Non, ce n’est pas un scénario catastrophe entretenu par des écolos alarmistes. C’est la réalité du réchauffement et du changement climatique, et nous sommes en plein dedans. Au même titre que le reste de la planète. Le domaine de la prévision météorologique est un domaine difficile. Armés d’outils technologiques de plus en plus pointus, nous en sommes rapidement venus à être d’une exigence sans bornes face à ce qui reste une “science” très aléatoire.

La nature ne cesse de nous le montrer: beaucoup de paramètres en font, pour nous humains, une chose très imprévisible. Et ceux qui mettent en avant la fiabilité des services météorologiques américains et français en ont cette fois été pour leur compte. Nous n’allons pas nous en plaindre: le cyclone Berguita s’est affaibli et dérouté de la trajectoire prévue, nous épargnant “dévastation” prédite. Reste que Berguita nous a montré à
quel point nous ne sommes pas prêts à faire face à des conditions climatiques extrêmes. Et que si la météorologie n’est pas une science prévisible, il y a malgré tout des faits, conditions et comportements, qui finissent par avoir des conséquences somme toute très prévisibles.

Les climato-sceptiques, à travers le monde, ont eu leur heure, qui risque hélas de nous coûter cher. Il a fallu des années et beaucoup de luttes pour arriver aux accords de Paris sur le climat en décembre 2015, où 194 pays s’engageaient à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre pour contenir l’élévation de la température moyenne de la planète en dessous de 2°C.

Effort sapé par l’annonce de Donald Trump, en juin 2017, que les États-Unis se retiraient
de ces accords. Aujourd’hui, nous sommes confrontés, à travers le monde, à des manifestations climatiques extrêmes.

Si elle est coutumière de la mousson, l’Inde a enregistré en août dernier des pluies plus violentes et destructrices que jamais. Moscou a eu six minutes de soleil le mois dernier, alors que la moyenne d’ensoleillement de la capitale russe, pour le mois de décembre, est de 18 heures…

Après de gigantesques incendies en décembre, la Californie a cette fois été affectée, la semaine dernière, par d’énormes coulées de boue descendant des montagnes dans la région de Montecito. Bilan: au moins 20 morts et des centaines d’habitations détruites.

Le nord de l’Europe est en ce moment même affecté par le passage de la tempête Friederike qui a fait onze morts, dont huit en Allemagne, créant la pagaille au niveau du transport aérien et ferroviaire. Les violentes rafales, atteignant en certains lieux les 200km/h, ont fait en Allemagne des dégâts considérables estimés par les assurances à
plus d’un demi-milliard d’euros. Juste à côté de nous, à l’île de La Réunion, les images des précipitions ayant accompagné le passage de Berguita cette semaine, en particulier celles de la commune du Tampon, sont spectaculaires pour ne pas dire effrayantes.

Il y a la responsabilité des États qui, comme les États Unis, refusent encore, pour des intérêts très immédiats, de reconnaître l’évidence des retombées catastrophiques du réchauffement climatique. Il y a, comme chez nous, un manque de vision et une absence de planification qui amènent à construire n’importe où n’importe comment, en bétonnant
à tour de bras, sans tenir compte des éventuelles et si prévisibles conséquences. L’eau, dit
la sagesse populaire, finit toujours par retrouver son chemin. Chassez le rat du tunnel il revient au bungalow, dit la parodie de la maxime “Chassez le naturel, il revient au galop”. Mais malgré cette évidence, nous en sommes toujours, comme par exemple à Pereybere en ce moment même, à accorder des permis à des promoteurs “bien connectés” pour combler et construire sur des wetlands supposés être protégés. Il y a aussi, il faut le dire, le scandaleux je-m’en-foutisme d’une population qui ne cesse de polluer son propre environnement en toute impunité.

Sur son profil Facebook jeudi dernier, au lendemain du passage de Berguita, le réalisateur David Constantin a posté une courte vidéo, devenue virale, qui montre une plage mouvante de détritus venue accoster les quais du Caudan. Bouteilles plastique, boîtes de
take-away en polystyrène, déchets divers et variés, jetés chaque jour dans la rue par des passants, par la fenêtre de rutilants véhicules, carcasses de frigidaires dans nos cours d’eau ou déchets hétéroclites déversés dans le canal d’à côté. Et l’on se demande bien ce qu’il est advenu de l’éphémère et pourtant si nécessaire campagne “Ou zete ou peye”.

A côté, il y a tous ceux qui subissent, impuissants, les conséquences désastreuses de tous ces manquements, démissions, comportements coupables. Tous ces sinistrés que l’Etat a la responsabilité, morale et pratique, de prendre en charge. Qui dit “sinistré” chez nous dit non seulement personne privée de son toit par le cyclone mais aussi, très souvent, de tout ce qu’il y avait sous ce toit. Dont ses vivres. Dans une île Maurice devenue affl uente, il est
d’une indécence folle de voir un ministre, porte-parole du gouvernement, venir affirmer que les réfugiés de Berguitta devront se contenter de deux paquets de biscuits secs et de deux litres d’eau. Avec une arrogance crasse. Chassez le rat du tunnel…
Et prenez garde à l’effet boomerang…