Les fondatrices de The third dot, Laetitia Lor et Alicia Maurel, proposent une nouvelle exposition autour d’un morceau d’histoire — une histoire toujours en formation — de la peinture mauricienne et du patrimoine qu’elle met en scène, et autour d’une longue amitié artistique. Roger Charoux et Jocelyn Thomasse ont vingt ans de différence mais ils travaillent ensemble depuis cinquante ans ! À l’heure où leur maître commun, Serge Constantin, aurait eu cent ans, les deux hommes célèbrent un demi-siècle de passion pour la peinture et pour Maurice. « Analogies et correspondances » présente pendant près d’un mois quatre-vingts tableaux, qui illustrent ce dialogue formel et thématique entre les deux artistes, à travers le temps, ainsi que des documents et carnets de croquis et un livre. Rendez-vous est donné à l’entrepôt Albion Docks, que prête la société United Docks.
« Lorsque j’ai rencontré Jocelyn Thomasse, racontait Laetitia Lor mercredi dernier, j’ai découvert un travail chargé d’histoire. Et très vite, je me suis rendu compte qu’avec son ami Roger Charoux, ils mènent un dialogue pictural depuis très longtemps ». Cette amitié nourrie par le partage créatif a démarré dans l’atelier de Serge Constantin, à l’arrière du Plaza. Elle a grandi et s’est solidifiée aussi avec les rendez-vous du samedi, où les peintres se retrouvaient, très souvent à Port-Louis mais aussi parfois dans d’autres points du pays, pour peindre et dessiner in situ, face aux paysages et scènes de rue qui n’ont cessé de les charmer et d’enchanter leur palette.
Les deux peintres continuent de se donner rendez-vous les samedis matins à Port-Louis, pour installer leurs chevalets, qui au marché, au port ou dans telle ou telle rue pittoresque du coeur de la capitale, mais ils ne sont plus que quatre avec David Constantin et Bernard Charoux (fils de Roger) à rester fidèles à cette tradition, qui comptait encore il y a une dizaine d’années un nombre plus fourni de participants. Mais les échanges créatifs entre Jocelyn Thomasse et Roger Charoux ne se limitent pas aux thèmes et vues glanés lors de leurs sorties communes. Formés à la même école, ils ont fait évoluer leur style, leur manière et leurs recherches dans l’harmonie d’un dialogue incessant qui leur permettait de se stimuler, d’aller toujours un peu plus loin dans la recherche, et par le jeu de la confrontation, s’approcher toujours un peu plus de ce qui fait la spécificité de chacun.
Puisé chez Platon et même chez les Sumériens, le titre choisi, Analogies et correspondances, illustre bien cette idée que ces artistes ont développé une peinture comparable mais pas similaire, truffée de points communs, mais bien distinctes l’une de l’autre. Encourageant mutuellement leur singularité, cette amitié picturale se révèle réciproquement respectueuse et féconde. Une majeure partie des quatre-vingts tableaux que les commissaires ont choisis ont été réalisés dans la présente décennie, qui a amené une peinture de plus en plus épurée, plus audacieuse aussi, souvent semi-abstraite, avec un travail de plus en plus magistral de la couleur et de la composition. Le public découvrira toutefois aussi des tableaux des décennies précédentes, et même une pièce de 1958 !
L’amitié et le dialogue pictural seront d’autant plus faciles à appréhender que les organisatrices nous auront pour ainsi dire mâché le travail en présentant systématiquement ces tableaux deux par deux, mettant en évidence des voisinages thématiques et formels, des correspondances et particularités de couleur, formes et compositions. Différents rendez-vous sous forme d’ateliers et de tables rondes vont aussi ponctuer ce mois d’exposition, à la fois pour explorer ce courant de la peinture et y intéresser les plus jeunes. Des documents d’époque (coupures de journaux, carnets de croquis, etc.) seront également présentés sur les 600 m2 d’espace qu’offre l’Albion docks, lieu tout indiqué pour ces peintres qui éprouvent une fascination insatiable aux lumières, aux volumes et mouvements du grand port mauricien.