UMAR TIMOL

L’illusion a duré un temps. Bernie Sanders, candidat démocrate aux élections présidentielles américaines en 2021. Certes tout n’est pas encore joué, mais Biden est bien parti pour gagner. Ce scénario ressemble curieusement à celui de 2016, quand les démocrates avaient choisi Hilary Clinton, qui avait perdu, comme on le sait, contre Trump. Quatre ans plus tard, ils commettent la même erreur, ils sont sur le point d’élire un candidat qui n’a aucune sinon très peu de chances de gagner contre Trump.

Il en est ainsi essentiellement parce que Sanders risque de chambouler le statu quo. Dans une société soumise au diktat des lobbies, il refuse l’argent des milliardaires et prône une politique en faveur des plus démunis. On l’a taxé de radical, mais il est véritablement un centriste qui œuvre pour une société plus juste, proposant, entre autres, des soins médicaux gratuits pour tout le monde, l’enseignement supérieur gratuit, etc. Rien de bien extraordinaire à bien y voir, c’est la norme dans beaucoup de pays développés et moins développés, Maurice parmi, mais une politique qui met à mal les intérêts des oligarchies aux États-Unis. Signalons, par ailleurs, qu’il est un des rares politiciens américains de renom à ne pas se rendre à la conférence annuelle de l’AIPAC (American Israel Public Affairs Committee). Cela suffit à faire de lui l’ennemi juré de beaucoup.

Il est un candidat plus que problématique pour l’establishment démocrate, à gauche, il est vrai, mais trop à gauche. Les candidats à gauche, on en veut bien, mais qu’ils soient soumis, comme l’était Obama, comme l’est Biden. On pourrait dire de Biden qu’il est l’Obama blanc. Plutôt charmeur, élégant, un personnage lisse, consensuel, susceptible de plaire à tout le monde, il propose une politique qui saura satisfaire les puissants tout en offrant des miettes aux pauvres. Biden aura évidemment beaucoup de mal à vaincre Trump. Entre un candidat de la droite dure, et qui ne s’en cache pas, et un candidat de la gauche cosmétique, les électeurs américains choisiront, sans aucun doute, ‘the real thing’. Seul un candidat susceptible d’offrir une alternative véritable a une chance de gagner. Cet aveuglement de l’establishment démocrate est à proprement parler effarant, mais il n’est guère étonnant.

Cette situation en dit long sur le désarroi d’un courant de la gauche, américaine et mondiale. Une gauche qui est à la solde de l’argent, une gauche vendue. Et cela explique la montée de la droite dure, les peuples délaissés par leurs alliés objectifs, se laissent séduire par le discours des Trump et consorts, qui savent puiser dans leur rage et désespoir. La défaite probable de Sanders dans le caucus démocratique aura de graves conséquences. Elle ouvrira la porte à la réélection de Trump qui perpétuera le chaos géopolitique et sa politique de destruction de l’environnement, qui contribuera à la résurgence de l’extrême droite à travers le monde. Les Netanyahu, Bolsonaro et autres Orban se frottent les mains avec allégresse. Trump met en péril l’avenir de la planète. Triste monde où lesdits progressistes travaillent à nuire à l’un des leurs et ce faisant permettent à de dangereux réactionnaires d’accéder au pouvoir.