JEAN CLEMENT CANGY

Certes, le terme « cholo » est méprisant. Car le Cholo porte la mémoire de l’esclavage, du sega des origines, de la langue créole sortie des limbes. Accolé au rappel de la peau d’ébène, noire, le mépris devient franchement raciste et doublement offensant. Ainsi, le terme « nwar cholo » était utilisé dans notre passé surtout par les gens bien, les bien-pensants, l’idéologie bourgeoise dominante pour montrer leur mépris du peuple, du sega et de ceux qui aimaient le sega. Mais les temps ont changé et aujourd’hui le sega est porté au pinacle, il est chanté et dansé dans toute la société mauricienne, mais n’oublions pas que la légende du sega, Serge Lebrasse, qui a été instituteur, fut traité de « nwar cholo » : « Pa sa nwar cholo ki pou vinn montre nou zanfan aprann. » (in Le sega /Des origines à nos jours)

« Eta nwar cholo ! » : c’est là une insulte jetée donc avec mépris au visage de ceux qui aimaient le sega et qui étaient aussi noirs de peau. Mais cette insulte raciste, — à l’instar d’Aimé Césaire qui a ramassé le mot méprisant de « nègre » et s’est proclamé : « Nègre et fier de l’être », — Edouard Maunick et d’autres à sa suite l’ont ramassée, et ont proclamé : « Cholos nous sommes, Cholos nous restons. » Oui, fier d’être Cholo.

Ci-après un extrait du poème d’Edouard Maunick, « Cholo ! » :

                                                 

Cholo ! 

À la mémoire de mon père et de Chacha (SSR), en plein accord avec feu le poète Marcel Cabon, en souvenir d’un long entretien avec

Mère Teresa, au Prof.Ram Prakash ,

pour ma rencontre avec les Vedas,

à Andrew Young en amitié,

et à Jean-Clément en partage

Cholo je suis/cholo je reste/

Tant pis pour ceux que cela dérange/

L’Histoire m’a fait qui je suis /

J’assume l’Histoire sans parcimonie :

L’Histoire/ses défaites/

J’assume tout/responsable ou pas/

J’additionne meilleur et pire/

Je réponds présent à la table de l’humanité !

Cholo ! Mais pas moins beau pour autant :

Un immense soleil aux entrailles/

Ignorant que haine veut dire/

Je ne suis pas regardant/je ne tique pas/

Ne ratiocine pas/ne gesticule pas/

Ne ratiboise pas/ne manipule pas/

Surtout je ne politique ni ne politise/

Seulement cholo grande-gueule/ comme

Sont grandes-gueules tous les cholos (…)

                                                           (Edouard Maunick)