Meghna Gulzar (Talvaar, Raazi…) récidive avec le très attendu Chhapaak. Il s’agit de l’histoire vraie de Laxmi Agarwal, jeune Indienne qui fut attaquée au visage et au corps, à l’acide par un homme dont elle avait refusé les avances. Une triste réalité hélas ! acte trop commun en Inde.

La cinéaste – qui n’hésite pas à bouleverser les codes du cinéma pour traduire sa vision de la société indienne – a choisi Deepika Padukone, l’actuelle diva de Bollywood, pour incarner Laxmi Agarwal. Le résultat est dans nos salles, dès ce vendredi 10 janvier.

Malti (Deepika Padukone) est une jeune femme dont la vie bascule du tout au tout, le jour où elle est victime d’une attaque à l’acide qui lui brûle le visage et des parties du corps. Mais Malti n’est pas de celles à abandonner. Surmontant les épreuves médicales, devant subir un nombre incalculable d’interventions chirurgicales, et puisant une force incroyable parce qu’elle est, à un moment donné, rejetée par ses proches, la jeune femme décide de faire de son malheur un combat au nom de ces nombreuses victimes silencieuses et isolées, qui se sont résignées… Au point d’en saisir la Cour Suprême et de revoir certaines législations concernant ce type d’agressions, afin d’avoir des sanctions plus sévères. Dans le même souffle, Malti rencontre plusieurs personnes qui l’amènent à s’engager activement pour cette cause et mener des actions solides dans la société.

Ce parcours de battante, c’est celui de Laxmi Agarwal, dans la vraie vie. Originaire de New Delhi, Laxmi Agarwal a 15 ans, en 2005, quand Naeem Khan et deux autres complices l’attaquent alors qu’elle marche dans la rue. Elle se retrouve aspergée d’acide au visage et sur plusieurs parties du corps. La sensation de brûlure qu’elle ressent la fait hurler de peine. Elle tombe à terre et reste là, se tordant de douleur, sans que personne ne s’avance pour l’aider. Finalement, un chauffeur de taxi s’arrête et lui porte secours.

« Ma peau quittait mon corps…»

À l’hôpital, où elle est admise, il n’y a pas de miroir dans la chambre où elle se trouve. Chaque matin, l’infirmière lui apporte un bol d’eau fraîche afin qu’elle se lave. Laxmi tentait d’entrevoir son visage. Quand plus tard elle découvre les dégâts causés, dit-elle, « j’étais dévastée ! Je n’avais plus de visage ! » La jeune fille doit subir une série d’interventions chirurgi- cales et reste trois mois à l’hôpital. Revenant sur l’agression, dans une entrevue au Daily Mail, L. Agarwal témoigne : « je sentais ma peau quitter mon corps et mon visage. C’était comme si quelqu’un avait mis le feu à mon corps…» Naeem Khan avait une trentaine d’années à l’époque de l’agression. Il se disait amoureux de Laxmi et lui avait fait une proposition de mariage, que l’adolescente avait rejetée. Il avait aspergé Laxmi Agarwal d’acide, avec la complicité de deux autres hommes, parce que la jeune fille repoussait ses avances et lui avait dit qu’elle n’était pas intéressée à l’épouser.

N’étant pas de nature à se laisser abattre, Laxmi Agarwal prend des actions légales dès 2006. Elle entre ainsi une requête en Cour pour que le gouvernement impose une interdiction sur la vente libre de l’acide en Inde. Finalement, c’est en 2013 que la Cour Suprême donne un jugement favorable à cette requête et impose des règlements stricts sur la vente de l’acide.

Parallèlement, la jeune fille s’engage activement auprès de l’Ong Stop Acid Attacks, fondée par Alok Dixit et Ashish Shukla. En tant que militante, elle a attiré l’attention de beaucoup de personnes en Inde et à l’international, interpellant ainsi l’opinion publique sur cette douloureuse tragédie très présente dans son pays.

Amour et distinction

C’est ainsi qu’elle est reçue à la Maison Blanche, à Washington par Michelle Obama, épouse de l’ancien Président des Etats-Unis, Barack Obama. Laxmi Agarwal a été l’objet d’une cérémonie de décoration où Michelle Obama a loué son combat pour la cause qu’elle défend et elle reçut la International Women of Courage Award.

L. Agarwal tomba amoureuse de son ami de l’Ong Stop Acid Attacks, Alok Dixit. Les deux se sont mis ensemble et ont vécu plusieurs années comme un couple, mais n’ont jamais souhaité se marier. L’argument avancé est que les invités à un mariage font des commentaires sur le physique de la mariée. Et cela, les deux ne voulaient absolument pas en entendre parler, car cela aurait amené d’autres souffrances à Laxmi. Une fille, Pihu, est née de leur amour. Mais Laxmi et Alok se sont séparés en 2015, pour divergences d’opinions.

Pour l’heure, L. Agarwal mène sa vie, poursuivant son combat et a été aux premières loges pour le tournage de Chhapaak, avec l’équipe de Meghna Gulzar. Elle fait également partie de l’équipe qui assure la promotion commerciale du film.

Chhapaak sort sur les écrans indiens et de Maurice ce vendredi 10 janvier. Déjà, les “trailers” du film ont suscité une énorme vague de sympathie et de solidarité envers les victimes des attaques à l’acide. Il va sans dire que, porté par la diva de Bollywood qu’est Deepika Padukone (Bajirao Mastani, Ram Leela…), Chhapaak est l’un des films les plus attendus de ce début 2020 !

Durée : 138 mins. Avec Deepika Padukone, Vikrant Massey, Madhurjeet Sarghi. Réalisé par Meghna Gulzar (Inde, 2019).

Aux Novelty (Curepipe) et Ciné Metropolitan (Rose-Belle)