Animant récemment une causerie au Indira Gandhi Centre for Indian Culture à Phoenix dans le cadre de la célébration de la Journée internationale de l’environnement, le directeur-adjoint au Département de l’environnement du ministère de l’Environnement et du Développement durable a exhorté les Mauriciens à apprendre à s’adapter au changement climatique. Santaram Mooloo argue que nous n’avons pas d’autre choix car les effets du réchauffement global sont déjà ressentis à Maurice et perdureront pendant des décennies. Et ce, malgré les mesures d’atténuation que notre pays ou la communauté internationale prendront pour faire diminuer les émissions de gaz à effet de serre.
« Avec un taux total d’émission de gaz à effet de serre (GES) de 4 495 tonnes par an, Maurice n’émet que 0,01 % des émissions. Les 52 États insulaires en développement (Small Islands Developping States – SIDS), dont Maurice, ne produisent qu’un total de 0,5 %. Ce qui est insignifiant. Cependant, nous devons être tous concernés par le changement climatique car nous n’avons pas de choix. Le changement climatique affecte déjà notre planète et par conséquent chaque Mauricien individuellement. Le pays en subit déjà les impacts qui deviendront plus conséquent à mesure que la température monte. C’est pourquoi nous devons mettre en place des mesures d’adaptation au changement climatique et en meme temps réduire nos émissions de GES par des mesures d’atténuation », a argué Santaram Mooloo devant une salle pleine à craquer. Étaient présents les ministres Deva Virahsawmy (Environnement) et Vasant Bunwaree (Éducation), le UN Resident Representative Simon Springett, le Permanent Secretary au ministère de l’Environnement et du Développement durable Premhans Jhugroo ainsi que des élèves de plusieurs écoles et collèges de l’île.
Selon le directeur-adjoint au Département de l’environnement, la convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) définit le changement climatique comme une augmentation de la température de l’atmosphère de notre planète causée par les activités de l’homme. « La notion du changement climatique aujourd’hui est associée au réchauffement climatique qui a débuté dans le monde il y a quelques décennies. Il se caractérise par une hausse des températures moyennes de l’atmosphère », a-t-il indiqué.
Citant le dernier rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC), Santaram Mooloo a confirmé qu’il existe des preuves écrasantes que l’activité humaine agit sur le climat de la planète. Ce qui, a-t-il soutenu, a de multiples incidences sur la santé humaine et l’environnement, et engendre des bouleversements de la société en général. « La variabilité et la modification du climat sont la cause de décès et de maladies à travers les catastrophes naturelles qu’elles entraînent, dont les vagues de chaleur, les cyclones intenses, les inondations et les sécheresses », a-t-il ajouté.
Selon l’intervenant, ce réchauffement planétaire est dû à une augmentation des GES dont les sources sont les activités humaines telles que la production d’électricité et manufacturière (notamment alimentaire), l’utilisation intensive des fertilisants, l’élimination des déchets, la déforestation et l’élevage de bétail. Les GES sont pour leur part la vapeur d’eau, le gaz carbonique, le méthane, le nitrane d’azote, les chlorofluorocarbones, entre autres.
« Les experts prédisent que d’ici 2100 la température globale va s’élever entre 0,5 °C et 6 °C. D’autre part, le niveau de la mer augmentera d’ici la même période de 0,9 à 1,6 mètres. Les scientifique n’excluent cependant pas une élévation du niveau des eaux de plus de deux mètres à cause de la fonte de la calotte glacière durant le prochain siècle », s’alarme le conférencier.
« Ces changements climatiques présents et annoncés ont déjà des impacts sur la chaîne alimentaire : 30 % des émissions de GES, insécurité alimentaire, prolifération d’insectes et de plantes nuisibles, dégradation des terres arables, augmentation en nombre et en intensité des phénomènes climatiques extrêmes (sécheresses, inondations, vagues de chaleur et cyclones), diminution des ressources en eau, désertification, déforestation, entre autres », poursuit Santaram Mooloo.
Aussi, l’orateur a-t-il affirmé que Maurice subit déjà depuis quelques années les impacts du changement climatique. « Les flash floods de Mon-Goût en 2011, les précipitations de mars dernier, la diminution de 8 % de notre pluviosité ces dernières années qui ont résulté en de sévères sécheresses en 1998 et l’année dernière, en sont autant de signes », a-t-il soutenu.
Cependant, la République de Maurice, n’est pas resté les bras croisés face aux dangers qui nous guettent, certifie Santaram Mooloo. « Depuis des années déjà, le pays a commencé à prendre des mesures d’atténuation et d’adaptation contre le changement climatique. »
Le conférencier indique que le GIEC entend par « atténuation » des effets, une intervention humaine visant à réduire les sources d’émission de gaz à effet de serre ou à renforcer les puits de ces gaz. Par « adaptation », ce comité d’expert entend un ajustement des systèmes naturels ou humains en réponse à des stimulants climatiques réels ou escomptés ou à leurs effets.
« Pouvoir s’adapter au changement climatique est inévitable, car on en subit déjà les conséquences. Et celles-ci perdureront pour des décennies encore même si l’on arrive à réduire à une plus ou moins brève échéance les émissions de GES. Les mesures d’adaptation locales sont cependant extrêmement coûteuses, surtout si la communauté internationale n’applique pas des mesures d’atténuation pour faire baisser nos émissions de GES », a élaboré Santaram Mooloo.
La conception et la réalisation du Projet Maurice île Durable (MID), le Programme d’adaptation (au Changement climatique) en Afrique, le Programme de gestion des zones côtières de la République de Maurice, les Stratégies environnementales, et le Programme de gestion des catastrophes naturelles sont autant de mesures prises par le gouvernement pour contrer les impacts du changement climatique dans le pays, indique le conférencier. En outre, des programmes de sensibilisation sont réalisés dans les institutions éducatives et pour tous les segments de notre société. Sous le MID Fund plusieurs projets, incluant des programmes de captage d’eau de pluie, de compostage et de potager familial, de chauffe-eau solaire et d’aérateur d’eau sont actuellement réalisés.
« Ces programmes sont certes les bienvenus, mais quoi que nous fassions le changement climatique est là pour rester encore des décennies, malgré les mesures d’atténuation qu’un petit pays comme Maurice peut prendre pour réduire à long terme ses émissions de GES. Car quelle différence marquant pouvons-nous apporter avec notre émission de seulement 0,01 % ? », se demande le conférencier.
Et de poursuivre que Maurice ne peut seule faire une grande différence. « Comment pouvons nous alors influencer la communauté internationale. Pour faire une différence marquante, nous devons nous joindre aux autres pays de la communauté des SIDS, du Groupe Afrique, du G77+Chine en vue de lutter pour la mise en place des mesures d’atténuation ambitieuses pour réduire les émissions globales des GES », propose-t-il.
« Seules les mesures d’atténuation au niveau mondial, peuvent rendre efficaces et réduire les coûts de nos mesures d’adaptation locales. Autrement, tous nos efforts d’adaptation locaux pour contrer les effets du changement climatique au niveau du pays resterons onéreux et inefficaces eu égard aux mesures d’atténuation globales nécessaires pour faire baisser les émissions de GES au niveau global », argue-t-il en proposant une intensification de notre diplomatie environnementale au niveau international (voir encadré).