C’est sans aucun doute le plus vieux combat sportif de la région. Qu’importe ses acteurs, depuis le temps, personne ne semble avoir trouvé de solution. Pour cette raison, Thierry Grimaud, membre du CROS de La Réunion, a proposé de mettre en place un comité de juristes venant des pays membres de la région pour tenter de trouver un terrain d’entente. Une proposition qui survient après la menace de l’île Soeur de ne pas participer aux prochains Jeux des îles de l’océan Indien, qui se tiendront à Maurice. À l’origine de cette affaire, l’amendement à l’Article 7, qui fut connu au départ comme l’Article 28 puis 26, et qui concerne les athlètes des îles résidant à l’étranger. La Réunion voit en ce changement de loi une « discrimination » à son encontre. Le problème relève dès lors d’une question diplomatique plus qu’autre chose.
Essayons de remonter dans le temps pour voir comment ce problème a été géré et pourquoi, malgré le consensus de 2013 qui avait mené à l’Article 7, ce combat perdure. Pis, il s’est depuis amplifié depuis 2015.
L’Article 7 a pour but de définir les conditions de participation des athlètes de La Réunion et de Mayotte, et celles des athlètes des autres îles. Être natif de l’île, être licencié auprès du mouvement sportif de l’île durant trois années civiles continues, incluant celle des jeux, et avoir été licencié au moins cinq ans dans l’île constituent quelques-unes des trois conditions à respecter afin d’être éligible pour faire partie du Club Réunion et Club Mayotte.
Les premières salves sur cette polémique furent lancées lorsque Jean-Louis Prianon, alors au bataillon de Joinville et de Jean-Yves Morel, en équipe de France de natation, fut appelé à défendre les couleurs de La Réunion. En 1985, l’article 26 devient alors le fameux Article 28. Une clause qui impose comme condition aux athlètes Réunionnaius d’être natif de l’île et de « ne pas avoir transféré ses intérêts moraux et matériels hors de son île ou résider dans celle-ci depuis au moins trois ans ». Un Article contre lequel Jean-Pierre Ducart, en tant que président du CROS de La Réunion dans les années 90′, s’est battu de toute son âme. Allant jusqu’à fâcher Maurice en 1993 aux Seychelles— la délégation mauricienne n’avait pas défilé lors de la cérémonie de clôture. L’Article 28 avait eu comme conséquence l’exclusion des Kréopolitains, mais aussi des sportifs naturalisés des autres îles.
1990 (3e Jeux Madagascar) : l’Article 28 est modifié, notamment le passage sur « les intérêts moraux et matériels », qui disparaissent de la Charte des Jeux. Sont précisés les cas des résidents et non-résidents de La Réunion en fonction de s’ils sont natifs de l’île ou non.
1993 (4e Jeux Seychelles) : l’Article 28 est de nouveau épuré et ouvre grand la porte au retour des Kréopolitains. La notion de résidence se dissout dans le texte, mais le CIJ n’est pas parvenu pour autant à s’avancer que pour les non natifs. Jean-Louis Prianon ou Daniel Sangouma notamment ont pu porter les couleurs de La Réunion. Maurice, sur ordre du gouvernement d’alors, décide de boycotter la cérémonie de clôture des premiers jeux seychellois. Ils décident aussi de quitter les jeux.
1998 (5e JIOI Seychelles): après leur réintégration en 1995 lors d’une réunion du CIJ à St-Denis et l’arrivée du modérateur, le Malgache Henri Roger, à la tête du CIJ, Maurice est finalement retournée à la table du CIJ. L’Article 28 devient plus ou moins celui que l’on connaît aujourd’hui, avec la notion d’années de licences et non plus de résidence qui est introduite.
2003 (6e Jeux Maurice) : la notion de « natif non-résident » disparaît. Deux conditions sont introduites pour représenter La Réunion, alors que pour les autres pays membre du CIJ, seule la nationalité est exigée. Il s’agit d’« être natif de l’île » ou « pour les non-natifs justifier d’une licence durant les trois années précédant les jeux ou y avoir été licencié cinq ans ».
2007 (7e JIOI Madagascar): l’Article 28 est consolidé et est étendu aux Mahorais, qui font officiellement leur entrée aux jeux.
2011(8e Jeux Madagascar) : l’Article 28 devient l’Article 15 sans être amendé, puisque c’est la Charte des Jeux qui fut largement modifiée.
2015 (9e JIOI Réunion): l’Article 15 devient l’Article 7 après que la Charte fut amendée pour faire de la place aux Règlements Intérieur du CIJ en 2013. Est ajoutée une clause concernant les autres îles qui demandent que « les concurrents qui ont acquis la nationalité de l’île dans les six mois précédant la date d’engagement nominatif doivent avoir été licenciés au moins un an avant la date d’ouverture des jeux dans une discipline sportive de l’île pour laquelle ils concourent ».