Ledikasyon Pu Travayer (LPT) a écrit hier à la ministre de l’Égalité des Genres, du Bien-être de la famille et du Développement des enfants Aurore Perraud sur le rôle de la langue maternelle à l’école. Cette démarche s’inscrit dans la préparation d’un Children’s Bill. LPT soutient que l’absence de la langue maternelle comme médium d’enseignement cause préjudice aux enfants mauriciens.
Alain Ah-Vee, signataire de la lettre, dit avoir pris bonne note des récents discours de la ministre dans le cadre de la Journée de l’enfant africain à l’auditorium Octave Wiehe et au collège Devton. Elle y avait fait référence à la lutte en faveur de la langue maternelle à l’école en Afrique du Sud. LPT dit apprécier la position d’Aurore Perraud sur la question et rappelle qu’à Maurice, de nombreux enfants souffrent encore de l’absence de leur langue maternelle comme médium d’enseignement.
En vue de la préparation du Children’s Bill annoncé par le gouvernement dans le discours-programme, LPT invite ainsi la ministre à considérer la question de la langue maternelle. Tout en soulignant que le but de cette loi est de « protéger les enfants des dangers », LPT soutient que la non-utilisation de leur langue maternelle à l’école cause des préjudices aux enfants mauriciens.
Alain Ah Vee rappelle également que LPT travaille sur ce dossier depuis 1976. En 2009, un International Hearing sur les préjudices causés aux enfants par la suppression de leur langue maternelle à l’école avait été organisé avec la participation d’experts internationaux. « Les “findings” du panel d’experts étaient clairs : les dommages causés aux enfants sont à la fois cognitifs, émotionnels et culturels. »
Suite à cela, il y a eu la mise sur pied de l’Akademi Kreol Morisien, qui a travaillé sur l’introduction du kreol comme matière optionnelle à l’école. « Mais le vrai enjeu du développement de l’enfant mauricien demeure l’utilisation de sa langue maternelle comme médium pour les matières principales », précise LPT.
Ce n’est qu’après avoir fait la base de son apprentissage dans la langue maternelle, soutient LPT, que l’enfant pourra par la suite migrer vers les langues étrangères. « Quand elles sont imposées, celles-ci portent atteinte au développement de l’enfant et à sa créativité », poursuit Alain Ah-Vee.
LPT estime ainsi qu’avec le Children’s Bill, l’État a la responsabilité d’empêcher de faire du tort à l’enfant mauricien. L’organisation se dit également consciente que la politique d’éducation relève de la responsabilité de la ministre de tutelle et une lettre lui a aussi été envoyée à ce sujet dès sa prise de fonction.
Une copie de la lettre à Aurore Perraud a aussi été envoyée à d’autres organisations ayant participé aux réflexions sur le rôle de la langue maternelle, en l’occurrence Terre de Paix, la GTU, la GHTU, le Kolektif Drwa Zanfan Morisien et l’Yunit Kreol Morisien du MIE.