DR DIPLAL MAROAM

La fréquence et l’intensité des cyclones et ouragans observés ces dernières années – à l’instar de Dorian qui s’est acharné sur l’archipel des Bahamas au début de septembre avec des vents atteignant les 300 km/h provoquant le chaos et une tragédie indescriptible – sont les conséquences évidentes du phénomène du dérèglement climatique au niveau planétaire. Dans ce contexte, la question que l’on se pose : à Maurice, sommes-nous vraiment prêts à affronter une calamité d’une telle ampleur ? Or, l’indifférence de nos dirigeants et institutions concernées face à cette catastrophe naturelle interpelle et ne peut que susciter l’inquiétude vu l’état de certaines de nos infrastructures importantes et les situations déplorables et conditions de grande précarité dans lesquelles vivent toujours des milliers de nos concitoyens, ce alors que la saison cyclonique dans le sud-ouest de l’océan Indien pointe déjà le bout de son nez.

Par ailleurs, il convient de constater qu’au niveau de tous les médias, nationaux et internationaux, le sujet de l’environnement occupe de plus en plus un espace prépondérant ; le processus de conscientisation s’effectue également dans toutes les écoles, primaires et secondaires et au tertiaire, le sujet mène d’ailleurs à des diplômes à part entière, voire des doctorats. Bref, si l’environnement est devenu, à juste titre et en l’espace de quelques années, un thème de brûlante actualité sur le plan global, dans la pratique toutefois, les lignes n’ont pas pour autant réellement bougé ce bien que, au niveau individuel, les efforts déployés pour combattre la pollution et promouvoir l’assainissement méritent d’être soulignés. Ainsi, partout les écosystèmes sont menacés et rien ne semble pouvoir inverser cette tendance. Et avec l’arrivée au pouvoir des climato-sceptiques tels Donald Trump, Jair Bolsonaro, Boris Johnson, l’écologie globale risque de se dégrader davantage. De nombreux observateurs associent d’ailleurs l’incendie en Amazonie à une conséquence directe de la politique tant décriée du nouveau président brésilien d’accélérer le développement économique de son pays au détriment du « poumon de la planète ».

SOURCE : Reuters/Michelle Cove/Trans island air

Alors que les pressions humaines sur l’environnement ne cessent de s’aggraver, plus de la moitié du vivant, parmi les vertébrés, a disparu ces 40 dernières années. Clairement, la tendance est à la régression de la biodiversité mondiale. Le principal responsable : l’activité humaine. De manière globale donc, les pays qui exercent la plus grande pression sur les écosystèmes sont ceux qui émettent le plus de CO2 lors de leur processus de développement. À titre d’exemple, à eux seuls, la Chine, les États-Unis, l’Inde, la Russie et le Japon pèsent pour plus de la moitié de l’empreinte écologique mondiale. Aujourd’hui, la solution ne se trouve pas dans les grands discours, les sempiternels sommets, conférences, traités et rapports qui n’apportent, dans les faits, pratiquement rien mais dans les actes et réalisations concrètes. À travers une nouvelle politique de développement et un nouveau modèle de gouvernance, il est impératif de réorienter le système économique financiarisé pour notamment revaloriser tout le capital naturel ; instaurer une administration équitable des ressources planétaires ; revoir tout le système de production, de distribution et de consommation. Or, un tiers de la production agricole mondiale est gaspillé chaque année sans que cela n’émeuve personne. Déjà, plus de 40% des céréales cultivées dans le monde sont destinées à l’alimentation du bétail et, selon la FAO, pour répondre à la demande, la production mondiale de viande devrait doubler d’ici 2050. Ainsi, il est estimé que si tout le monde réduisait d’une demi-portion par jour sa consommation de protéines animales tout en augmentant sa consommation de légumineuses et de céréales, il est possible de baisser de 25% les émissions des gaz à effet de serre liées à l’agriculture, une des activités professionnelles les plus polluantes au monde.

Selon la Banque mondiale, les émissions actuelles des gaz à effet de serre rendent quasiment intenable l’engagement pris par la communauté internationale de contenir le réchauffement de la planète à +2°C par rapport à l’ère pré-industrielle. Par conséquent et dans de telles circonstances, aucun répit dans l’émergence des cataclysmes naturels liés à l’environnement n’est à prévoir que ce soit dans le court ou le moyen terme.