Compte tenu de la baisse conséquente des prix des produits pétroliers sur le marché mondial, le MMM, par la voix de son leader, Paul Bérenger, a réclamé hier une baisse des prix des carburants — essence et diesel — vendus à la pompe, de même qu’une baisse généralisée des tarifs d’électricité. Paul Bérenger doute par ailleurs du partenariat envisagé avec AirAsia pour Air Mauritius. Il veut savoir qui a fait un tel choix de partenaire pour la compagnie nationale d’aviation.
Paul Bérenger parle de grande désillusion dans la population huit mois après l’installation du nouveau gouvernement Lepep. Pour lui, après avoir longtemps patienté, le peuple donne des signes de colère. Selon le leader de l’opposition, l’Economic Mission Statement du Premier ministre, sir Anerood Jugnauth, ne changera rien à la présente situation.
Pour justifier le fait que la feuille de route économique présentée par le chef du gouvernement est « vouée à l’échec », Paul Bérenger s’en remet aux commentaires des économistes « sérieux » et à ceux des observateurs « indépendants ». Il se réfère de même aux réactions enregistrées au niveau du marché boursier au lendemain de cette présentation, notamment les retraits effectués par des investisseurs étrangers.
Le chef de l’opposition ne manque pas au passage de critiquer le fait que ceux qui ont préparé le discours de SAJ ont refilé à ce dernier des chiffres « farfelus », comme dans le cas du chiffre censé représenter la moyenne de croissance économique jusqu’à l’arrivée au pouvoir du gouvernement Lepep.
« L’économie pâtira encore »
Autre raison pour laquelle, selon Paul Bérenger, la désillusion a pris le dessus sur l’impatience parmi la population : la gestion de la crise BAI. Il cite à ce propos le cas de l’Apollo Bramwell Hospital. « Plus personne ne sait ce qu’il adviendra de ce centre hospitalier », estime le chef de l’opposition. Si bien que, dit-il, exaspérés d’attendre une solution, les salariés concernés n’ont eu d’autre choix que de recourir à un go-slow. Paul Bérenger évoque de même la confusion à Iframac et à Courts.
Autre signe, selon le leader de l’opposition, que l’économie continuera de pâtir : la tergiversation qui se poursuit par rapport au renouvellement des équipements à la centrale thermique de St-Louis, alors que le temps presse. À ce propos, il exprime une fois encore sa profonde inquiétude quant aux risques d’une production déficitaire d’électricité à terme en citant les exemples sud-africain et ghanéen.
Également un sujet d’inquiétude du chef de l’opposition : le traitement du dossier des squatters par le ministre de tutelle, Showkutally Soodhun. Pour lui, les déclarations « incohérentes » du ministre ne peuvent finalement qu’encourager les gens à squatter des terres qui ne les appartiennent pas.
Paul Bérenger se dit aussi inquiet des nouvelles mesures prises par le ministère de la Santé par rapport à l’utilisation de la méthadone comme produit de substitution pour la réhabilitation de toxicomanes ainsi que des nouvelles dispositions autour de la distribution des seringues. Il s’inquiète que ces nouvelles mesures ne viennent non seulement envenimer le problème de la toxicomanie, mais aussi relancer la propagation du VIH/Sida.
Le chef de l’opposition trouve d’autre part qu’Air Mauritius court vers un crash. Il s’appuie à ce propos sur les chiffres de la compagnie nationale d’aviation à juin dernier. Chiffres qui, explique Paul Bérenger, se comparent très défavorablement à ceux de la période correspondante de 2014.
Le leader de l’opposition exprime par ailleurs des doutes quant au partenariat annoncé avec AirAsia. Il s’étonne que ce soit le ministre des Finances, Vishnu Lutchmeenaraidoo, qui en ait fait l’annonce, alors que, rappelle Paul Bérenger, Air Mauritius tombe sous la tutelle du Premier ministre. « Que l’on nous dise qui a fait le choix d’AirAsia », s’exclame le chef de l’opposition, qui promet de revenir sur toute la question.
Compte tenu du coût actuel des produits pétroliers sur le marché international, Paul Bérenger réclame formellement une baisse des prix des carburants à la pompe de même qu’une baisse généralisée des tarifs d’électricité. Le leader de l’opposition soutient en effet que, de juin 2014 à ce jour, les prix des produits pétroliers sur le marché mondial ont baissé par plus de 50%.
Il rappelle qu’en janvier dernier, lors de la présentation du premier budget du gouvernement Lepep, le ministre des Finances avait subtilement décidé de percevoir Re 1.00 de la poche des automobilistes sur chaque litre de carburant vendu à la pompe, somme devant être versée au Build Mauritius Fund.
Paul Bérenger explique que cette mesure budgétaire a permi, à elle seule, à l’Etat d’engranger à ce jour une somme additionnelle de Rs 1,4 milliard. La baisse des prix sur le marché mondial aura, elle, permis à la State Trading Corporation (STC) de récupérer plus de Rs 3 milliards additionnelles.
Par rapport à l’électricité, le chef de l’opposition fait remarquer que le prix du charbon est en chute libre — baisse de plus de 50% depuis 2011. Il parle de windfall gains déjà enregistrés de Rs 1,6 milliard en attendant un chiffre de Rs 3,3 milliards pour toute l’année 2015.
Par rapport aux prix des carburants et aux tarifs d’électricité, Paul Bérenger ne manque pas de rappeler aux dirigeants du gouvernement Lepep les promesses qu’ils avaient faites à l’électorat durant la campagne pour les législatives de décembre 2014. Il réclame un « effort spécial » à l’intention des petits planteurs dans le cadre de leur bagasse transfer price.
Au sujet de la rentrée parlementaire ce mardi, le leader de l’opposition laisse entendre que les députés de son parti entendent jouer pleinement leur rôle d’opposition. Disant avoir l’embarras du choix pour ses prochaines PNQ, Paul Bérenger indique néanmoins ne pas vouloir se concentrer que sur les « scandales ».