Il reprend l’avion pour Boston dans quelques jours. Christopher Narainen, jeune batteur professionnel, vit aux Etats-Unis depuis presque huit ans. Ce financier de formation a décidé de tout claquer pour vivre de sa passion. Rencontre avec un petit Mauricien, qui sillonne les Etats-Unis avec ses baguettes.
Quelques jours après le concert de rock « Tribute to the Fallen » au Barcode de Rose-hill, c’est dans ce même endroit que nous nous donnons rendez-vous. Avec un léger accent américain, Christopher Narainen nous raconte son parcours pour le moins atypique. Le jeune artiste vit le rêve américain depuis quelques années. Instructeur de batterie à la School of Rock de Boston, il sillonne les Etats-Unis grâce à ses baguettes de batterie. Tantôt jouant du rock, du métal ou du Jazz, il part en tournées, fait des gigs et participe aux festivals de musique. Une vie à cent à l’heure qu’il tente de gérer.
« Après mes études universitaires à Maurice, j’ai décidé de m’inscrire à la University of Massachusetts Amherst (UMASS) à Boston. Après trois ans d’études là-bas, toujours dans le domaine de la finance j’ai fini par décrocher un job dans une grosse boite », avoue-t-il. Un métier à temps plein qui ne l’empêchait pas pour autant de s’adonner à sa passion : la batterie. « Je bossais le matin et je faisais des concerts le soir. C’est grâce à mon ami Alex Russo avec qui j’ai travaillé sur plusieurs projets dont Proplydz, soit un album de musique expérimentale, mélangeant rap, dubstep, EDM entre autres que j’ai pu rencontrer tant de personnes et me faire connaître », dit-il.
Il se fait au fil des années, un nom dans le domaine et est souvent sollicité pour jouer. S’il cite Megadeth, Black Sabbath ou David Bowie comme références, le jeune artiste a aussi su s’adapter au divers styles de musique américaine. « C’est grâce à un ami que j’ai pu intégrer un groupe de Jazz. Son père cherchait un batteur et j’ai saisi l’occasion. Même si le répertoire était totalement différent de celui que je connaissais déjà, j’ai appris à jouer avec le groupe composé de retraités ! C’est une expérience incroyable », nous dit-il.
La batterie, une histoire de maths
Pourtant le jeune homme de 37 ans nous avoue n’avoir jamais pris de cours de musique. « J’ai eu le déclic à l’âge de 11 ans. Je ne sais pas comment, mais ça a cliqué », confie Christopher Narainen. « J’ai commencé à jouer grâce au père de mon ami Gilbert Armandine. Je regardais tous les concerts, en essayant de reproduire chaque note. En fait, je peux transcrire les sons que j’entends », dit-il.
En parfait autodidacte, le jeune Mauricien donne désormais des cours à temps plein à la « School of Rock » et tente de transmettre son expérience de la musique à ses étudiants. « Je travaille là-bas à temps plein depuis 2013. La philosophie de l’école ne se résume pas qu’au simple fait de vous apprendre à jouer un instrument, vous y apprenez aussi comment jouer sur scène. »
Il nous raconte ainsi que la batterie c’est l’histoire de sa vie. « La batterie c’est les mathématiques ! C’est une question de chiffres, c’est comme la danse. Un, deux, un, deux…tout est une numéros, chiffres… D’ailleurs j’adore les maths, c’est aussi pour cela que j’ai étudié la finance », lance le jeune homme en un grand éclat de rires.
Tapotant sur la table, jouer de la batterie n’a jamais été aussi simple. Notre interlocuteur, véritable passionné, nous explique les bases de cet instrument… qui demande une certaine dextérité et une bonne dose de concentration. « Il vous faut beaucoup de volonté et une paire de baguettes ! Si vous n’avez pas de batterie, ce n’est pas grave. Vous pouvez même vous entraîner sur un oreiller. » Il nous raconte que c’est d’ailleurs ainsi que ces étudiants, certains âgés de 6 ans apprennent à jouer de la batterie. « Il y a des exercices de base, mais après je leur fais jouer du AC/DC. Ils écoutent d’abord et reproduisent ensuite. Ils adorent ! »
La base du rythme
Christopher Narainen nous explique que la batterie c’est aussi une question de rythme. « Tout est rythmé. La batterie c’est la base du rythme. J’ai des étudiants qui parfois ne parviennent pas à comprendre cela et ont du mal. Je leur explique alors que tout ce que nous faisons dépend du rythme, comme marcher par exemple. Alors jouer de la batterie c’est exactement la même chose », dit-il.
« Par ailleurs, les parents là-bas insistent que leurs enfants jouent d’un instrument, et la batterie est souvent l’instrument de base pour apprendre le rythme. Plusieurs enfants font de la batterie avant de commencer le piano par exemple. » Il compte y dédier un bouquin. Christopher Narainen est persuadé que c’est une question de gènes et de transmission de savoirs… des problématiques qu’il compte d’ailleurs aborder dans cet ouvrage.
Actuellement batteur du groupe de métal Lord Almighty, Christopher Narainen a plein de projets en tête, dont notamment un projet de retour. « J’ai envie de rentrer. Lorsque j’ai quitté le pays il y a huit ans, il n’y avait presque rien. Les musiciens ne jouaient que dans les hôtels, c’était leur seule porte de salut, alors qu’aujourd’hui les choses changent. Il y a des bars, des concerts. Les Mauriciens commencent à comprendre qu’au final il faut payer pour un spectacle par exemple. Un musicien offre un service comme un autre et il doit aussi gagné sa croûte. En voyant le parcours des OSB par exemple, c’est extraordinaire. Ils organisent des festivals, des concerts, c’est positif pour l’industrie à Maurice », confie le musicien.
Christopher Narainen repart en tournée début décembre. S’il quitte Maurice avec un pincement au coeur, il ne regrette pas son choix d’avoir tout plaquer pour réaliser son rêve américain. Le jeune homme porte haut les couleurs mauriciennes à sa manière, en laissant jouer quelques morceaux de Séga en plein Boston…