur les raisons derrière cette décision qui risque d’avoir un effet néfaste sur l’environnement.
Pendant plus de deux heures, vendredi dernier, les objections, les questions et les sarcasmes ont fusé au Multi-Purpose Complexe, à Rose-Belle. Après un démarrage mouvementé et un walk-out de Georges Ah-Yan (Platform sov nou laplaz), l’audition, présidé par le Chief Executive du conseil de district de Grand-Port, Shyam Teeluck, s’est poursuivi avec les membres de la coalition Aret Kokin Nou Laplaz, qui sont restés « under protest ». Les discussions ont principalement tourné autour des inquiétudes exprimées par les contestataires en ce qui concerne le site protégé du parc marin de Blue-Bay, figurant sur la liste de site classé mondialement de la Convention Ramsar.
D’emblée les promoteurs, représentés par Dinesh Burrenchobay, Jimmy Lan et Alan Sam-Soon, ont mis en avant l’approche écosystémique du projet, soutenant avoir obtenu, depuis juin 2014, la clearance du NRC pour aller de l’avant. Cette clearance, selon nos informations, aurait été transférée au groupe Currimjee par le ministère de l’Agro-Industrie, sous l’égide duquel tombe le NRC. La demande aurait été faite en novembre 2012 par les promoteurs hôteliers et avalisée le 14 mai 2014 par le NRC qui, dans son rapport, selon le ministère de l’Agro-industrie, fait état que le site Le Chaland Resorts Hotel « adjoigned the Blue Bay Marine Parc » et que « part of the site along the beach frontage lies within a sand dune classifed as a sensitive area, of category 2 ». Si, toujours selon le ministère de l’Agro-industrie, le NRC a « approuved to grant a Ramsar Clearance », des conditions sont rattachées à cet aval.
Conditions que les opérateurs affirment avoir prises en considération dans leur rapport EIA. Dans un communiqué, le groupe Currimjee fait ressortir que « l’approbation du ‘Ramsar Committee’ était d’ailleurs requise pour l’obtention de l’Environmental Impact Assessment Certificate ». Ils insistent que toutes les procédures ont été suivies à la lettre jusqu’ici et mettent de l’avant que ce projet bénéficie de l’expertise du Dr Alan Sam-Soon, consultant en environnement et spécialiste de la gestion des eaux, ainsi que de celle du conseiller en écologie Pierre Baissac, en sa qualité de géologue, mais aussi de par son expérience en matière de gestion de l’environnement. L’une de leurs priorités sera, affirment-ils, de s’assurer qu’aucune construction ne soit entreprise dans les set-back de 100 mètres à partir du niveau de la mer à marée haute mentionné dans leur EIA Report. « Ceci est en fait la première fois à Maurice qu’un hôtel respecte ce type de zone tampon », disent-ils, ajoutant que plusieurs mesures seront entreprises pour sauvegarder l’environnement, dont un « Plan de Restauration » de la dune. « Ce plan prévoit la recréation de l’écosystème et de la forêt dunaire qui ornait la côte originellement avant l’arrivée de l’homme sur l’île », expliquent les promoteurs, ajoutant que cela se fera par replantation progressive de la flore endémique appropriée. 
Le projet se situe dans un Environmentally sensitive area
Si le groupe Currimjee se veut rassurant à l’effet que la question environnementale est au coeur du développement de leur projet, les membres de la coalition Aret Kokin Nou Laplaz insistent avec véhémence sur l’impact néfaste et destructeur d’un tel projet sur le parc marin du lagon. Pour Yan Hookoomsing, porte-parole de cette coalition, « il y a eu vice de forme lors du hearing au Multi-Purpose Complexe, à Rose-Belle vendredi ». L’exercice s’est en effet poursuivi avec la seule présence des promoteurs et des officiels du Conseil de district. Cela, bien que les contestataires aient demandé à Shyam Teeluck de leur accorder un moment pour qu’ils se concertent à l’extérieur, après que ce dernier a refusé la requête de renvoyer l’audition. « Nous étions à un moment under protest », souligne-t-il, contestant que les ONG n’aient pas eu les documents et le temps nécessaire pour prendre connaissance des documents complets à des fins d’analyse.
Relevant plusieurs points, notamment le fait que la National Development Strategy (2003) indique que le EIA report ne suffit pas pour protéger l’environnement, les contestataires s’indignent que le NRC ait donné son aval, si effectivement c’est le cas. Ils comptent s’enquérir dès cette semaine sur les procédures selon lesquelles une clearance peut être octroyée quand un site est une zone protégée et devrait au contraire être sauvegardée. 
« Le parc marin est sous perfusion », dit Yan Hookoomsing, faisant ressortir qu’en dépit des bonnes intentions manifestées par les promoteurs, les risques sur l’environnement sont inévitables. C’est d’ailleurs ce que souligne le Management Plan pour le parc marin de Blue-Bay, finalisé en septembre 2012 par le ministère de la Pêche avec le concours des ONG environnementales — plan financé par les Nations unies, mais mis au placard par le gouvernement Ramgoolam, rappelle-t-il, insistant que ce rapport indique clairement que si un projet hôtelier se concrétise dans cette zone, ceci aurait des effets dévastateurs sur le parc. Les contestataires estiment également que c’est « malhonnête » de la part des promoteurs de dire que le bureau de la National Coast Guard (NCG) n’empiètera pas sur la plage publique de La Cambuse et qu’il n’y aura pas de clôture. « Quel Mauricien ira pique-niquer devant la NCG? », se demandent-ils, faisant ressortir que c’est un arpent et demi de plage (sable) de perdu. Pour les membres de la plate-forme Aret Kokin Nou Laplazle, ce projet est en violation avec le « ‘policy guidelines’ puisqu’il se situe sur un ‘Environmentally sensitive area’. »
Le Dr Arthur Mitchell, expert américain en écologie marine et élaborateur des plans de gestion des parcs marins abonde dans le même sens et demande aux promoteurs de considérer la possibilité de déplacer le projet afin de l’éloigner de la plage et du parc marin. Il propose de reculer le projet jusque dans les champs de canne.
Pour étayer leurs inquiétudes auprès du Conseil de District de Grand-Port qui devra donner ou non son aval à la demande du groupe Currimjee pour un Building and Land Use Permit, les contestataires ont déposé un CD contenant le Management Plan du marine parc, et une étude réalisée par UNDP sur la biodiversité du parc marin, documents qui n’ont pas été rendus public. En attendant la tenue d’un deuxème hearing, qu’ils espèrent, ils comptent s’enquérir auprès du NRC au plus vite. « L’écosystème marin est en danger. Un comité qui est responsable de la préservation de l’environnement ne peut pas la mettre en danger », disent-ils.