Tout citoyen doté d’un minimum d’empathie ne saurait rester insensible au cri du coeur de Bhawna Atmaram (Charlie Hebdo’s New Controversy – Le Forum du Mauricien, jeudi 17 septembre 2015). En effet, au-delà des polémiques qu’a suscitées le choix du journal satirique, qu’Aylan repose en paix, demande-t-elle à juste titre. Elle a le mérite d’avoir exposé les deux postures au centre du drame des réfugiés : celle de nombreux Européens (pas tous heureusement) que la tragédie indiffère et celle de ceux choqués par ce qu’ils estiment être le mauvais goût d’une caricature car utilisant le petit Aylan Kurdi pour alimenter des controverses. Face à cette indignation, un dessinateur Français, Hank, tente une explication : le dessin de presse pour les nuls !  (voir plus loin).
Hank rejoint Charb, le dessinateur de Charlie Hebdo – assassiné le 7 janvier de cette année pendant la conférence de rédaction – qui soutenait : « Le rôle du journalisme n’est pas de paraphraser l’évidente réalité mais de nous expliquer ce qu’elle peut dissimuler. » (Petit Traité d’Intolérance, publié en 2009 et réédité en mars 2015 après le carnage de janvier). Les caricatures ne sont malheureusement pas toujours explicites et sont souvent sujettes à de multiples interprétations. Erronées ou pas. Et c’est là que, tapi dans l’ombre, guette le danger.
Hâtons-nous de poser une prémisse fondamentale et non-négociable : la liberté de la presse est un droit inaliénable que tout démocrate digne de ce nom se doit de défendre. Ce joyau inestimable a toutefois un corollaire, notamment une pratique responsable de cette liberté. Le juge Wendell Holmes Jr. de la cour suprême des États Unis avait posé les balises : « La protection la plus rigoureuse accordée à la liberté de parole ne saurait protéger un individu qui se mettrait à crier mensongèrement « Au feu ! » dans une salle de spectacle en provoquant la panique… »
En fait, le simple bon sens justifie la prise en compte des différentes sensibilités d’une société pour bannir toute offense gratuite, toute provocation inutile. Et une société plurielle en fait une condition sine qua non de la réussite du vivre ensemble. Cela n’exclut pas, bien entendu, le débat contradictoire, le carburant même d’une démocratie vivante. Et, aujourd’hui que l’émotion qu’avait suscitée la boucherie du 7 janvier s’est quelque peu estompée, il n’est désormais plus louche de marquer sa différence. Une petite digression, mais de taille quand même, pour réclamer, d’une part que notre indignation ne soit pas sélective et, d’autre part, de ne pas occulter le poids des considérations géopolitiques alimentant cette crise. En attendant, que ceux qui exècrent l’instrumentalisation de la photo du petit Aylan fassent entendre leur voix ! Pour rejoindre celle de la caricature du Mauricien qui résume si bien une dérive : Charlie Hebdo : si loin de la décence…