Une vague de protestations se fait entendre pour dénoncer l’abattage cruel des chauves-souris. En dépit des avertissements des membres de la Mauritian Wildlife Foundation (MWF), le gouvernement est resté sourd à leur appel et a préféré se ranger du côté des agriculteurs et des planteurs. Vikash Tatayah, de la MWF, soutient au Mauricien que « l’abattage des chauves-souris est illégal et que l’État mauricien même se trouve dans l’illégalité ». Par ailleurs, cet abattage a eu une résonance négative sur Maurice à l’étranger, preuves à l’appui des remarques peu flatteuses sur Maurice dans The Washington Post, National Geographic ou encore TripAdvisor, qui évoque « le boycottage de la destination Maurice par le touriste écolo ».
« Maurice était reconnue pour avoir sauvé plusieurs espèces d’animaux et de plantes. Elle a été citée comme étant a place where we have made a difference. La biodiversité est en déclin et on est un des rares pays à avoir pu faire face au changement climatique. L’abattage des chauves-souris a eu des répercussions, et des touristes ont fait comprendre sur les réseaux sociaux qu’ils vont boycotter cette destination, car pour eux si un pays ne s’occupe pas de son environnement, cela est inconcevable. If we care for people, we must also care for wildlife », souligne Vikash Tatayah. Il ajoute que des pages dédiées ont été créées sur les réseaux sociaux et que la pétition de Save Our Forest a engrangé plus de 120 000 signatures pour le Stop the bloodbath s’agissant des chauves-souris. Une autre pétition de change.org a recueilli quelque 11 000 signatures à cet effet. « Beaucoup d’Allemands ont manifesté leur indignation. Il y a même des consommateurs étrangers qui réclament le boycott des produits de Maurice. » Plusieurs Mauriciens ont aussi signé ces pétitions et là où c’est encourageant, comme l’indique notre interlocuteur, « c’est davantage un cri de coeur ». Il poursuit : « Quand quelqu’un signe une pétition, c’est qu’il s’engage à combattre pour une cause. Il y a même un Mauricien qui a lancé un appel à la Présidente de la République, en disant qu’elle est une scientifique, donc davantage habilitée à mieux défendre la cause des chauves-souris en danger. »
« Pas de transparence »
Quant au débat opposant la Mauritian Wildlife au ministère de l’Agro-Industrie sur le nombre de chauves-souris à Maurice, notre interlocuteur dira : « C’est compliqué de procéder dans le réel au vrai comptage des chauves-souris, et souvent suite aux bruits, elles se dispersent ; et il est difficile d’en faire une évaluation lors de leurs déplacements. » Pour Vikash Tatayah, les chauves-souris sont les derniers pollinisateurs qu’on ait : les abattre avec autant de cruauté constitue une grande perte pour notre écosystème.
Pour sa part, Meera Appadoo, de la PRA Platform against the culling of the endemic and endangered Mauritian bats, affirme que les membres de cette association comptent loger une injonction contre le gouvernement en vue de mettre un terme au massacre des chauves-souris. « Il n’y a pas eu de transparence. On ne connaît même pas le nombre de chauves-souris mortes dans cet abattage. » L’intervenante poursuit que le gouvernement a amendé en octobre dernier la loi rien que pour être en mesure de procéder à cet abattage en masse : « La tuerie n’est pas une solution. Le gouvernement n’a écouté que les doléances des planteurs et des agriculteurs, mais on a besoin des chauves-souris : elles jouent un rôle primordial dans la pollinisation des arbres indigènes et endémiques, elles sont les seules à pouvoir disperser des graines et des fruits à des kilomètres. » Cette plateforme, nouvellement mise en place et regroupant des écolos engagés, entend continuer à dénoncer l’abattage de masse qui, disent-ils, mènera à l’extinction de la race des chauves-souris. « On a détruit l’habitat des chauves-souris, d’où la raison pour laquelle ces mammifères se réfugient dans les arbres, les vergers et des cours. Et, sous la pression des agriculteurs le gouvernement a donné le mot d’ordre de les abattre. Ces animaux sont inoffensifs et c’est d’une grande cruauté pour ces chauves-souris qui ne meurent pas du premier coup. »
Meera Appadoo explique que des solutions existent pour contrer ces mammifères jugés une « nuisance » par certains : l’utilisation des ultrasons ayant un effet répulsif sur les chauves-souris ou encore l’utilisation des filets devant être placés à une certaine hauteur pour que la chauve-souris n’accède pas aux fruits de l’arbre. Avis que partage Vikash Tatayah, qui rappelle que ces filets sont subventionnés par le gouvernement à hauteur de 75 % pour chaque planteur. Vikash Tatayah fait aussi ressortir qu’une chauve-souris femelle ne peut mettre bas qu’à un bébé par an. « Abattre une mère chauve-souris, c’est aussi mettre la vie de son bébé en danger. De plus, une chauve-souris meurt seulement si elle est abattue dans la tête. Certains tirs pourraient les atteindre dans d’autres parties de leur corps, n’entraîneront pas de mort immédiate mais occasionneront d’atroces souffrances. De telles pratiques sont inhumaines. »
Vikash Tatayah conclut que la pétition change.org a mis en lumière le sentiment des Mauriciens par rapport à cet abattage. « Cela a permis de voir la mobilisation des gens. La plateforme PRA against the culling of the endemic and endangered Mauritian bats, qui ne fait pas partie de la Mauritian Wildlife, a pris les devants pour cette cause ; cette nouvelle association compte même loger une injonction, c’est dire que ce problème interpelle tout un chacun. On souhaiterait qu’il y ait une réelle prise de conscience et que le gouvernement mette un frein à l’abattage. »