Cinderella Marius, 44 ans et habitant Vieux-Grand-Port, maîtrise le savoir-faire et les techniques de fabrication des objets en vakoa, surtout des « tentes bazar ». C’est une connaissance qu’elle a acquise de sa famille et qui lui est utile aujourd’hui car elle est le seul gagne-pain de la famille. Avec l’interdiction d’utiliser les sacs en plastique, dit-elle, les tentes en vakoa redeviennent tendance. 

Originaire de Vieux-Grand-Port, Cinderella Marius est femme au foyer et mère d’un fils âgé de 26 ans. Elle a quitté l’école alors qu’elle n’était qu’en Standard V. Quelques années plus tard, elle s’inscrit à des cours de formation qui étaient dispensés dans le centre social de sa localité. Elle a alors appris à coudre, à broder et à faire des crochets. Parallèlement, elle apprenait à confectionner des « tentes bazar » en vakoa de sa mère. « La fabrication des tentes en vakoa était une pratique courante dans notre famille. Outre ma mère, mes tantes, mes oncles et mes cousines maîtrisaient bien cette pratique. C’est un savoir-faire acquis de ma grand-mère. C’était pour notre famille une source de revenus. Étant donné que nous habitons sur la côte, il était difficile de trouver un emploi. D’où la raison pour laquelle nous fabriquions des paniers en vakoa pour les vendre », confie Cinderella.

À l’âge de douze ans, Cinderella prend de l’emploi à temps partiel dans une usine de textile. Quand elle a eu quinze ans, elle a rejoint l’usine Floréal Knitwear à plein-temps. « Quand j’ai commencé à travailler à plein-temps, j’ai abandonné la confection des paniers. Pendant les neuf années qui ont suivi, j’ai travaillé pour le compte de Floréal Knitwear. Par la suite, pour des raisons de santé, j’ai dû soumettre ma lettre de démission. À la même époque, ma mère était très souffrante et je devais m’occuper d’elle. Puis elle est décédée. C’est là que j’ai décidé de me relancer dans la fabrication des paniers en vakoa », relate la quadragénaire.

Ainsi, elle a rejoint une association fondée par son oncle, qui réunit des artisanes de l’endroit. Pour elle, l’occasion s’est présentée pour qu’elle apprenne plus. « Je maîtrisais la base. Grâce à ma mère, j’ai appris à fabriquer des tentes bazar à l’ancienne. Mais mon oncle m’a appris à faire des “lunch bags”, des paniers de différentes formes, des pochettes, des cadres pour photos, entre autres », dit-elle.

Cinderella s’est relancée dans ce métier pour « faire passer le temps ». Femme au foyer, elle n’avait pas grand-chose à faire pendant la journée. Donc, elle fabriquait des paniers et d’autres objets pour sa maison. En 2005, l’époux de Cinderella tombe malade. Il ne peut plus travailler en raison d’un problème sérieux au rein. Le couple décide alors de faire de sa passion son métier. « Nous avons commencé à prendre des commandes des personnes de l’endroit et des régions avoisinantes. Plus tard, je me suis retirée de l’association fondée par mon oncle et je me suis lancée à mon propre compte », fait-elle ressortir.

Alors qu’elle était membre de l’association, Cinderella suivait des cours de formation dispensés par la Small and Medium Enterprise Development Authority (SMEDA). Elle avait été invitée à s’inscrire à cette organisation pour bénéficier d’une formation poussée et des facilités disponibles pour les entrepreneurs. « J’en ai profité pour perfectionner mon savoir-faire de la confection des produits en vakoa. On peut faire plusieurs types de nattage avec le vakoa, à savoir le nattage casier, le nattage picot, entre autres. J’avais déjà appris la plupart des nattages de ma mère, de ma tante puis de mon oncle. Grâce à la SMEDA, j’ai appris à faire le nattage casier. Puis, la SMEDA nous a encouragés à améliorer nos produits en recouvrant l’intérieur des paniers avec du textile ou à embellir les produits avec des tissus brodés », relate Cinderella.

Maintenant qu’elle pouvait produire des objets de qualité, Cinderella décide de se joindre au National Women Entrepreneur Council (NWEC) pour bénéficier des facilités en vue de devenir une entrepreneure. Toutefois, le parcours n’a pas été facile. « Je me suis certes inscrite au NWEC, mais je ne bénéficiais de rien. Je ne recevais aucune invitation pour participer à des foires. Cela pesait lourd sur mon commerce. Je n’arrivais pas à vendre la quantité de produits qu’il fallait. Je ne savais comment subvenir aux besoins de ma famille d’autant que mon époux ne pouvait plus travailler. Mais en 2017, la chance m’a souri. J’ai commencé à recevoir des invitations du NWEC pour participer à des foires de PME », souligne Cinderella.

Selon cette dernière, ce métier lui permet de subvenir aux besoins de la famille. « Je ne peux plus compter sur mon époux, quoi qu’il m’aide dans mon métier. Mais il y a des jours, il ne peut se lever de son lit. Donc, je dois me débrouiller seule. Je prends toutes mes affaires et je vais dans les foires », dit-elle.

La fabrication des objets en vakoa est un savoir-faire qui réclame beaucoup de patience. Cinderella explique qu’elle doit consacrer sa journée à ce métier si elle veut remplir ses commandes à temps. « Parfois, je commence vers 10 heures et je termine dans la soirée. Quand je ne suis pas à la maison, je dois travailler pendant la nuit et cela peut durer jusqu’à 3 heures le lendemain », fait-elle ressortir.

De plus, Cinderella doit travailler dans différentes pièces de sa maison car elle ne possède pas d’atelier « Je peux commencer à travailler dans la cuisine pour terminer dans la chambre à coucher, en passant par le salon. Le vakoa fait beaucoup de désordre dans la maison », dit-elle. Par ailleurs, elle obtient les feuilles de vakoa d’un arbre disponible dans sa cour. Sinon, elle doit aller chercher des feuilles sur la grande route. Parfois, elle doit en acheter. 

Cinderella confie que les produits en vakoa, notamment les tentes reviennent petit à petit à la mode. « Les tentes bazar en vakoa étaient à la mode autrefois. Avec l’introduction des sacs en plastique à Maurice, les gens n’achetaient plus les tentes en vakoa. Nous ne fabriquions des “tentes” que pour les hôtels. De plus, je devais faire le porte-à-porte pour pouvoir vendre mes produits. Mais depuis que le gouvernement a banni les sacs en plastique, il y a une demande pour les tentes en vakoa », affirme-t-elle.

Comme projet d’avenir, Cinderella confie qu’elle souhaite devenir une femme entrepreneure connue et lancer une petite entreprise à son nom. Si la chance lui sourit, elle souhaite ouvrir un atelier où elle pourra offrir de l’emploi à des femmes de son village. Parallèlement, elle veut offrir des cours de formation aux femmes de Vieux-Grand-Port et des villages avoisinants pour « garder en vie » ce savoir-faire. « Si je peux aider d’autres femmes à fabriquer des tentes et devenir femmes entrepreneures, je n’hésiterai pas », conclut-elle.