“Ady Gasy”, le documentaire de Lova Nantenaina, qui a été présenté à Maurice en octobre 2014 dans la programmation d’Île Courts, a fait plus de 13 000 entrées en salle en France, sans compter la diffusion dans les centres culturels de Madagascar et à travers le monde grâce à sa traduction en cinq langues. Ce rayonnement est tout à fait remarquable pour un documentaire, qui plus est venant d’un pays classé parmi les cinq plus pauvres au monde, sur lequel le discours commun est le plus souvent misérabiliste et larmoyant. Ady Gasy tient justement un tout autre propos en s’immergeant véritablement dans la pensée, la sagesse et le génie créatif du secteur informel malgache, qui représente pourtant 90% de l’activité économique du pays.
En 2014, Ady Gasy a remporté le prix Fé Nèt océan Indien au Festival international du film d’Afrique et des îles (FIFAI) ainsi que le Grand prix Eden documentaire à Lumières d’Afrique, en France. La tournée des festivals, en 2015 et 2014, a beaucoup contribué à sa notoriété, ne se limitant pas seulement au monde francophone d’ailleurs puisque le film a été programmé aux États-Unis (Brooklyn film festival), à HotDocs, à Toronto, au Canada, à Hambourg, en Allemagne, en Corée, etc. Il figurait aussi sur la programmation officielle du FESPACO, au Burkina Faso, l’an dernier.
Lova Nantenaina a aussi accompagné la diffusion dans les salles d’art et d’essai, qui a commencé à l’Espace Saint-Michel, à Paris, en avril 2015, où il est d’ailleurs resté plus de six mois. Ce cinéma propose régulièrement des débats autour des films qu’il projette. Et le réalisateur s’est prêté à ces échanges avec le public à maintes reprises dans les villes où il a été diffusé, faisant de ces projections un petit événement en soi et contribuant à créer une sorte de communauté de gens ayant aimé le film. Depuis décembre, il est possible de se le procurer en DVD, l’association Porteurs d’Images en assurant la vente à Maurice à Rs 600.
Nous avons demandé à Lova Nantenaina, qui était de passage ici cette semaine, comment il explique ce succès : « Je crois que c’est l’époque qui veut ça. Face aux médias, qui ne parlent que des difficultés sans proposer de solutions, les gens ont besoin de voir ce genre de film porteur d’espoir… » Si l’absence de salles de cinéma dans la Grande Île a compromis la diffusion sur grand écran, elle n’a pas empêché sa diffusion à travers le pays dans les centres culturels, notamment à travers le réseau de l’Alliance française. Le réalisateur s’en réjouit car, paradoxalement, il n’était pas gagné d’avance qu’il puisse être vu de cette manière par son premier public.
Une série pour enfants
Petit à petit, le concept Ady Gasy (prononcer Ad’ Gaz’) fait son chemin à Madagascar, développant la confiance dans cette « manière malgache » de réinvestir son quotidien, en récupérant, en recyclant avec une grande inventivité, sans rien perdre de son identité et de son sens de l’humour. Les interventions d’une oratrice et d’un orateur du kabary, le théâtre populaire malgache, ponctuent le tout avec philosophie et enthousiasme. Parmi les souvenirs qui ont particulièrement ému le réalisateur pendant sa tournée en France, une grand-mère a fait 150 km pour pouvoir montrer ce film à son petit-fils. Une fois arrivée sur place, la séance affichait complet et, devant sa déception, les organisateurs se sont débrouillés pour lui procurer un billet ainsi qu’à son jeune invité.
Lova Nantenaina a décidé de décliner l’Ady Gasy à l’univers de l’enfance en réalisant un « documentaire animé » fait d’un mélange d’images filmées et de dessins animés. Intitulé « À toi de jouer », chacun des dix épisodes de cette série présente en 13 minutes un jeu traditionnel tel qu’il se pratiquait à Madagascar, et se pratique encore dans certaines régions. Démontrant la créativité de ces jeux, ces films expliquent aussi, en animation, comment en fabriquer les accessoires et en appliquer les règles. À travers le regard de Romy, une petite Française en visite dans la Grande Île, on découvre ainsi les échasses ou encore le « kabesa », ces petits bolides pour enfants réalisés avec des roulements à bille usagers et quelques planches… Le premier épisode porte quant à lui sur ces maisons miniatures en briques traditionnelles que les petits Malgaches fabriquent dans les règles de l’art en moulant et cuisant chaque mini-brique de terre !