Selon un rapport de la Fédération des employeurs de Maurice (FEM), le taux de chômage des jeunes Mauriciens est en forte hausse au premier trimestre de 2012. Les chiffres indiquent que 16,5% des jeunes âgés de 16-29 ans sont touchés par le fléau. Cette situation, jugée alarmante par la fédération, est décrite comme “une vie d’enfer” par ceux qui sont concernés. Stéphano Nadal, Sarojeenee Ramkerun, Girish Luchmun ainsi qu’Élodie et Estelle Labonne sont quelques-uns de ces jeunes qui nagent dans les eaux troubles du chômage.
“Cette situation me ronge. Je suis stressé au quotidien”, affirme Stéphano Nadal. “Je suis découragée. Je ne sais quoi faire pour sortir de cet enfer”, confie Sarojeenee Ramkerun. Ces deux jeunes, âgés de 27 et 25 ans respectivement, pleurent leur douleur causée par leur mise au chômage.
Cela fait deux mois qu’il a été licencié de son travail. Stéphano, marié et père d’une petite fille, raconte qu’il vit des moments d’angoisse terribles. “Je suis perdu. Mo bizin pay lakaz; mo ena enn loan pou ranbourse; bizin tir rasion.” Pour Stéphano, les fins de mois, lorsqu’il doit rembourser ses dettes, sont de plus en plus difficiles. “La ki mo santi presion-la monte. Pa kone kot pou galoupe.”
Cauchemar
Même inquiétude pour Sarojeenee. Au chômage depuis janvier, elle ne sait comment rembourser le prêt qu’elle a récemment contracté auprès d’une banque. La jeune femme vit un véritable cauchemar à chaque fin de mois. Mariée depuis cinq ans, elle ne sait où donner de la tête pour subvenir aux besoins de sa petite famille. “Mon époux est le seul à travailler. Il ne pourra pas tout prendre à sa charge pendant longtemps”, se plaint Sarojeenee, qui ne cache pas non plus sa frustration de devoir vivre en permanence aux dépens de son époux.
Les soeurs Labonne, Élodie et Estelle, ainsi que Girish Luchmun se retrouvent dans un autre cas de figure. La première nommée a terminé son HSC en 2010 et a travaillé pendant onze mois dans une grande surface qui, depuis, a fermé ses portes. Ayant étudié le design à l’école, elle n’a eu d’autre choix qu’exercer dans un domaine totalement différent de ce qu’elle envisageait car elle ne trouvait pas le travail qu’elle cherchait. Depuis qu’elle est au chômage, elle doit affronter le cercle infernal des entretiens d’embauche qui n’aboutissent pas. “Depuis que je suis sans emploi, j’ai envoyé mon CV à plusieurs entreprises. Mais aucune réponse jusqu’à l’heure.”
Frustration
Estelle vient de terminer ses études secondaires. Depuis le début de l’année, elle a envoyé une bonne dizaine de CV et s’est rendue à plusieurs entretiens, sans jamais être retenue. “J’ai étudié les sciences à l’école et j’ai essayé de trouver de l’emploi dans les laboratoires, en vain. J’ai essayé à la banque et dans plusieurs firmes, sans résultat.” Girish vit le même calvaire : tous les entretiens auxquels il s’est rendu ont été des échecs cuisants.
Stéphano, qui exerçait comme agent de sécurité, résume son licenciement à une boule qui lui est restée en travers de la gorge. En plus d’une rémunération qu’il juge insuffisante, le jeune homme trouve injuste la façon dont il a été licencié. Il raconte : “La direction s’est tue jusqu’au dernier moment. Ce n’est qu’une semaine avant notre renvoi que la nouvelle est tombée.”
“Enn koutpie”
Cela ne lui a laissé le temps de se trouver un nouvel emploi. Remonté contre son ancien employeur, Stéphano confie amèrement : “Je me suis énormément sacrifié pour eux. J’ai travaillé pendant douze heures quotidiennement pendant six ans. Ils n’ont eu aucune reconnaissance envers moi. De ki zot ti nepli bizin mwa, zot inn donn mwa enn koutpie.”
Il en va de même pour les deux soeurs Labonne. “Nous sommes frustrées de ne pouvoir travailler. Nos parents commencent également à mettre la pression. Nous envisageons de faire des études toutes les deux, mais nous devons travailler pour pouvoir les financer. Nous sommes en train de tourner en rond”, disent-elles. Pour sa part, Girish pense que “le marché du travail est saturé. Les jeunes auront de plus en plus de mal à trouver du travail. C’est très frustrant”.
Sarojeenee s’est rendue à une quinzaine d’entretiens d’embauche qui ont été sans suite. Stéphano s’est fait refouler une dizaine de fois. Recherchant de l’emploi dans le secrétariat, la jeune femme souligne que “les employeurs exigent que ceux qu’ils recrutent aient de l’expérience dans le domaine recherché. Il va sans dire que sans une première embauche, on n’a aucune expérience.” Le fameux cercle vicieux…
Backing
Stéphano, qui attend vainement une réponse positive, confie qu’il entend toujours la même chanson : “Laissez-nous vos coordonnées. Nous vous rappellerons dans les jours qui viennent. C’est ce qu’ils me disent tous.” Au bout du désespoir, il est désormais prêt à “bat-bat ninport ki travay” pour sortir de ce calvaire. S’il ne trouve pas rapidement un boulot, il avoue ne pas savoir s’il y aura de quoi manger à la maison. “On nous dit qu’on va nous rappeler, mais on ne prend même pas la peine de nous prévenir qu’on n’a pas été retenu pour le poste”, regrette Estelle.
Ne supportant plus cette condition de vie qui perdure et ne sachant pas vers qui se tourner, Sarojeenee songe à avoir recours au backing pour trouver de l’emploi. La jeune femme, qui n’a pas suivi de cours de secrétariat, possède néanmoins des bases solides en informatique. “Les entreprises devraient donner la chance aux jeunes de faire leurs preuves. S’ils ne débutent pas quelque part, il est normal qu’ils n’aient pas les qualités demandées pour exercer un métier.”