“Pour gagner de l’argent, il faut bien le prendre à quelqu’un…” (Marcel Pagnol, Topaze)
Nous assistons ces derniers jours à un triste spectacle… quelque chose d’extrêmement désolant. La honte, à sa puissance maximale. Dans son sillage, elle anéantit tout ce qu’un Homme aurait pu réaliser. Elle se moque de son pedigree, de son parcours, de son aura ou de son âme. Déchu, défait, déconfit… l’Homme, autrefois avide des bains de foule, se serait bien passé de ceux de ces derniers jours. Lui, toujours souriant, arrogant devant micros et caméras, s’est tu… s’est passé de tout commentaire. Il s’est laissé mener par les gorilles mandés pour se charger de lui, s’est laissé diriger, a obéi aux ordres… et aura même laissé autrui parler pour lui. Ces derniers jours, nous n’assistons non seulement à la débâcle d’un ancien dirigeant, mais à sa totale impuissance au vu des évènements.
 « Comme on est faible quand on est dans son tort ! » (Le château de ma mère, Pagnol). Aucune autre phrase ne m’est venue à l’esprit, devant les images d’un homme débraillé, tiraillé, raillé. Les réseaux sociaux s’agitent à chaque billet compté, à chaque apparition de déshonneur. Le Mauricien lambda se présume juge et jury…il attaque, il critique, il plaisante ou même défend. Mais que défendre devant des faits accablants ? Comment nier l’évidence ? Qui plus est, qu’aurait fait l’Homme de pire pendant toutes ces années de (super) puissance ?
C’est la question qu’il faut également se poser devant les autres dirigeants, de tout bord. Si procès il y a, il en faut un pour bien plus qu’un seul des éléments de la classe politique. L’envergure de la chose est telle qu’elle demande au peuple de réfléchir sur l’ensemble de ceux que nous choisissons pour mener à bien notre Nation. Est-ce qu’il nous est possible de leur faire confiance aveuglément ? Ne devrions-nous pas tenter de nous défaire de ceux qui, au fil des années, se sont armés d’opacité ? Ne voulons-nous pas voir clair dans les affaires de l’Etat… et comprendre, en tout et pour tout, ce que deviennent nos deniers publics ?
Hormis un énième scandale… une saga de plus ou un épisode pour les avides du pur voyeurisme… il faut que nos ardeurs se calment et se ressaisissent. Il ne faut pas se leurrer sur l’affaire en cours, en croyant qu’il s’agit là d’une affaire unique.  Il nous faut demander, exiger et insister sur la transparence des transactions étatiques, à tous les niveaux. Si nous nous contentons de nous exclamer à chaque « scandale » qui secoue notre île, nous nous rendons coupables de permettre qu’ils se répètent. L’un des moyens pour ce faire, à mon avis, serait un renouvellement quasi-total de la classe politique. Pour cela, il nous faut nous éduquer avant les prochaines élections, afin que nous apprenions à faire confiance à de nouvelles têtes. Bien sûr, il y a encore d’autres moyens de nous libérer de ceux pour qui « l’intérêt du pays » n’est qu’un énoncé creux. Mais il faut qu’en tant que peuple, nous agissions pour un changement de fond, et non de forme.