Après la déroute au Gabon et Tunis respectivement en 2015 et 2016, avec comme unique résultat une médaille d’argent pour Christiane Legentil (-52 kg) à Libreville, on se pose d’ores et déjà la question de ce que sera le vrai visage de cette sélection mauricienne de dix judokas, qui met le cap cette semaine à Tana, Madagascar, dans le cadre des Championnats d’Afrique. Cette compétition qui se tiendra du 14 au 16 avril au Palais des Sports de Mahamasina sera l’heure de vérité du judo mauricien, qui vogue entre galère, absence totale de fédération, ignorance, dénonciations, suspensions ou encore affairisme. Ce qui est certain à presque trois jours du départ de ces dix judokas pour la Grande Ile, Maurice sera présente dans cette compétition avec une équipe très mal préparée.
En effet, contrairement aux deux dernières années, c’est sans directeur technique national étranger et Joseph Mounawah que s’aligne cette équipe mauricienne. Démis de ses fonctions de conseiller technique au ministère de la Jeunesse et des Sports par l’ex-ministre Yogida Sawmynaden, le technicien mauricien qui a été à la base de toutes les réussites de cette discipline dans l’océan Indien, comme en Afrique a été aussi écarté de la sélection nationale. Depuis mars 2016, l’entraînement national est placé sous la direction du duo Anom Pettrapermal et Priscilla Chery. Mais depuis, rien n’a été rose et on peut même dire que les judokas mauriciens broient du noir.
Conditions exécrables
C’est sans aucun doute dans des conditions exécrables que cette équipe a fait sa préparation, dans un dojo souvent vidé de ses judokas et en plus sevré de compétition. Pour établir cette sélection, les deux entraîneurs — nommé par Josian Valère, qui a depuis été nommé directeur de communication de l’UAJ — se sont basés sur les résultats d’une seule compétition pour constituer cette équipe. Une compétition à laquelle très peu de clubs avaient participé.
Conséquence, il existe un certain nombre d’incongruités qui méritent qu’on s’y attarde. Par exemple l’absence de Sarah Sylva (-57 kg), médaillée d’or des JIOI 2015 et 5e aux dernières Championnats d’Afrique, et Hansley Adonis (-100 kg), 3e aux JIOI 2015 et vainqueur lors de la compétition organisée le 5 décembre dernier. Il y a aussi le cas de Christophe Carron (voir plus loin). Une non-sélection que la judokate, Sarah Sylva ne digère pas et qu’elle a bien faire savoir sur sa page Facebook. Dans une interview accordée à notre confrère du Défi Quotidien durant la semaine écoulée, Priscilla Chery avance pour justifier l’absence de ces judokas : « Je ne vais pas créer de polémique à ce sujet. Un athlète doit respecter ses entraîneurs. Nous n’avons rien à nous reprocher, car nous traitons tous les judokas de manière égale. Il n’y a jamais eu de discrimination. La sélection a été faite dans la transparence. Nous avons pris en considération les performances et la marge de progression des judokas lors des séances d’entraînement pour établir la sélection. »
On peut bien croire l’entraîneur national, mais comment mesure-t-on la marge de progression d’un judoka à l’entraîneur sans sparring-partner et surtout sans compétitions de haut niveau?? Une question qui mérite bien une réponse d’autant que sur les dix judokas sélectionnés, cinq viennent de Rodrigues et si nous retirons Sébatien Perinne de cette liste, les quatre autres sont des illustres inconnus. Dans cette liste également, seule Priscilla Morand peut s’enorgueillir d’avoir eu une préparation adéquate, qui justifie sa présence à Tana. La Suissesse aux origines mauriciennes est suivie par son entraîneur Gabiel Berger, qui sera du reste présent dans la capitale malgache.
Exposé à l’eau salée et l’air salin
Pour le reste, non seulement cette préparation a été exécrable, mais il faut aussi savoir qu’il n’y a pas eu de préparation physique adéquate, de compétition de haut niveau et aucun stage à l’étranger. Ah si, l’équipe est actuellement en stage dans un hôtel Grand-Baie qui n’a pas bonne réputation. Le hic encore, c’est le choix du niveau de la mer pour ce stage, alors que la compétition se déroulera à plus de 4 199 pieds (1280m) d’altitude. Il ne faut pas être un génie pour savoir que s’exposer à l’eau salée et l’air salin provoque un dessèchement des muscles. Toutefois, ce n’est pas à Week-End de montrer aux entraîneurs de judo leur travail.