La récente performance de la sélection malgache, qui dispute actuellement la CAN en Égypte, suscite émoi, admiration et réactions fort à propos. Pourtant, la route des Barea, surnom de l’équipe malgache, n’a pas toujours été un long fleuve tranquille. Dans ce contexte, les joueurs ont su se tirer vers le haut, aidés et soutenus par le sélectionneur Nicolas Dupuis. Quelle a été sa recette ? Ce dernier, une fois à la tête du XI malgache, a imposé ses conditions, écartant du même coup toute ingérence de la Fédération malgache de football (FMF). Il n’a pas cru si bien faire, puisque les représentants de la Grande île se sont qualifiés pour l’événement continental. Et en Égypte, ils commencent à être craints et respectés. Craints, parce qu’ils se sont offert il y a à peine une semaine le Nigéria, triple vainqueur de la CAN et habitué du podium, sur le score de 2-0. Respectés parce que, désormais, ils affrontent ce dimanche la République démocratique du Congo (RDC) pour un huitième de finale historique.
À l’opposé, Maurice présente une unique participation à la CAN. C’était en 1974, et le Club M était sorti la tête bien basse, sans enregistrer la moindre victoire. Aujourd’hui encore, ils sont trop nombreux à s’enorgueillir de ce « glorieux » passé, qui remonte à plus de 40 ans ! Au lieu de penser à l’avenir, on se contente de parler de ces exploits d’un autre temps, entre-temps effacés par l’évolution du sport. Ou mieux, de repenser à ces deux médailles d’or aux JIOI, en 1985 et 2003. Car il ne s’agit pas que de football. Il y a deux ans, l’équipe de basket-ball du Mali soulevait son tout premier titre continental à Phœnix, devant un public essentiellement mauricien. Cette même équipe a remporté l’année dernière le trophée chez les U18 et dispute actuellement la Coupe du Monde U19 en Grèce. Et pour leur deuxième sortie, les Maliens ont vaincu le Canada, champion en titre. Ils se sont par ailleurs qualifiés hier pour les demi-finales aux dépens de Porto Rico. Dans le fond, ces deux pays se retrouvent aux antipodes l’un de l’autre. Dans la forme, il existe cette envie de faire mieux, d’aller toujours plus loin, de se surpasser, soutenus par les entités en place dans le pays.
Concrètement, qu’est-ce qui a été fait pour donner un nouvel élan, ne serait-ce qu’à ces deux disciplines ? Si l’on excepte le lancement de la Liverpool Academy, qui ressemble plus à une mesure électoraliste qu’à une véritable stratégie, rien. Ou sinon très peu. Quel frottement ont eu les basketteurs, alors qu’on sait que l’Afrique est devenue l’un des viviers de la NBA ? Pour une participation au tournoi des Young Lions au Botswana, ils ont eu à attendre la dernière minute. Mais plus que tout, il suffit de beaucoup de volonté — politique et fédérale — et que les instances concernées, qu’elles soient gouvernementales ou fédérales, aient cette envie de faire bouger les choses. Il y a un rêve, celui du gouvernement : faire de Maurice une nation sportive. La National Sports and Physical Activity Policy pourrait le concrétiser. En attendant, regardons ailleurs, et réjouissons-nous de ce que font nos voisins, alors que nous-mêmes peinons à faire décoller notre sport.

Jonathan Oriant