Un documentaire, sorti début décembre dans les salles obscures, est en train de remporter un succès tout à fait inédit dans l’histoire du cinéma. Réalisé par Mélanie Laurent et Cyril Dion, le film Demain a en effet pulvérisé les records de fréquentation depuis sa sortie, avec plus d’un million d’entrées en quelques mois en France. Il a aussi inauguré la conférence onusienne sur le climat, la COP 21, en décembre dernier. Il a littéralement conquis la critique publique ou journalistique, toutes absolument unanimes, et remporté dernièrement le César du meilleur film documentaire 2016. En fait, en se faisant le témoin et le porte-parole de ceux qui, à travers le monde, ont fait des choix de vie respectueux de la planète et trouvé des solutions durables et positives aux défis de l’alimentation de l’énergie et tout ce qui fait notre quotidien, ce film crée un phénomène qui le dépasse. À découvrir au MCiné les 24, 25 et 26 juin.
Dans un monde ou la violence et l’alarmisme quant à l’avenir de la planète et de l’humanité sont légion et imprègnent les moindres recoins de notre quotidien, Demain apporte une rupture salvatrice en montrant comment, dans dix pays différents, des citoyens ordinaires ont réussi à mettre en place des activités intelligentes, respectueuses de l’environnement et des humains, et viables pour les générations futures. Mélanie Laurent et Cyril Dion font la démonstration qu’un autre monde est très concrètement possible et, mieux encore, qu’il est en marche dans différents endroits de la planète. Ces reportages extrêmement constructifs et positifs apportent les réponses qui manquaient à tous et viennent combler l’indispensable soif d’espoir dont tout être humain se nourrit pour évoluer dans sa vie.
En tant que coproductrice de ce film, l’Agence française de développement (AFD) a la possibilité de contribuer à sa diffusion et au débat citoyen à son sujet. Estimant que les questions liées au réchauffement climatique sont particulièrement pertinentes dans les petits pays insulaires comme Maurice, considérant aussi que les reportages présents dans ce film qui ont été effectués à La Réunion et en Inde sont proches des Mauriciens, l’agence s’est associée avec la Fondation Joseph Lagesse du groupe GML ainsi qu’avec l’association de promotion du cinéma, Porteurs d’Images, pour organiser la diffusion de ce film exceptionnel à Maurice et permettre d’enclencher les débats qu’il permet de susciter. Onze projections, dont trois publiques, vont ainsi être proposées du 22 juin au 2 juillet au MCiné, à l’exception d’une séance qui est prévue quant à elle le 23 juin à l’Université de Maurice.
Ce film nous dit en deux heures que, partout dans le monde, des solutions existent et entend le démontrer à travers une dizaine d’expériences riches d’enseignement. Une étude particulièrement inquiétante, publiée en 2012 dans le magazine Nature, a tout déclenché. Sous le titre “Approaching a state shift in Earth’s biosphere”, celle-ci disait en effet que si l’humanité ne changeait pas ses modes de vie et de production, nous allions assister, à l’horizon 2040-2100, à un effondrement des écosystèmes qui surviendrait en seulement quelques années, ne nous laissant ni le temps, ni les moyens de nous y adapter. Cette étude invitait à penser que, par ce basculement soudain, il était possible qu’une partie de notre humanité disparaisse brutalement. Antony Barnosky et Elisabeth Hadly, les scientifiques auteurs de cette étude, disent cependant aussi que les humains sont assez intelligents et que si nous multiplions dès maintenant des actions positives, nous pourrions peut-être inverser le cours de choses…
Éviter l’effondrement
Ébranlé par cette étude, Cyril Dion était alors un des cofondateurs et cadres du mouvement Colibris, qu’il animait avec ce grand homme de sagesse qu’est Pierre Rabhi. Estimant que les citoyens ne veulent plus entendre d’informations inquiétantes et y deviennent hermétiques, parce que le monde va déjà très mal, Cyril Dion et Mélanie Laurent forment ensuite une équipe pour aller enquêter dans dix pays sur ce qui pourrait provoquer cette catastrophe, et surtout sur les moyens de l’éviter : sur les solutions déjà à l’oeuvre, qui existent déjà, pour juguler ce destin tragique. Durant ces voyages, ils rencontrent des pionniers, des gens comme vous et moi, qui réinventent l’agriculture, l’énergie, l’économie, la démocratie et l’éducation. Mises bout à bout dans un film, sous ces différents thèmes, leurs initiatives positives, durables et concrètes permettent de dessiner ce que pourrait être le monde de demain, digne d’espoir.
Demain raconte par exemple comment la ville de San Francisco est parvenue à recycler l’intégralité des déchets qu’elle génère, une activité qui a d’ores et déjà été déployée dans dix autres villes américaines. À Copenhague, la rénovation du chauffage collectif a permis à chaque habitant de ne dépenser que 60 euros par mois par 100 m2 en chauffage, soit trois fois moins qu’en France par exemple. Au Bec Hélouin, en Normandie, Charles et Perrine produisent sur 1 000 m2 d’impressionnantes quantités de légumes grâce à la permaculture. Ce film donne la parole à Vandana Shiva, à Pierre Rabhi, à Jeremy Rifkin, au mouvement d’agriculture urbaine de Détroit, au mouvement des incroyables comestibles de Todmorden en Grande-Bretagne, etc. En Finlande, Kari Louhivuori applique comme beaucoup des écoles de ce pays des principes d’éducation qui consistent à adapter les méthodes d’enseignement à l’enfant, et non l’inverse, et qui fondent son succès impressionnant sur la connaissance qu’ont les enseignants des enfants qu’ils suivent. Dans ces écoles sans examens, sans tests standardisés, les élèves battent tous les records mondiaux d’efficacité dans les matières scientifiques et littéraires. Les reportages de ce film embrassent tous les secteurs de la vie qui sont complémentaires, interdépendants et indispensables à la constitution d’une société.
Toutes les critiques disent que le film Demain donne du coeur à l’ouvrage, de l’énergie et de l’enthousiasme. Il apporte la stimulation nécessaire à chacun pour, à son échelle, remettre en question et réinventer le monde. Comme l’explique Marie-Laurence Dupont, de la fondation Joseph Lagesse, la démarche consiste aussi à s’appuyer sur ce film pour s’interroger sur ce que pourra être l’île Maurice de demain, sous l’antienne Dime dan Moris. Dans cet esprit, une séance spéciale est organisée le 23 juin à l’auditorium Octave Wiehé, à l’Université de Maurice, qui sera suivie par un échange auquel participeront Agnès Mardi de Forena, Thierry Le Breton, de Dynamia associates, Matthieu Discour, de l’AFD, Renganaden Padayachy, de la MCCI, et Sanjana Bowers, du projet éco-school, tous étant accompagnés dans leurs échanges par la modératrice Christina Chan-Meetoo. Ces experts dialogueront avec les étudiants dans la salle pour imaginer, tous ensemble, ce que pourrait être l’île Maurice de demain. Une autre séance, au MCiné, est prévue le lendemain et sera suivie d’un débat avec les Ong, les porteurs de projets et citoyens, investis dans le secteur de l’environnement. Les projections publiques sont programmées les 24, 25 et 26 juin à 20h30 (billets à Rs 150, à réserver à partir du 22 juin au 464-1900). Les autres projections sont destinées à des publics privés.