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Atma Shanto et Reeaz Chuttoo, syndicalistes du secteur privé, évoquent les nouveaux risques associés au changement climatique à la sécurité des travailleurs. Ils insistent sur l’élaboration d’un protocole qui couvrirait au moins les pluies torrentielles. Un protocole qui, selon eux, devrait avoir force légale comme dans le cas des alertes cycloniques et dont l’élaboration ne saurait être confiée au seul bon vouloir du patronat.

Atma Shanto et Reeaz Chuttoo

Il faut bien se rendre à l’évidence: sur le plan global, le dérèglement climatique qui s’accélère depuis ces dernières décennies entraîne dans son sillage une fréquence accrue de la survenue de calamités naturelles de diverses natures avec une intensité et une férocité redoublées. Les experts ont établi qu’ironiquement, les Petits Etats Insulaires en Développement (PEID) comme Maurice qui sont, pourtant, les moins responsables du changement climatique en cours sur le plan mondial sont, malgré tout, les plus vulnérables aux phénomènes climatiques extrêmes qui se manifestent de plus en plus.

Dans le cas particulier de Maurice, la population, dans son ensemble, se souviendra pour longtemps encore de ce tristement célèbre samedi noir du 29 mars 2013 quand en un temps record de seulement deux heures, tout Port-Louis fut littéralement submergé par les eaux de pluie torrentielle. Bilan de ce « Flash Flood »: onze morts. Depuis le cyclone Carol en 1960, le pays n’avait jamais auparavant connu autant de victimes lors d’une calamité naturelle. Dès lors, le pays prenait la mesure qu’en matière de sécurité civile, les cyclones n’étaient, désormais, plus les seuls phénomènes à craindre.

A tous ceux qui pourraient être encore sceptiques quant à la nécessité de dégager des protocoles pour l’ensemble des nouveaux risques de calamité naturelle, il suffit de savoir que l’Accord de Paris dans le cadre de la conférence COP 21 insiste sur l’urgence pour les PEID, en particulier, de s’adapter aux impacts du dérèglement climatique qui est devenu, selon les experts, un enjeu central du développement de ces pays insulaires en développement. De par le monde, les Nations unies ont identifié, au total, 52 PEID dont un certain nombre pourraient même être inhabitables d’ici à quelques décennies à la faveur des effets du dérèglement climatique.

Ainsi, Atma Shanto, négociateur de la Fédération des travailleurs unis (FTU) et Reeaz Chuttoo de la Confédération des travailleurs du secteur privé (CTSP) insistent sur la nécessité d’un protocole visant, au moins, à garantir la sécurité des salariés du privé en cas de pluies torrentielles. « En tant que syndicalistes responsables, nous convenons que, comme c’est le cas en cas d’alerte cyclonique, un certain nombre de services névralgiques — cliniques privées, services de gardiennage, services portuaires et aéroportuaires, etc. — doivent pouvoir continuer à opérer ».
Inacceptable légèreté

Les deux syndicalistes estiment, néanmoins, que c’est faire preuve d’une légèreté inacceptable que de permettre aux seuls fonctionnaires des services non-essentiels de regagner leur domicile comme ce fut récemment le cas et ne pas étendre cette décision aux employés du privé. « Le ministre Eddy Boissezon est venu expliquer, avec raison, que la fonction publique allait demander aux femmes enceintes et aux handicapés de rentrer, prioritairement, chez eux. Mais le ministre ne sait-il pas, au moins, qu’il y a, tout autant, des employés qui sont des femmes enceintes et des handicapés dans le secteur privé ? Ceux-là ne méritent-ils pas aussi de rentrer plus tôt chez eux? », se demande Reeaz Chuttoo.

Atma Shanto juge, lui, « scandaleux » que le ministre et, à travers lui, le gouvernement aient choisi de se « laver les mains » du cas des salariés du privé pour ne s’intéresser qu’à celui des seuls fonctionnaires. « Cela relève d’une discrimination flagrante », trouve le syndicaliste. Alors qu’il est question que le secteur privé vienne, très prochainement, avec son propre protocole en cas de pluies torrentielles, les deux syndicalistes s’insurgent contre le fait qu’à aucun moment jusqu’ici, la partie syndicale n’a été consultée à ce propos.

« L’on ne saurait se fier au seul bon vouloir de Business Mauritius pour un protocole en cas de pluies torrentielles. Si cela ne devait dépendre que de lui, le patronat aura vite fait de brandir, comme toujours, l’épouvantail de la productivité pour justifier la nécessité que les entreprises continuent d’opérer qu’il pleuve ou qu’il tonne », soutient Atma Shanto. Reeaz Chuttoo souligne, pour sa part, que le patronat a toujours le beau rôle de ne limiter la productivité qu’à la mesure de la seule productivité du Travail en feignant d’oublier le calcul de la productivité du Capital. « A quel niveau de productivité devrait-on s’attendre si le patronat ne veut pas investir? », se demande-t-il.

Pour les deux syndicalistes, tout protocole en cas de pluies torrentielles qui concernerait les salariés du secteur privé doit être préalablement discuté avec les syndicats. « Il ne saurait être question d’un protocole selon le bon vouloir du patronat », disent-ils. Les syndicalistes demandent, en plus, que comme dans le cas des alertes cycloniques, ce protocole pour les pluies torrentielles ait force de loi. Reeaz Chuttoo promet, en tout cas, de revenir en force sur toute cette question de protocole en cas de pluies torrentielles lors de la prochaine rencontre de l’Advisory Council on Occupational Health and Safety. « Il y va, dit-il, de la sécurité des travailleurs ».