Stéphane Rima vend des légumes au marché de Chemin-Grenier depuis plus de 50 ans. Âgé de 74 ans, il a été témoin de transformation qui s’est opérée dans cette localité pendant plusieurs années. « Il y avait de la discipline. Les gens faisaient très attention avant. Ils insistaient et exigeaient beaucoup sur l’hygiène. Regardez ce qui se passe aujourd’hui. Les alentours du village de Chemin-Chelin ont été transformés en dépotoir de Mare-Chicose. Bann dimoun vinn zet trip ek karkas poul e tou kalite ordir isi. Landrwa-la pe vinn irespirab. Si ou vinn isi lundi gramatin après lafwar dimans, ou pou trouve », explique-t-il.

Il regrette l’inaction de la police de l’Environnement et des inspecteurs sanitaires. « Ils auraient dû avoir recours aux caméras de surveillance installées autour du marché pour sévir contre ceux qui ne respectent pas la loi. Ils ne le font pas », regrette-t-il. Il ajoute : « Le village s’enfonce chaque jour dans l’anarchie et sans compter les chiens errants qui traînent dans les environs. »

Le septuagénaire regrette qu’il n’y avait pas de plan à long terme pour le développement du village de Chemin-Grenier bien que le nombre de villageois qui n’a cessé d’augmenter avec les nouveaux morcellements, surtout avec les nouveaux propriétaires des maisons qui avaient obtenu leurs titres de propriété pour les terrains VRS. « On continue avec la même manière de gérer comme dans le passé. Les vieux bâtiments délabrés tombent en ruine. Fode ki enn zour enn vie batiman tonb lor enn pasan apre zot pou pran kont », met en garde Stéphane Rima.

Selon lui, s’il y avait une bonne planification avec tous les opérateurs économiques, les Ong et les Forces vives de la région, la situation ne serait pas ainsi. « Les élus de cette circonscription auraient dû, depuis bien longtemps, avoir une vision globale pour le réaménagement de ce village », suggère Stéphane, qui soutient que Chemin-Grenier a la réputation d’être le village « le plus animé du sud ».

Quant à Shyam, qui habite Chamouny, un patelin situé à quelques mètres de Chemin-Grenier, il reconnaît que « le village a connu certaines améliorations par rapport aux dix dernières années ».  Il s’est dit toutefois « très inquiet » sur le nombre de véhicules qui traversent dans la région chaque jour. Au même moment qu’il nous parle, un autobus individuel est venu freiner brusquement sur un arrêt d’autobus pour prendre les passagers qui vont en direction de Baie-du-Cap. « Les véhicules sont garés n’importe où pendant les heures de classe causant ainsi de grands embouteillages », observe-t-il.

Il ajoute : « Sitiasion pli anpire sak samdi, sak dimans ek bann zour ki ena lafwar. » Il ne prend pas de gants avec les marchands qui viennent s’installer pour vendre leurs produits aux alentours du marché. « Bizin trouv enn lot plas pou zot, pou evakie zot opli vit », dit-il.

Selon lui, les principales infrastructures routières dans le village ont été « négligées ». Il poursuit : « Pa finn ena okenn gran proze pou amelior larout. Se enn kosmar pou bann abitan ki bizin deplase. » Pour que les ordures ne soient pas jetées n’importe où, Shyam demande aux propriétaires des magasins d’utiliser les boîtes en carton. « Si pa fer atansion, nou vilaz pou infeste avek lera kouma dan bazar Port-Lwi », a-t-il mis en garde. « Avec sa bann maladi koronaviris ki pe fer ravaz dan lemond, sak vilazwa bizin pran so responsabilite » plaide-t-il.

Jimmy Pierre, chauffeur de taxi, qui opère dans la région depuis plus d’une vingtaine d’années, est très remonté contre les autorités qui ne sévissent pas contre les “taxis marron”, qui viennent se garer quotidiennement à la place des taxis. « Depi bien lontan ena lagar maron dan vilaz Chemin-Grenier », ironise Jimmy. Selon lui, certains parmi n’hésitent à imposer leur loi. « Ils sont arrogants et complètement indifférents malgré notre présence. On a en plusieurs occasions attiré l’attention des autorités policières pour mettre un frein à cette situation, en vain », déplore le cinquantenaire. Selon ce chauffeur de taxi, c’est l’anarchie les jours de la tenue du marché, les samedis, les dimanches : « Sitiasion vinn inkontrolab. »

Par ailleurs, au chapitre des loisirs, pas de quoi se réjouir. Sylvio, un jeune habitant de Chemin-Grenier et fréquentant un collège de la localité, donne son point de vue : « Nous sommes privés d’activités sportives faute d’initiatives de la part des conseillers, qui, visiblement, n’ont pas de nouvelles idées pour encourager les jeunes à sortir pour pratiquer leur sport favori. Ils auraient dû rencontrer les jeunes pour les écouter, connaître leurs besoins et répondre à leurs aspirations. Nepli kapav kontinn res enn sel landrwa pou nek zwe karom ek domino. »