Il était environ 5h. Un pied suspendu du lit, la tête enfouie dans quatre oreillers mous, je réfléchissais… Je pensais à mon job title. Déjà réveillée, les yeux rivés vers le plafond, je me suis engagée dans une profonde réflexion. Je détiens une carte de presse. Je suis journaliste. C’est ainsi que je décline mon identité professionnelle lorsque je me présente dans le cadre de mes reportages culinaires. Mais voilà, c’est le titre de mon métier qui m’a fait cogiter à une heure où je ne suis pas censée entrer en mode réflexion. J’ai alors réalisé que je ne suis pas que journaliste !
Quand j’ai poussé la porte de son bureau, j’ai vu un sourire qui n’illuminait pas que son visage, mais la pièce entière… À cet instant, le rédacteur en chef était un homme heureux. Je le croyais. C’était le moment de lui faire part de la conclusion de ma réflexion. Je le croyais aussi. “Vous savez, étant donné mes prérogatives ici, à Scope, et ma spécialisation, je souhaiterais revoir mon titre. Je ne suis pas qu’une journaliste, mais avant tout une critique gastronomique. Je ne fais que ça. Donc, je devrais me présenter en tant que Serena, critique gastronomique.”
Je n’ai même pas eu le temps de lui demander son avis que la lumière qui éclairait son bureau s’est brusquement éteinte ! “Vous me dérangez pour si peu ? Savez-vous ce que je fais ? Je suis en train d’apprécier un concert de Santana. Carlos Santana, je précise ! Vous ne le connaissez sans doute pas, vous ? Pas de votre culture musicale ? Allez nous faire des crêpes pour votre rubrique, et pour l’histoire de critique, repassez une autre fois !”, m’a-t-il lancé. Je repasserai et sans les crêpes… D’ailleurs, pourquoi des crêpes ?