Christophe Rey s’est mis à la peinture, dans le même esprit qu’il avait commencé la chanson. L’effet en est toujours tout aussi bluffant chez cet artiste d’exception qui, en persistant à tout prendre à la légère, donne du poids à ses créations. Son exposition sera ouverte au public à l’Atelier, Port-Louis, à partir du 2 novembre… si rien ne va comme prévu !
“Le 1er novembre 2012 à 18h, la première exposition de Christophe Rey, intitulée Haleine de bacon pour mon cochon, ouvrait ses portes à l’Atelier à Port-Louis avec un grincement et la vente de seulement deux toiles – dont une ne fut jamais réclamée et qui, c’est étonnant, demeure à ce jour la propriété de Matt Damon.” L’intro de l’invitation au vernissage de l’expo du musicien annonce déjà la couleur…
LOL, cendres & crottes.
Après tout, un brin d’humour, même lorsqu’il est teinté de noir, n’a jamais fait de mal à personne. Sauf peut-être aux constipés qui broient du noir et qui pourraient trouver un sens à la suite de la lettre, qui nous explique avec sérieux : “Le lendemain, Christophe fit incinérer le reste de son oeuvre, en mangea les cendres et déféqua ses poussières une semaine durant, réalisant un enregistrement filmé de chacune des crottes.”
Une autre raison pour laquelle, la semaine dernière, nous sommes allés aux nouvelles auprès du principal concerné, avant que ne commence le grand déballage annoncé au lendemain du vernissage à venir.
Mariaz lisien.
Mais rassurez-vous, Christophe Rey se porte bien. L’instinct de pyromane affamé est sous contrôle alors qu’il se prépare à exposer à l’Atelier, rue St-Louis. Décidément, l’auteur de No Problem fera toujours l’effet d’un OVNI, comme il l’a démontré en musique.
On vous aurait bien fait un dessin de sa peinture, mais cela pourrait ne pas être très pratique. Des renards qui galopent sur fond rouge sang; des singes qui se balancent; un portrait d’un traditionnel mariage de clebs; des lapins qui gambadent sur l’herbe verte d’un tableau jaune; l’oeuf perdu au milieu d’un autre jaune; des paysages quelque peu familiers recomposés d’une peinture volontairement naïve : voilà un bref aperçu de l’ensemble. Et lorsque c’est si clairement dit, c’est sûr que vous n’y aurez rien compris.
Basic instinct.
Sans doute n’y a-t-il pas grand-chose à comprendre de ce qui aurait bien pu conserver le thème de Haleine de bacon pour mon cochon. Le peintre lui-même ne tente pas d’y apporter quelque confuse interprétation, laissant à chacun le choix de son opinion. Le résultat, avouons-le, est aussi bluffant que passionnant. Il entraîne dans un univers non conformiste et pas forcément rebelle où l’art redevient plaisir et la création un acte primaire instinctif.
Christophe Rey s’est remis au pinceau pour le plaisir, il y a deux ans, après la sortie de son dernier album, comme pour trouver un exutoire à la musique. En retrouvant les réflexes de la peinture, que sa mère avait inculqués à son frère et à lui-même lorsqu’ils étaient enfants, Christophe Rey a simplement laissé faire les choses, “d’instinct”. Aucun genre, aucune référence : le style s’est imposé de lui-même en toute liberté, avec un esthétisme spontané et, parfois même, un effet kitsch délibéré. La collection a été montée en s’appuyant sur deux règles : “N’avoir aucune règle, et si jamais il y a des erreurs, essayer de vivre avec.”
Zistwar.
On l’a donc compris : tout cela s’est fait “sans que je ne me prenne la tête”. Les couches de peinture se sont accumulées sur les espaces blancs, des formes en sont ressorties, certaines racontant de petites histoires. Les paysages ont été peints à partir de croquis, vite faits en voiture. La décision d’une exposition a été prise lorsque le nombre de tableaux avait considérablement augmenté, tandis que le style s’était imposé de lui-même comme une auto-révélation.
Mais rien n’est joué et la lettre d’invitation raconte la suite : “Il considéra ensuite la possibilité de devenir chauffeur de camion, mais ne disposant pas du permis requis, prit de l’emploi comme gardien de nuit dans une usine de mise en conserve de thon. Après une semaine à son nouveau poste, il découvrit un défaut dans le système de distribution, ce qui lui permit de détourner des boîtes de thon pour sa consommation propre et le mena à sa mort par empoisonnement au mercure.”
Album.
Funeste présage pour celui qui s’est découvert une nouvelle voie complémentaire à sa carrière de chanteur/compositeur/musicien qui, du coup, prend aussi de nouvelles couleurs. Peindre lui permet de mieux penser à la musique et vice-versa.
L’exposition, c’était son projet pour cette année. Il s’y est tellement appliqué qu’un album est déjà en chantier et est presque fin prêt. Allez comprendre comment l’on fonctionne quand on navigue en soucoupe volante.
La lettre d’invitation a une conclusion : “Son corps fut incinéré et ses cendres subtilisées par une groupie qui en fit l’ingrédient principal d’un gommage pour le corps, brièvement disponible en ligne en tant que : L’Artiste-Gommage Corps Inspirant. Le tableau appartenant à Matt Damon, qu’il lui reste toujours à récupérer, a récemment été estimé à 99 000 $.”
L’exposition sera visible jusqu’au 15 novembre.