Toutes les aides qui pourront leur être apportées aideront les Rennel à se construire un avenir meilleur dans des conditions moins précaires. En attendant, cette famille de Mahébourg a choisi la débrouillardise pour que la pauvreté ne l’entraîne pas dans le défaitisme. Qu’importent les sacrifices, les parents ont choisi d’accorder de meilleures chances à leurs enfants, en leur offrant en exemple leur courage et leur joie de vivre. Ce qui explique notre présence dans leur case en tôle à l’heure du dîner.
Le couvercle de la casserole soulevé, une vapeur blanche monte du riz fumant, dont la cuisson est sur le point de s’achever. Le moment pour Jocelyne de poser une autre karay sur le feu et d’y entasser le petsay et les autres condiments de son étouffée de brèdes. Le parfum doux qui s’élève dans la cuisine en tôle rejoint le fumet épicé de la rougaille de poisson salé, qui attend au bout de la table. La famille Rennel souhaitait du poisson frit pour le dîner. Jocelyne aurait sans doute accompagné le poisson frais du lagon d’un bouillon de bred mouroum, d’un bon chatini de coco et d’une rougaille de bigorneaux, comme elle au déjeuner quelques jours plus tôt. Mais les fortes houles qui ont balayé la baie de Mahébourg aujourd’hui ont gardé les pêcheurs à terre. Dans cette famille où on “travay gramatin pou manze tanto”, cela fait longtemps qu’on a appris à composer avec les imprévus et à improviser pour ne pas demeurer le ventre vide. Le poisson salé fera donc très bien l’affaire. Dehors, juste en face du portail et du mur d’enceinte orné de silhouettes colorées sur le bas-côté de la route vers Blue Bay, une lune ronde éclaire les eaux de la mer qui a retrouvé sa sérénité.
Dans la cuisine, qui sert aussi de chambre à coucher aux parents, Jed, l’aîné de 6 ans, range ses cahiers et ses crayons pour aider sa mère à rapprocher la table basse du vieux lit en fer. C’est là qu’il mangera en compagnie de son petit frère, Kayne, 4 ans. Ce dernier sera plus tard policier. Jed veut être dessinateur. Les innombrables dessins qui habillent ses cahiers et ses petites sculptures en pâte à modeler en témoignent. Jocelyne et Dominique, le père, ont été très attentifs aux rêves de leurs enfants : “Si c’est vraiment ce qu’ils souhaitent faire plus tard, nous les encourageons à aller jusqu’au bout”, affirment-ils. Ils ont appris à leurs enfants à rêver grand, à prendre conscience que dans la vie, il revient à chacun de se donner les moyens de ses ambitions.