Petite bourgade du sud nichée entre Batimarais et Camp Diable, Château Bénarès a tout du village délaissé. Les habitants déplorent, entre autres, un jardin d’enfants complètement délabré, un terrain de football non clôturé, des drains inexistants, ainsi que le manque de loisirs.

Le manque de clôture représente un véritable danger pour ces enfants jouant au football, vu la proximité de la route avec le terrain

Au sud du pays, au beau milieu des champs de cannes à sucre, se niche Château Bénarès, petit village de quelque 1,300 habitants. Le silence assourdissant est frappant : très peu de véhicules circulent dans la région. Les autobus n’y sont visibles que le matin en jour de semaine, selon les habitants, ce qui constitue un gros manquement. “Dans la journée, les autobus n’entrent pas dans le village. L’arrêt est situé à l’entrée du village, c’est très loin. Certains doivent marcher jusqu’à un kilomètre pour aller prendre le bus. Pour les enfants et les personnes âgées surtout, c’est très contraignant.”

Bijou abandonné.

La plupart de ses habitants s’y sont installés depuis environ 25 ans, en provenance de Bénarès, situé un peu plus bas. Il s’agit de personnes qui travaillaient sur le camp sucrier. Ce nom, peu commun, est tiré du château en pierre dont les vestiges sont toujours visibles et qui avait été construit par Sir Virgil Naz. On voit une partie du château, qui faisait office de cuisine à l’époque, selon les habitants. La toiture s’effondre, ce qui est une vraie menace pour les enfants qui s’y aventurent. “Le château ne jouit d’aucun entretien, il fait peine à voir. C’est quand même un patrimoine du pays qui mériterait d’être conservé. On a un bijou dans l’endroit, on aurait pu en faire un musée”, soulignent les habitants.

Cette tige en bambou maintenant ce fil électrique en hauteur montre à quel point la région est laisée pour compte

Avant d’être laissé à l’abandon, le château avait été transformé en école primaire. Beaucoup d’habitants du village y ont fait leurs classes. “Mes parents et moi-même avons fréquenté cette école. Elle a fermé ses portes il y a plus de dix ans. Depuis, tous les enfants du village doivent se rendre à Rivière des Anguilles ou à Tyack. C’est un trajet fatigant pour eux. On aurait souhaité avoir notre propre école primaire”, confie Natasha Marchand, 30 ans.

Dangers.

À côté du village, le jardin d’enfants n’est plus qu’un souvenir, mais ses portes sont toujours ouvertes. La balançoire ou encore la glissade sont de vrais pièges. “Une vieille tôle clouée sur la balançoire en guise de réparation s’est soulevée depuis des lustres. Ça pourrait facilement grièvement blesser un enfant. Les chaînes de la balançoire sont rouillées et présentent également un danger”, dit une mère de famille très inquiète.

Les habitants sont en attente de lendemains meilleurs pour le village

Juste derrière, le terrain de football n’est pas mieux loti. L’absence de clôture représente un vrai danger, car le terrain se situe en bordure de route. “Quand le ballon sort du terrain, les enfants se précipitent pour aller le récupérer. C’est dangereux, car il n’y a pas de barrage. Souvent, les enfants courent pour traverser la route sans avoir le réflexe de regarder des deux côtés. Un ami a déjà failli se faire renverser par une voiture”, raconte David Abel, 14 ans. “J’habite ici depuis que j’ai 6 ans, j’en ai 27 aujourd’hui. Je peux vous dire que ce terrain n’a pas changé. Il est toujours aussi mal entretenu. L’herbe est très rarement taillée”, fustige Richard Nanon.

Mamzel Naz.

Quant aux infrastructures routières, elles sont également à déplorer. Le manque de drains fait que certaines devantures de maisons sont inondées à chaque grosse pluie. “Dès qu’il pleut un peu fort, nous avons beaucoup de difficultés à sortir de chez nous ou y rentrer sans nous mouiller les vêtements”, dit Richard Nanon. Ce dernier déplore également le manque de lumières dans certaines rues.

Neelabye Baboo, 87 ans, est une des doyennes du village

Plus loin, les familles Augustin et Sheeboo déplorent que les autorités n’aient toujours pas réparé des tuyaux de la CWA endommagés depuis plus de cinq mois. “Il y a des fuites partout. Des gens sont venus constater les dégâts mais ne sont jamais retournés pour réparer ces tuyaux. C’est très incommodant pour nous et c’est un gaspillage d’eau.”

Les habitants déplorent également le fait de ne pas pouvoir profiter de Mamzel Naz, la belle plage située à quelque trois kilomètres du village. “La route qui y mène est impraticable pour les voitures. Elle n’est pas asphaltée et on peut y voir de grosses pierres. C’est dommage parce que c’est une belle parcelle de plage dont les habitants auraient pu profiter. Il n’est pas aisé pour tout le monde de faire tout ce trajet à pied”, dit Danand Sheeboo.

T.R