La Port-Louis Maritime Employees Association (PLMEA) a tenu une conférence de presse aujourd’hui pour faire part de la convocation de l’assistant secrétaire et du président de l’association devant un board disciplinaire respectivement aujourd’hui et jeudi. Pour le syndicat, les raisons de la suspension de ces deux travailleurs du port de leur travail ne sont pas le fruit du hasard : « C’est parce que nous sommes en pleines négociations salariales sur nos conditions d’emploi et nous luttons contre la privatisation du port. »
Le négociateur, Ashok Subron,  affirme que « nous ne pensons pas que ces syndicalistes auront un fair hearing face à ce board disciplinaire ». Par ailleurs, dans le cadre du labour dispute déclaré par la PLMEA auprès de la CCM, le syndicat souhaite qu’un accord soit signé et que le dialogue prévale. Quant à la privatisation du port, une demande officielle est lancée au Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, pour que les propositions de Dubayy Ports World soient rendues publiques.
« Hier, le 1er février, était la commémoration de l’abolition de l’esclavage. Le droit syndical fait partie intégrante du processus de l’abolition de l’esclavage et permet aux employés de défendre leurs droits », a soutenu Ashok Subron. Pour lui, « il est clair que cette action disciplinaire imposée aux deux syndicalistes constitue des représailles contre eux pour avoir défendu leurs droits ». Pour la PLMEA, « le board disciplinaire est unfair du fait que ENS Afrique est le conseiller légal officiel de la CHCL. Il ne peut être le poursuivant et parallèlement, accueillir le jugement dans son siège ». Ashok Subron dénonce « cette pratique qui se déroule depuis quelque temps où le patron est son propre avocat et préside des comités disciplinaires ».
Il déplore que le gouvernement n’ait pas amendé la loi pour qu’il y ait de l’indépendance au sein des boards disciplinaires. « Vu que le board siège au siège d’ENS Afrique, on ne pense pas qu’il y aura un fair hearing. D’autant plus qu’ENS Afrique a déjà émis des opinions légales qui ont directement porté préjudice à des employés et à Alain Edouard, le président ». Pour rappel, c’est suite à des actions menées par ces deux syndicalistes concernant les heures de travail les 24 et 31 décembre qu’ils ont été suspendus.
Dans un autre volet de la conférence de presse, Ashok Subron a indiqué que la PLMEA a déjà commencé plus de 90 jours de négociations avec la CHCL devant la Commission Conciliation et Médiation (CCM), en vue d’une signature d’un accord collectif sur les conditions de travail. « Nous souhaitons que très vite, il y ait un accord signé à la CCM et nous voulons que le dialogue prévale. De tout coeur, nous voulons éviter une confrontation. Mais, déjà il existe de graves entraves au processus de négociation. Nous avons appris que le board de la CHCL a nommé un consultant, Hay Group, pour se pencher sur la révision salariale et la révision des conditions d’emploi à la CHCL. C’est en contradiction avec le processus de négociation d’après la loi. Nous avons appris que Hay Group a obtenu Rs 1,9 M pour cela. C’est du gaspillage. À la place, on aurait dû s’asseoir et trouver une solution à la CCM ». La PLMEA appelle le ministre du Tourisme, Xavier-Luc Duval, à y trouver une solution.
S’agissant de la privatisation du port qui préoccupe grandement la PLMEA, l’association demande à sir Anerood Jugnauth, « dans sa sagesse, de rendre publiques les propositions de DPW. Ce pays appartient autant au Premier ministre qu’il appartient à nos futurs enfants pour les cent ans à venir. On ne peut discuter de telles propositions en secret d’autant que selon les informations, DPW cherche un contrôle à 75 % et un bail de 99 ans ! Si notre pays s’engage dans une telle voie, c’est notre souveraineté nationale, notre sécurité intérieure et nos droits acquis de travailleurs qui seront en péril. Il est important que les Mauriciens sachent que DPW est contrôlé à 80 % par l’État de Dubaï ». Si selon d’autres informations, ce contrat permettrait d’opérer un million de conteneurs, Ashok Subron souligne que dans le cadre du plan de modernisation de la CHCL, avec deux nouveaux portiques et huit nouveaux RDG, « le port sera en mesure de manutentionner environ 800 000 conteneurs par an ; donc, quel bénéfice de plus apportera DPW ? »
D’autres informations, dit la PLMEA, indiquent qu’un nouveau Chief Operating Officer (COO) des Philippines serait nommé par la CHCL. « Le COO serait rémunéré directement par l’AFD, l’agence même qui a prêté de l’argent pour effectuer la modernisation. La question est : la loyauté du nouveau COO sera-t-elle envers le board de la CHCL ou envers celui qui le rémunère ? » La PLMEA a lancé un appel aux Mauriciens, leur demandant d’être attentifs à tout ce qui se déroule au niveau du port.
Au terme des présentations des deux syndicalistes devant le board disciplinaire cette semaine, s’il y a perte d’emploi, la PLMEA dit prévoir des « recours d’envergure ». « Nous nous inspirons d’Emmanuel Anquetil et d’Aurélie Perrine », dit le syndicat.