La deuxième exposition de Christophe Rey au Domaine des Aubineaux, en décembre dernier, se situe dans une recherche formelle et permet de découvrir les travaux insolents, émouvants et l’univers personnel de Christophe. 20 acryliques sur toiles, petits et grands formats et 10 travaux sur papier : en deux ans le peintre a su créer un étonnant univers, un style, une écriture différente en peinture. Christophe Rey creuse, entre autres, le monde animal avec ce titre “Veille bien mon chien garçon”. Oeuvres étranges et émouvantes, qui trompent l’oeil, mais qui, en vérité, témoignent de notre monde.
Avec un sens de l’humour grinçant, du recul, Christophe Rey décline la dérision dans une logique de l’absurde. De l’illustration sur papier à la narration graphique, il sonde avec audace le quotidien, le grotesque, souligne les ambiguïtés, les fantasmes volontairement mal cachés. Christophe conjugue le goût de l’observation, du détail soigné, à un imaginaire débridé, immaîtrisable que lui ouvre le champ de la peinture. Les acryliques du peintre révèlent parfois une subversion qui tient de la bienveillance du regard et de l’économie de moyens. Un travail très poétique aussi dont l’onirisme figuratif fait écho à sa précédente exposition et laisse une grande place au regardeur. On peut se raconter ce qu’on veut. Dans un petit texte farfelu en guise d’introduction à son exposition, Christophe met en scène sa mort, puis son retour sur la planète en dévoilant un autre, impassible : “En s’astreignant à une alimentation stricte à base de riz et de lentilles, il tint bon jusqu’à décembre et décida de mettre sur pied une nouvelle exposition. Il était convaincu que, cette fois, ce serait un succès national. Il invita ses amis et sa famille, mais le croyant toujours mort, ceux-ci ne vinrent pas. Quelle belle arnaque pensèrent-ils en balançant l’invitation à la poubelle…” Les paysages, les animaux, les objets, dans leur dimension sur-réaliste, amènent le regardeur au-delà du rêve. Il y a le jeu avec les ronds et les carrés, la recherche de transparence, des hublots, des cyclistes, un paysage urbain exotique, le rougeoiement de l’horizon, une écriture incompréhensible, prélude à l’activité humaine. Des tableaux qui racontent les avatars et les aventures de la nature humaine. Christophe ne force pas le trait, le sujet ne lui est pas primordial mais les couleurs explosives l’intéressent. Il y a dans cette manière distante de voir et d’interpréter la réalité, à la fois narrative, illustrative, symbolique, une interprétation par l’imaginaire. Christophe Rey a une façon de pénétrer dans l’anecdote du réel pour accéder au général. Si l’exposition, à première vue, peut laisser perplexe, c’est pour amener le public dans un monde de signes moins anodins qu’il semble. Avec ces toiles étranges et émouvantes, c’est une autre page de la peinture locale qui s’écrit sous nos yeux.